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COP30 à Belém : un projet d’accord encore trop timide face à l’urgence climatique

La présidence brésilienne de la COP30 vient de dévoiler une nouvelle série de projets de texte portant sur plusieurs piliers essentiels de la négociation internationale : le financement de l’adaptation, la transition énergétique juste et la structure générale de la décision finale. Mais à mesure que les observateurs décortiquent ces documents préliminaires, une critique revient en boucle : les propositions mises sur la table restent trop faibles pour combler l’écart grandissant entre les ambitions climatiques affichées et la réalité des mesures prises.

L’analyse publiée par l’organisation internationale 350.org est sans équivoque. Selon elle, malgré quelques éléments encourageants, la copie actuelle laisse de côté le cœur même du problème : les combustibles fossiles. Le texte présente bien un « roadmap » théorique pour renforcer l’ambition climatique, mais ce dernier exclut explicitement le secteur à l’origine de la majeure partie des émissions mondiales. Une omission qui rend le dispositif « creux », « déconnecté des causes profondes de la crise climatique » et, au final, peu pertinent pour maintenir l’objectif de 1,5 °C.

Un projet d’accord qui évite toujours la question fossile

Pour Andreas Sieber, directeur associé des politiques et campagnes à 350.org, l’insuffisance est flagrante : « Le texte contient peut-être les bons ingrédients, mais il est assemblé d’une manière qui laisse un goût amer ». Selon lui, une feuille de route pour tenir l’objectif de 1,5 °C dépourvue d’un plan clair de sortie des énergies fossiles est vouée à l’échec.

La contradiction est d’autant plus frappante que plus de 60 Parties, ainsi que le président brésilien Luiz Inácio Lula da Silva lui-même, ont officiellement demandé que la transition hors des énergies fossiles soit inscrite au cœur de l’accord final. Or le projet actuel ne reprend cette demande qu’à travers un passage secondaire, évoquant un rapport à venir et une réunion ministérielle — des signaux essentiellement symboliques, très loin de l’exigence d’une orientation politique ferme.

L’option d’une feuille de route figure certes dans l’un des paragraphes du projet, mais elle exclut précisément ce qui devrait en constituer la colonne vertébrale : le pétrole, le gaz et le charbon. Pour 350.org, un accord crédible exige que cette feuille de route soit replacée dans la section dédiée au relèvement de l’ambition 1,5 °C et clairement articulée autour de la transition énergétique mondiale.

Adaptation et financement : des progrès, mais encore insuffisants

Si le volet fossile apparaît comme la plus grande lacune, deux autres dimensions demeurent essentielles pour parvenir à un compromis global : l’adaptation et le financement.

Ces dernières semaines, plusieurs pays et observateurs insistent sur le fait qu’aucune montée en ambition ne sera possible sans un renforcement massif des moyens accordés aux pays et communautés déjà exposés aux impacts extrêmes du réchauffement. La présidence brésilienne inclut bien un appel à tripler les financements dédiés à l’adaptation — un point salué par 350.org, qui rappelle que cette dimension a été trop longtemps négligée dans les accords internationaux.

Pour Fanny Petitbon, responsable de l’équipe France de 350.org, il s’agit d’un élément indispensable : « Il n’y a pas d’ambition crédible sans soutien aux communautés qui font déjà face à des impacts dévastateurs ». Elle souligne toutefois des lacunes persistantes, notamment sur les mécanismes permettant une véritable accessibilité directe aux financements pour les populations les plus vulnérables, dont les peuples autochtones.

Le financement climatique global demeure quant à lui un point de crispation majeur. Malgré l’engagement de Baku sur un nouvel objectif collectif et quantifié (NCQG), le texte actuel ne propose pas encore de plan solide permettant de tenir cet engagement. Il ignore également des pistes innovantes pourtant de plus en plus soutenues, comme la taxation des grands pollueurs ou des ultra-riches afin de dégager des ressources pérennes. Les engagements annoncés hier pour le Fonds pour l’adaptation restent ainsi largement en deçà des attentes : seulement 133 millions de dollars ont été réunis, loin du seuil de 300 millions fixé.

Une équation à trois piliers indispensables

Selon 350.org, un accord crédible à Belém reposera sur trois piliers indissociables :

  • un financement climatique robuste, prévisible et accessible ;

  • un renforcement clair des mesures d’adaptation ;

  • une feuille de route explicite, juste et équitable pour sortir progressivement des énergies fossiles.

Sans cette combinaison, prévient l’organisation, l’ensemble de l’architecture de l’accord risque de s’effondrer. Pour l’heure, le projet brésilien ne coche pas encore toutes les cases. Les Parties doivent maintenant travailler pour maintenir le cap sur ces points essentiels tout en établissant un processus solide, étalé sur plusieurs COP, afin de guider la transition hors des énergies fossiles et la lutte contre la déforestation.

Une dynamique politique sous tension

La présidence brésilienne semble vouloir préserver un équilibre politique délicat en évitant frontalement le sujet fossile, sans doute pour ménager certaines Parties dont les économies en dépendent fortement. Mais cette prudence pourrait se transformer en faiblesse stratégique si elle empêche l’accord d’adresser le cœur du défi climatique.

En intégrant la demande, de plus en plus large, d’une sortie planifiée des énergies fossiles, la COP30 pourrait devenir un tournant historique de la gouvernance climatique internationale. À l’inverse, un accord édulcoré risquerait de s’ajouter à la longue liste de compromis insuffisants qui caractérisent trop souvent les COP.

Le texte provisoire publié par la présidence brésilienne esquisse les contours d’un accord possible, mais il n’offre pas encore la robustesse attendue face à l’urgence climatique. Les briques existent — adaptation renforcée, ambition financière accrue, processus pluriannuel — mais l’édifice manque de son pilier central : une transition énergétique claire et assumée.

La question qui se pose est désormais la suivante : les négociateurs sauront-ils saisir l’occasion d’inscrire enfin une sortie des énergies fossiles au cœur de la réponse mondiale au climat ? De cette décision dépendra la crédibilité de la COP30, mais aussi la capacité collective à garantir un futur conforme à l’objectif de 1,5 °C.

olivier Kauf

Consultant depuis plus de 30 ans, Je suis depuis une dizaine d'années journaliste, professionnel dans le domaine des risques et des assurances pour le e-mag RiskAssur-hebdo (https://www.riskassur-hebdo.com) et témoin de mon époque pour https://notre-siecle.com et https://perelafouine.com.sans oublier notre planète https://terre-futur.com

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