HyLight lève 13 millions d’euros
pour industrialiser ses dirigeables autonomes d’inspection des infrastructures
La startup française HyLight vient de boucler une levée de fonds de 13 millions d’euros destinée à accélérer le déploiement de ses dirigeables autonomes à hydrogène, conçus pour inspecter les infrastructures critiques. Déjà utilisés pour surveiller des réseaux électriques, des gazoducs et des voies ferrées, ces aéronefs constituent une alternative aux hélicoptères traditionnellement mobilisés pour ces opérations. Avec plus de 750 heures de vol et plusieurs milliers de kilomètres inspectés en France et en Europe, l’entreprise entend désormais renforcer ses capacités industrielles, développer ses outils d’analyse par intelligence artificielle et étendre ses activités sur le marché européen.
Fondée en 2022 par Martin Bocken, Josef Rokusek et Thomas Laporte, HyLight développe une solution qui associe aéronautique, capteurs de haute précision et traitement automatisé des données. L’entreprise maîtrise l’ensemble de la chaîne technologique, depuis la conception et la fabrication des aéronefs jusqu’à leur exploitation et à l’analyse des informations recueillies pendant les missions.
Cette intégration constitue l’une des particularités de son modèle industriel. Plutôt que de se limiter à la commercialisation d’un appareil, HyLight propose aux gestionnaires d’infrastructures un service d’inspection destiné à faciliter l’identification des anomalies et la programmation des interventions de maintenance.
La levée de fonds réunit Rubio Impact Ventures, DRW et Teampact Ventures, aux côtés des investisseurs historiques Y Combinator et Ring Capital. Elle doit permettre à l’entreprise de franchir une nouvelle étape, en passant d’une flotte de quatre appareils à un objectif de quinze HyLighters exploités simultanément en 2027.
Des infrastructures critiques qui nécessitent une surveillance régulière
La surveillance des réseaux électriques, des infrastructures gazières et des voies ferrées représente un enjeu important pour les exploitants. Ces installations s’étendent parfois sur plusieurs milliers de kilomètres et traversent des territoires difficiles d’accès. Leur inspection régulière permet notamment de repérer des équipements endommagés, des anomalies techniques ou des risques liés à la végétation.
Les conséquences du changement climatique renforcent également les besoins de surveillance. Les épisodes météorologiques extrêmes, les températures élevées ou encore les mouvements de terrain peuvent fragiliser certaines installations et compliquer leur entretien.
À l’échelle mondiale, HyLight estime que plus de 80 millions de kilomètres d’infrastructures linéaires nécessitent des investissements annuels de plusieurs milliards d’euros.
Historiquement, une partie importante de ces inspections est réalisée à l’aide d’hélicoptères. Ces appareils permettent de parcourir rapidement de longues distances et d’observer des installations étendues. Leur utilisation présente toutefois plusieurs contraintes, notamment le coût des opérations, les émissions de gaz à effet de serre, le bruit et la disponibilité des équipages.
Selon les données avancées par HyLight, les émissions associées à certaines missions d’hélicoptère peuvent atteindre une tonne de CO₂ équivalent par heure de vol.
Les drones classiques constituent une autre possibilité, mais leur autonomie peut limiter leur utilisation pour des missions couvrant de très longues distances. Les satellites permettent, quant à eux, d’observer de vastes territoires, sans nécessairement offrir le niveau de détail requis pour identifier certains défauts techniques.
C’est sur ce segment de l’inspection longue distance que HyLight cherche à se positionner.
Un dirigeable à hydrogène capable de voler pendant dix heures
Le HyLighter est un aéronef de 12 mètres de long, propulsé électriquement grâce à l’hydrogène. Cette technologie lui permet de fonctionner sans émission directe de gaz à effet de serre pendant son utilisation et avec un niveau sonore présenté comme particulièrement faible.
L’appareil est conçu pour atteindre une autonomie de dix heures de vol, avec une distance cible de 350 kilomètres. Ces performances doivent lui permettre de réaliser des inspections sur de longues portions de réseaux sans multiplier les interruptions.
Le dirigeable peut transporter jusqu’à 10 kilogrammes de capteurs. Selon les besoins des exploitants, il peut notamment embarquer des caméras haute résolution, des systèmes LiDAR destinés à mesurer les distances et à produire des représentations tridimensionnelles, ainsi que des détecteurs de méthane.
Les caractéristiques techniques annoncées permettent d’obtenir des images d’une résolution de 1 millimètre par pixel à 25 mètres d’altitude. La densité des relevés LiDAR peut dépasser 1 000 points par mètre carré.
Cette précision présente un intérêt pour les opérations de maintenance, puisqu’elle permet de documenter l’état des équipements et d’identifier des anomalies qui nécessitent une vérification ou une intervention.
HyLight indique disposer d’autorisations délivrées par les autorités aéronautiques compétentes, notamment la Direction générale de l’aviation civile et l’Agence de l’Union européenne pour la sécurité aérienne, pour réaliser des vols hors vue du télépilote, selon le principe BVLOS.
Cette capacité est déterminante pour inspecter des infrastructures étendues. Les opérations restent néanmoins soumises aux conditions et aux périmètres prévus par les autorisations aéronautiques.
Des missions déjà réalisées pour plusieurs grands opérateurs
La technologie développée par HyLight a dépassé le stade des premières expérimentations.
L’entreprise fait état de plus de 750 heures de vol et de plusieurs milliers de kilomètres d’infrastructures inspectés en France et dans d’autres pays européens.
Cinq grands opérateurs figurent parmi ses clients : Enedis, NaTran, Téréga, SNCF Réseau et VINCI.
Les missions réalisées concernent notamment la surveillance des réseaux électriques, le contrôle des infrastructures de transport et la recherche de fuites de méthane.
Ces interventions témoignent de la possibilité d’utiliser les dirigeables autonomes dans des conditions opérationnelles, en remplacement de certaines missions auparavant confiées à des hélicoptères.
L’entreprise a également effectué des vols dans des environnements sensibles, notamment au-dessus du château de Versailles. Ses appareils ont été présentés lors de plusieurs événements, dont VivaTech, ainsi que sur les Champs-Élysées et au Grand Palais.
Pour HyLight, l’enjeu consiste désormais à démontrer que cette solution peut être déployée à une échelle industrielle tout en conservant la qualité des inspections et la fiabilité des opérations.
L’intelligence artificielle pour transformer les images en décisions de maintenance
Au-delà de la technologie aéronautique, HyLight développe des logiciels capables d’exploiter automatiquement les informations collectées pendant les vols.
Les inspections produisent des volumes importants de photographies, de relevés LiDAR et de mesures issues des différents capteurs embarqués.
L’analyse manuelle de ces données peut représenter un travail considérable pour les exploitants. L’objectif des outils développés par HyLight est donc de réduire le temps nécessaire pour identifier les situations nécessitant une intervention.
Selon l’entreprise, ses systèmes d’intelligence artificielle permettent de reconnaître et de géolocaliser automatiquement plus de 50 catégories de défauts, ainsi que les risques liés à la végétation à proximité des réseaux électriques.
Les gestionnaires peuvent ainsi disposer d’informations structurées, localisées et directement utilisables par leurs équipes de maintenance.
Cette approche vise à faire évoluer les inspections d’une logique de collecte d’images vers une logique de surveillance et d’aide à la décision.
À terme, la répétition des missions pourrait également permettre de constituer des représentations numériques régulièrement actualisées des infrastructures inspectées.
Ces jumeaux numériques pourraient faciliter le suivi de l’évolution des installations, la comparaison des observations réalisées à différentes périodes et l’identification de dégradations progressives.
Des applications possibles pour l’assurance et la gestion des risques
Le développement de ces technologies présente également des perspectives pour le secteur de l’assurance.
La connaissance précise de l’état des infrastructures constitue un élément important dans l’évaluation des risques industriels et environnementaux.
Les données issues d’inspections régulières pourraient contribuer à mieux documenter l’exposition de certains équipements aux aléas naturels, à suivre l’évolution de leur état et à identifier des facteurs susceptibles d’aggraver les conséquences d’un incident.
Pour les assureurs et les gestionnaires de risques, ces informations pourraient notamment présenter un intérêt dans l’analyse des réseaux électriques, des installations énergétiques ou des infrastructures de transport.
La détection précoce d’une anomalie peut également favoriser la prévention des sinistres, à condition que les informations recueillies soient suivies des mesures correctives nécessaires.
HyLight envisage par ailleurs d’étendre l’utilisation de ses données à d’autres domaines, notamment l’agriculture et la gestion publique des territoires.
Ces applications restent des perspectives de développement et ne constituent pas, à ce stade, des activités dont le déploiement commercial serait établi par les informations disponibles.
Une industrialisation accélérée et cinquante recrutements prévus
La levée de fonds de 13 millions d’euros doit principalement soutenir le changement d’échelle de l’entreprise.
HyLight dispose désormais d’un nouveau site de production opérationnel et poursuit l’internalisation de la fabrication de composants considérés comme stratégiques.
Cette organisation doit lui permettre de mieux maîtriser ses capacités de production, ses développements technologiques et les conditions d’exploitation de sa flotte.
L’objectif annoncé est de porter à quinze le nombre de HyLighters opérés simultanément en 2027, contre quatre actuellement.
L’entreprise prévoit également le recrutement de cinquante collaborateurs dans plusieurs domaines : ingénierie, intelligence artificielle, traitement des données, opérations aériennes, réglementation et développement commercial.
L’expansion européenne constitue un autre axe prioritaire. L’Allemagne et les Pays-Bas figurent parmi les premiers marchés visés pour renforcer la présence commerciale de HyLight.
La startup entend conserver son modèle intégré, associant conception aéronautique, production industrielle, développement logiciel et exploitation opérationnelle.
Cette stratégie représente un investissement important pour une jeune entreprise industrielle, mais elle lui permet de conserver la maîtrise de technologies essentielles à son activité.
Une alternative dont le développement dépendra aussi de sa compétitivité
L’arrivée des dirigeables autonomes dans l’inspection des infrastructures traduit une évolution des moyens techniques disponibles pour les gestionnaires de réseaux.
La réduction des émissions directes pendant les vols constitue l’un des avantages recherchés. Le bilan environnemental global devra toutefois tenir compte de la production de l’hydrogène, de la fabrication des appareils et de l’ensemble des opérations nécessaires à leur exploitation.
La compétitivité économique dépendra également des coûts réels d’utilisation, de maintenance, de mobilisation des équipes et de traitement des données, comparés aux solutions existantes.
HyLight devra enfin démontrer sa capacité à multiplier les missions tout en respectant les exigences de sécurité aérienne et les contraintes propres aux infrastructures critiques.
Avec ses premiers clients industriels, plusieurs centaines d’heures de vol et un financement supplémentaire de 13 millions d’euros, l’entreprise dispose désormais de moyens pour poursuivre cette démonstration à plus grande échelle.
Pour les exploitants de réseaux, l’intérêt de cette technologie ne se limite pas au remplacement éventuel de certaines missions d’hélicoptère. Il réside aussi dans la possibilité d’améliorer la fréquence et la précision des inspections, afin de mieux anticiper les défaillances et de renforcer la continuité des services essentiels.

