HDF Energy entre dans une phase plus industrielle
Hydrogène de France amorce un tournant. En présentant ses résultats 2025, le groupe bordelais spécialisé dans les infrastructures hydrogène et les piles à combustible de forte puissance met en avant une année de transition, marquée à la fois par la sécurisation d’un financement public majeur, par une rationalisation de son portefeuille de projets internationaux et par une amélioration sensible de ses équilibres financiers. L’ensemble dessine le portrait d’une entreprise qui, après plusieurs années d’investissement et de structuration, cherche désormais à convertir ses ambitions technologiques en déploiement industriel concret.
Le fait marquant de l’exercice est sans conteste la signature, le 5 décembre 2025, du contrat de financement du projet industriel soutenu par l’État français dans le cadre de France 2030, pour un montant maximal de 168,9 millions d’euros. Ce projet, notifié par la Commission européenne comme Projet important d’intérêt européen commun, vise à développer et industrialiser des piles à combustible de forte puissance destinées à la production stationnaire d’électricité, mais aussi aux mobilités lourdes maritimes et ferroviaires. Pour HDF Energy, cette signature agit comme un accélérateur. Elle vient conforter des investissements déjà engagés depuis 2022, qu’il s’agisse de la construction du site de Blanquefort, du centre d’excellence et d’essais ou encore du renforcement des équipes commerciales et de recherche. En 2025, cette dynamique se traduit déjà dans les comptes, avec l’enregistrement d’un produit de subvention de 16,6 millions d’euros, dont 6,6 millions au titre du rattrapage des exercices antérieurs, ainsi qu’un premier acompte de trésorerie de 12,7 millions d’euros perçu en décembre.
Au-delà du soutien public, HDF Energy cherche aussi à élargir son champ d’action industriel. Le groupe souligne ainsi la signature, en décembre 2025, d’un accord de co-développement avec ABB pour le marché maritime. Ce partenariat n’a rien d’anecdotique. Il montre que la stratégie du groupe ne se limite plus aux seules centrales renouvelables appuyées sur l’hydrogène, mais vise désormais des débouchés plus larges dans les segments de la mobilité lourde, là où la décarbonation reste particulièrement complexe. Cette orientation donne une profondeur nouvelle au modèle de HDF, qui ambitionne de faire de ses piles à combustible une brique stratégique aussi bien pour l’électricité que pour les usages industriels et de transport.
Cette montée en puissance industrielle ne s’est toutefois pas faite sans arbitrages. L’année 2025 a aussi été celle d’une rationalisation du portefeuille de projets. Certains dossiers ont progressé de manière tangible. Le groupe mentionne l’obtention de la licence d’exploitation pour la centrale Renewstable® RSB à la Barbade, un soutien politique majeur en Indonésie avec l’intégration du projet Sumba et de la pipeline indonésienne au plan de développement électrique du pays, l’intégration du projet mexicain de Los Cabos dans le plan électrique local, ainsi qu’une réservation foncière au Kenya pour une future centrale Renewstable®. Ces avancées confirment la présence internationale du groupe et son positionnement sur des marchés où la demande d’électricité décarbonée et stable peut devenir structurante.
Mais le portefeuille a également été révisé à l’aune des réalités opérationnelles. Au Mexique, le projet de Los Cabos a dû être redimensionné à environ un tiers de son ampleur initiale afin de pouvoir être intégré au plan de développement électrique, ce qui a généré une perte de 0,5 million d’euros à fin 2025, les phases complémentaires étant reportées. En Afrique du Sud, les délais de développement n’ont pas permis de respecter les échéances contractuelles nécessaires au renouvellement de l’option foncière sur les terrains concernés. Dans l’attente d’une éventuelle relance, HDF a intégralement déprécié les actifs du projet pour 1,5 million d’euros. Ces ajustements pèsent sur la valeur du portefeuille avancé, dont le budget total d’investissement passe de 3,0 milliards de dollars en 2024 à 2,3 milliards en 2025. Ce recul peut apparaître comme une contraction, mais il traduit aussi une volonté de concentrer les ressources sur les projets les plus mûrs et les plus finançables.
Sur le plan commercial, l’exercice reste modeste. En l’absence d’entrée de nouveaux investisseurs dans les projets, le chiffre d’affaires s’établit à 0,9 million d’euros, contre 1,3 million en 2024 pour les seules prestations d’assistance à maîtrise d’ouvrage, hors refacturations sans marge. Ce niveau relativement faible ne doit pas masquer un effet de comparaison important. En 2024, HDF avait comptabilisé la livraison de piles à combustible pour 9,7 millions d’euros au profit du chantier guyanais de la centrale CEOG. En 2025, l’activité comprend notamment les prestations liées à la mise en opération de ces piles, tandis que la mise en service de la centrale est attendue en 2026. On voit ici la spécificité du modèle économique du groupe, très dépendant du rythme de maturation des projets et de la reconnaissance comptable des étapes clés.
Dans ce contexte, la maîtrise des charges constitue l’un des points les plus significatifs de l’exercice. Les charges opérationnelles hors amortissements reculent de 15,3 à 13,7 millions d’euros. Les effectifs passent de 125 à 118 personnes entre fin 2024 et fin 2025, ce qui contribue à faire baisser la masse salariale non capitalisée de 9,2 à 8,6 millions d’euros. Les charges externes, quant à elles, diminuent fortement, de 6,9 à 4,7 millions d’euros. Le groupe souligne qu’en 2024 celles-ci incluaient des dépenses non récurrentes liées au lancement du programme de recherche, à la mise en place des systèmes d’information et à l’installation des équipes dans les nouveaux locaux de Blanquefort. Hors ces éléments exceptionnels, la baisse resterait de l’ordre de 20 %. Ce travail de discipline sur les coûts a toutefois été partiellement compensé par la hausse des amortissements, liée à l’effet en année pleine de l’usine de Blanquefort, mise en service en mai 2024, et à celle du centre d’excellence ouvert à partir de février 2025.
Au final, le résultat opérationnel ressort à -2,4 millions d’euros, contre -15,6 millions un an plus tôt. L’amélioration est nette. Elle témoigne à la fois du soutien public perçu, de la baisse des charges et du changement de profil de l’entreprise. Le résultat financier reste pénalisé par les devises, avec une perte de change de 1 million d’euros, alors que 2024 avait bénéficié d’un gain de change de 0,6 million. Le compte de résultat enregistre en outre une charge d’impôt de 3,4 millions d’euros, le groupe ayant limité le niveau d’activation de ses déficits fiscaux en France en raison d’une visibilité encore réduite sur le calendrier de concrétisation des projets avancés. La perte nette consolidée est ainsi ramenée à 5,7 millions d’euros en 2025, contre 10,9 millions en 2024.
La trésorerie, enfin, demeure sous surveillance mais reste solide au regard du profil de l’entreprise. Elle s’établit à 33,5 millions d’euros au 31 décembre 2025, contre 39,2 millions un an plus tôt, après prise en compte de 3,5 millions d’euros d’investissements sur l’exercice. Les tableaux financiers annexés montrent également des capitaux propres consolidés de 83,4 millions d’euros et une variation de trésorerie nettement moins dégradée qu’en 2024. HDF conserve donc des marges de manœuvre, même si la poursuite de son changement d’échelle dépendra de sa capacité à transformer ses avancées industrielles en commandes, en mises en service et en revenus récurrents. Les pages d’annexes consacrées au bilan, au compte de résultat et au tableau des flux de trésorerie confirment cette logique de transition, avec une entreprise encore déficitaire mais mieux structurée, mieux financée et plus sélective dans ses engagements.
En creux, l’exercice 2025 raconte surtout la sortie progressive d’un modèle centré sur la promesse technologique pour aller vers une logique de déploiement. HDF Energy ne revendique pas encore une rentabilité acquise, ni une montée en puissance linéaire. Mais le groupe semble avoir posé plusieurs jalons décisifs : une base industrielle financée, des actifs techniques opérationnels, un recentrage du portefeuille et une ouverture vers les marchés maritimes et ferroviaires. Dans une filière hydrogène qui a connu des tensions, des retards et parfois des désillusions, cette trajectoire suggère qu’une consolidation est en cours. Pour HDF, l’enjeu n’est plus seulement d’innover, mais de démontrer qu’une stratégie industrielle européenne fondée sur les piles à combustible de forte puissance peut trouver sa place dans les chaînes de valeur de la transition énergétique.

