Cap sur 2030 : le défi du triplement des énergies renouvelables
REN21 alerte : sans réformes systémiques profondes, la transition énergétique est en péril.
L’année 2024 aura été marquée par un exploit inédit : 740 gigawatts (GW) de capacités renouvelables ont été ajoutés au mix énergétique mondial. Un record absolu, tiré à plus de 75 % par le solaire photovoltaïque, dont les coûts continuent de baisser et dont la demande explose. Pourtant, cette dynamique, aussi impressionnante soit-elle, ne suffit pas à combler le fossé qui nous sépare de l’objectif climatique majeur : tripler les capacités renouvelables mondiales d’ici 2030.
Le dernier rapport du REN21 – Renewables 2025 Global Status Report tire la sonnette d’alarme : la transformation systémique est à l’arrêt. Les progrès enregistrés sont insuffisants, déséquilibrés, et fragilisés par des politiques incohérentes, des incertitudes économiques et un manque criant d’investissements coordonnés.
Une croissance record… mais insuffisante
Le déploiement massif des renouvelables en 2024 est incontestable. Le solaire photovoltaïque a explosé sur tous les continents, notamment grâce à :
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la baisse des coûts technologiques,
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la simplification de l’accès à l’autoconsommation dans certains pays,
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et des politiques incitatives dans les grandes économies (Chine, UE, États-Unis).
Mais derrière ces chiffres positifs se cache un déficit structurel : les trajectoires actuelles n’atteignent pas l’objectif de triplement fixé à la COP28. Le monde risque un manque de 6,2 térawatts (TW) d’ici 2030, soit plus que la totalité des capacités renouvelables actuellement installées.
Autre point noir : l’électrification de la chaleur et des carburants – qui représentent pourtant plus de 75 % de la consommation finale d’énergie – reste marginale. À peine 5,7 % de cette demande est aujourd’hui couverte par des renouvelables.
Le décalage entre ambitions politiques et réalité économique
Le rapport pointe une ambition politique déclinante :
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Retrait américain de l’Accord de Paris,
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Abandon d’interdictions climatiques (forages offshore, chaudières à gaz) dans des pays pourtant historiquement moteurs,
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Seulement 13 pays ont respecté l’échéance de l’ONU pour soumettre leur contribution climatique révisée pour 2025-2035.
À cela s’ajoute une explosion des mesures commerciales sur les renouvelables (solaire, éolien, batteries) : 212 mesures en 2024, contre seulement 9 en 2015. Si ces barrières protègent les marchés nationaux, elles rendent l’approvisionnement global plus incertain et ralentissent les projets à l’international.
Dans le même temps, les majors pétrolières et les banques suspendent leurs engagements climatiques, minant la crédibilité des contributions volontaires à la transition.
Des signaux économiques paradoxaux
Malgré ces reculs politiques, certaines entreprises, en particulier les géants du numérique et de l’industrie, accélèrent leur transition :
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Les contrats d’achat d’énergie renouvelable (PPA) ont atteint 69 GW en 2024, soit une progression de +35 %,
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Le solaire résidentiel progresse fortement au Pakistan et en Afrique du Sud,
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Plus d’un véhicule sur cinq vendu en 2024 est électrique.
Mais cette dynamique est freinée :
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Par la réduction des subventions dans plusieurs pays européens,
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Par la stagnation du marché de l’éolien et des pompes à chaleur dans plusieurs régions.
Quant aux investissements, ils atteignent 728 milliards USD, mais restent concentrés dans les économies les plus avancées. Et surtout, 772 milliards USD manquent encore pour atteindre l’objectif annuel de 1 500 milliards USD, indispensable pour rester sur la trajectoire des 1,5 °C.
La nécessité d’un changement systémique
Pour Rana Adib, directrice exécutive de REN21 :
« Nous ne mettons pas en place les systèmes nécessaires pour basculer vers une économie fondée sur le renouvelable. »
La solution ne réside plus seulement dans le déploiement massif de capacités, mais dans une transformation structurelle et systémique :
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Planification énergétique de long terme,
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Modernisation des réseaux de transport et de distribution,
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Investissements dans le stockage de l’énergie,
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Sortie progressive des énergies fossiles,
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Réduction structurelle de la consommation énergétique,
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Mise en place d’un financement équitable dans les pays à faible revenu.
Pour Ramón Méndez Galain, président de REN21 :
« Le changement systémique signifie aller au-delà des objectifs pour mettre en œuvre des réformes concrètes au sein des institutions, des secteurs et des politiques. »
De l’ambition à l’action
Le rapport de REN21 sonne comme un rappel à la lucidité : malgré les records affichés, nous sommes loin du compte. Il ne suffit plus d’ajouter des gigawatts de solaire ou d’éolien. Il faut repenser nos systèmes énergétiques dans leur globalité.
Les renouvelables peuvent être le socle d’une nouvelle prospérité mondiale. Mais cela exige un alignement sans faille des gouvernements, des investisseurs et des acteurs industriels sur des stratégies durables et cohérentes.
Comme le souligne REN21, il est temps de considérer les renouvelables non plus comme une alternative, mais comme une infrastructure économique essentielle, garante de notre sécurité énergétique, de notre résilience climatique, et de notre avenir commun.


