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CAF mise sur le train régional à batteries pour accélérer la sortie du diesel

CAF profite d’InnoTrans 2026 pour présenter son Civity BEMU, un train régional électrique à batteries capable de circuler sous caténaire comme sur des lignes non électrifiées. Avec une autonomie annoncée pouvant atteindre 200 kilomètres et une technologie déjà déployée en Allemagne, le constructeur ferroviaire entend proposer une alternative au diesel pour le renouvellement des flottes régionales. Un essai réalisé récemment a même permis à une rame de série de parcourir 273 kilomètres exclusivement sur batteries.

La décarbonation du transport ferroviaire régional ne passe pas nécessairement par l’électrification intégrale de toutes les lignes. C’est le pari technologique sur lequel CAF entend se positionner avec son Civity BEMU, présenté au public international à l’occasion d’InnoTrans 2026.

Le principe consiste à associer la traction électrique classique à un système de stockage d’énergie embarqué. Le train peut ainsi circuler sous caténaire lorsque l’infrastructure est électrifiée, tout en utilisant ses batteries sur les portions qui ne le sont pas. Lorsque la rame retrouve une section équipée d’une caténaire, elle peut recharger ses batteries.

Cette architecture vise notamment les réseaux régionaux comportant à la fois des tronçons électrifiés et des sections encore exploitées avec du matériel diesel.

Une alternative à l’électrification complète des lignes

Le renouvellement des matériels roulants constitue un enjeu important pour les réseaux régionaux français au cours de la prochaine décennie. Une partie des lignes reste aujourd’hui exploitée avec des trains diesel et leur décarbonation pose une question à la fois technique, économique et industrielle.

L’électrification complète demeure particulièrement performante sur le plan énergétique, mais sa réalisation nécessite des investissements importants dans les infrastructures. Sur certaines lignes, notamment lorsque le trafic est plus limité, ces investissements peuvent rendre difficile une électrification intégrale à court terme.

Le recours à des trains à batteries ouvre une autre possibilité. Il permet de conserver une traction électrique tout en évitant l’installation d’une caténaire sur l’intégralité du parcours. Le matériel roulant devient alors capable de franchir de manière autonome les sections non électrifiées.

Le Civity BEMU a été conçu dès l’origine autour de cette technologie. CAF annonce une autonomie pouvant atteindre 200 kilomètres et prévoit différentes configurations de longueur et de capacité afin d’adapter le matériel aux caractéristiques des dessertes régionales.

Un essai de 273 kilomètres uniquement sur batteries

CAF met également en avant les résultats d’un essai réalisé quelques semaines avant InnoTrans au centre d’essais ferroviaires de Wildenrath, en Allemagne.

Une rame Civity BEMU de série, équipée de batteries de traction LTO standard, a parcouru 273 kilomètres exclusivement en mode batterie. L’essai portait non seulement sur l’autonomie du matériel, mais également sur le comportement du système de traction, la gestion de l’énergie et les performances des batteries.

Cette distance dépasse l’autonomie de 200 kilomètres annoncée pour l’exploitation du train. Le résultat obtenu lors de cet essai constitue ainsi un élément supplémentaire dans la validation technique de la plateforme, même si les performances en exploitation commerciale dépendent nécessairement des conditions réelles de circulation, de la configuration des lignes et des modalités d’utilisation du matériel.

CAF s’appuie plus largement sur une expérience de plus de quinze ans dans les systèmes embarqués de stockage d’énergie. Selon les données fournies par le constructeur, les systèmes utilisant sa technologie ont déjà parcouru plus de 15 millions de kilomètres sans caténaire.

Une technologie déjà commandée en Allemagne

Le train à batteries n’est plus seulement au stade du développement ou de l’expérimentation pour CAF. Le constructeur dispose déjà de références commerciales, notamment en Allemagne.

En 2021, le groupe a remporté un contrat portant sur 76 trains à batteries destinés aux autorités de transport VRR et NWL. Cette expérience constitue désormais l’un des arguments avancés par CAF pour proposer sa technologie sur d’autres marchés européens, dont la France.

Pour les Régions françaises, l’enjeu consiste notamment à déterminer les solutions permettant de remplacer progressivement les matériels diesel tout en tenant compte de la diversité du réseau ferroviaire.

« La sortie du diesel est désormais un enjeu très concret pour les Régions françaises. Avec le Civity BEMU, nous présentons une solution ferroviaire mature, déjà industrialisée et éprouvée. Notre ambition est de mettre cette expérience au service des Régions pour leur permettre de décarboner leurs lignes tout en maîtrisant les coûts et les délais de renouvellement de leurs flottes », explique Hélène Valenzuela, Directrice Générale de CAF en France.

Des besoins différents selon les territoires

La problématique du renouvellement des trains régionaux ne se limite cependant pas au choix de l’énergie. Les besoins varient fortement selon la nature des lignes et des territoires desservis.

Les axes régionaux à forte fréquentation doivent disposer de capacités importantes. Les dessertes périurbaines et les futurs services express régionaux métropolitains, les SERM, nécessitent des matériels adaptés à des fréquences élevées et à des flux importants de voyageurs. À l’inverse, certaines lignes moins fréquentées présentent des contraintes économiques et techniques différentes, tout en restant aujourd’hui dépendantes du diesel.

CAF entend répondre à cette diversité avec des plateformes modulaires susceptibles d’être configurées en fonction des besoins des autorités organisatrices.

Le constructeur cherche ainsi à se positionner sur la prochaine génération de trains régionaux, alors que les décisions prises au cours des prochaines années détermineront une partie du matériel qui circulera pendant plusieurs décennies.

Décarboner sans attendre l’électrification de l’ensemble du réseau

L’intérêt du train à batteries réside précisément dans sa capacité à dissocier partiellement la décarbonation du matériel roulant de l’électrification complète de l’infrastructure.

Sur une ligne partiellement équipée de caténaires, le train peut exploiter l’électricité disponible tout en poursuivant son trajet grâce à l’énergie stockée à bord. Cette approche peut permettre de remplacer certains matériels diesel sans attendre la réalisation de travaux d’électrification sur la totalité d’un itinéraire.

Elle ne supprime toutefois pas la question des infrastructures. Le fonctionnement du système suppose notamment que les conditions de recharge et les portions électrifiées disponibles soient compatibles avec les caractéristiques de la desserte et l’autonomie du matériel.

Le choix entre électrification complète, batterie ou autres solutions doit donc être apprécié en fonction des caractéristiques de chaque ligne.

CAF travaille également sur le rail automatisé

À InnoTrans 2026, CAF ne limite pas ses présentations à la décarbonation de la traction. Le groupe met également en avant plusieurs travaux portant sur l’automatisation et le développement du rail autonome.

CAF participe notamment avec OTIV au projet PER4ALIVE à Oslo, consacré à l’automatisation progressive des opérations de tramway. Le constructeur travaille parallèlement au développement de nouvelles solutions d’assistance à la conduite.

Ces technologies s’inscrivent dans une transformation plus large du transport ferroviaire, où les enjeux énergétiques se combinent désormais avec ceux de l’automatisation, de la performance opérationnelle et de la modernisation des matériels.

Avec le Civity BEMU, CAF cherche surtout à démontrer qu’une partie de la sortie du diesel peut être engagée sans attendre l’électrification intégrale des réseaux. Pour les autorités organisatrices, la question des prochaines années sera donc moins de savoir si le matériel régional doit se décarboner que de déterminer quelles technologies seront les mieux adaptées à chaque ligne et à chaque territoire.

Elliot

Elliot contribue à la rédaction de Terre-Futur sur des sujets liés à l’actualité, à la société, à la consommation, aux entreprises, aux nouvelles technologies et aux évolutions des modes de vie. Ses articles privilégient une approche claire, factuelle et accessible, avec l’objectif de donner aux lecteurs les éléments utiles pour comprendre les enjeux du quotidien.

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