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Changement climatique le réseau Cler propose une garantie territoriale d’habitabilité

Après un été 2026 marqué par des chaleurs et une sécheresse exceptionnelles, le réseau Cler souhaite placer l’adaptation des territoires au cœur du débat public. L’organisation propose la création d’une « garantie territoriale d’habitabilité », destinée à assurer aux collectivités les moyens techniques et financiers nécessaires pour faire face aux conséquences du changement climatique. Le principe repose sur un mécanisme simple : lorsqu’une vulnérabilité climatique est identifiée, elle ouvrirait un droit à une ingénierie publique et à des financements pluriannuels, avec une priorité accordée aux territoires les plus exposés et disposant des ressources les plus limitées.

L’été 2026 constitue, selon les données reprises par le réseau Cler, un signal particulièrement fort. La France aurait connu son été le plus chaud jamais mesuré, avec 53 jours de vagues de chaleur. Près de la moitié du territoire a dépassé au moins une fois les 40 °C, tandis que la sécheresse des sols a atteint un niveau présenté comme sans précédent à l’échelle nationale.

Les conséquences sont également humaines. Fin août, les premières estimations mentionnées dans le document faisaient état d’environ 7 300 décès en excès pendant les épisodes de chaleur intervenus depuis mai. L’été 2026 serait ainsi le plus meurtrier en raison des fortes chaleurs depuis celui de 2003.

L’habitabilité devient un enjeu de protection des populations

Pour le réseau Cler, l’adaptation au changement climatique ne peut désormais plus être envisagée uniquement sous l’angle de la réduction des émissions de carbone. La question porte également sur la capacité à maintenir des conditions de vie acceptables lorsque les températures deviennent extrêmes ou que les phénomènes climatiques perturbent durablement les infrastructures.

La notion de territoire habitable recouvre ainsi des réalités très concrètes : pouvoir continuer à vivre, travailler, se déplacer et vieillir lorsque les températures atteignent 40 °C, disposer de logements protégeant leurs occupants, maintenir des écoles accueillantes et assurer l’accès à l’eau et à l’énergie. Elle implique également de préserver le fonctionnement des transports, des établissements de santé et des réseaux essentiels.

Cette approche replace donc l’adaptation climatique dans une logique de prévention des risques et de continuité des services essentiels.

Le risque d’une France à deux vitesses face au climat

L’une des principales difficultés identifiées concerne les fortes disparités entre collectivités. Toutes sont confrontées aux conséquences du changement climatique, mais leurs capacités financières, techniques et humaines diffèrent considérablement.

Certaines collectivités peuvent disposer de services techniques importants, financer des études et construire des stratégies d’adaptation. D’autres sont contraintes d’arbitrer entre plusieurs investissements essentiels : rénovation d’une école, sécurisation d’un réseau d’eau potable, adaptation des bâtiments publics ou développement de mobilités décarbonées.

Le système actuel d’aides publiques peut également renforcer ces écarts. Le réseau Cler estime que les dispositifs reposent encore trop fréquemment sur des appels à projets et des financements temporaires. Or, pour solliciter ces aides, une collectivité doit déjà disposer du temps et des compétences nécessaires pour identifier le dispositif approprié, réaliser les études et constituer son dossier, mais également être capable d’apporter les éventuels cofinancements demandés.

Cette situation soulève une question majeure d’équité territoriale : la capacité à se protéger contre les canicules, les sécheresses, les incendies ou les inondations ne peut dépendre uniquement des ressources dont dispose une commune ou une intercommunalité.

Un partage des responsabilités entre l’État et les collectivités

Le réseau Cler ne défend toutefois pas un transfert supplémentaire de responsabilités vers les collectivités. Son approche repose plutôt sur une complémentarité entre l’État et les acteurs locaux.

Les collectivités disposent de la connaissance du terrain. Elles peuvent identifier les écoles particulièrement exposées à la chaleur, les réseaux d’eau fragiles, les quartiers insuffisamment végétalisés ou les établissements accueillant des personnes vulnérables nécessitant des travaux prioritaires. En revanche, elles ne peuvent pas nécessairement financer seules plusieurs décennies d’investissements liés à l’adaptation climatique.

« L’État ne peut pas s’adapter sans les territoires, et les territoires ne peuvent pas s’adapter sans l’État », résume Anne Auclair, directrice du réseau Cler, qui défend une solidarité nationale permettant à chaque collectivité de disposer des moyens nécessaires pour agir.

Une garantie reposant sur quatre principes

La proposition formulée consiste à faire de l’habitabilité une nouvelle garantie nationale au cours du prochain quinquennat.

Elle reposerait d’abord sur la réalisation d’un diagnostic des vulnérabilités climatiques pour chaque territoire. Celui-ci servirait ensuite à établir une trajectoire d’adaptation portant sur les fonctions essentielles de la vie locale : eau, énergie, logements, bâtiments publics, mobilité, santé et prévention des risques.

Le troisième volet serait la création d’un droit effectif à l’ingénierie publique et à des financements pluriannuels. Ceux-ci seraient déclenchés en fonction des vulnérabilités constatées et non plus uniquement par l’intermédiaire d’appels à projets successifs.

Enfin, la solidarité nationale serait modulée en fonction de deux critères : le degré d’exposition climatique du territoire et les ressources propres de la collectivité concernée.

L’objectif n’est donc pas de définir une politique identique partout. Les besoins d’une commune littorale exposée à la montée des eaux ne sont pas ceux d’un territoire rural confronté à la sécheresse ou d’une grande métropole devant gérer des îlots de chaleur. Le cadre national garantirait un niveau de protection, tandis que les solutions resteraient adaptées aux caractéristiques locales.

L’adaptation climatique comme enjeu de cohésion territoriale

Au-delà de la politique environnementale, cette proposition pose finalement la question de la solidarité entre les territoires face à l’augmentation des risques climatiques.

Sans mécanisme permettant de compenser les différences de ressources, le changement climatique pourrait renforcer les inégalités existantes : entre collectivités capables d’investir massivement dans l’adaptation et celles contraintes de répondre aux urgences, mais aussi entre logements pouvant rester habitables lors des fortes chaleurs et ceux devenant difficiles à occuper plusieurs semaines par an.

Le réseau Cler souhaite ainsi faire de l’habitabilité un thème de la prochaine élection présidentielle. Son objectif est d’obtenir des candidats un engagement selon lequel aucun territoire français ne devrait être abandonné face aux conséquences du changement climatique.

La proposition ouvre plus largement un débat appelé à prendre de l’importance dans les prochaines années : celui du financement durable de l’adaptation. À mesure que les épisodes de chaleur, les sécheresses et les autres risques climatiques affectent les infrastructures et les conditions de vie, la capacité des territoires à anticiper plutôt qu’à intervenir dans l’urgence devient un enjeu de protection des populations, de maîtrise des risques et de cohésion nationale.

Elliot

Elliot contribue à la rédaction de Terre-Futur sur des sujets liés à l’actualité, à la société, à la consommation, aux entreprises, aux nouvelles technologies et aux évolutions des modes de vie. Ses articles privilégient une approche claire, factuelle et accessible, avec l’objectif de donner aux lecteurs les éléments utiles pour comprendre les enjeux du quotidien.

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