En Italie, Amoéba obtient une autorisation d’urgence pour protéger le basilic contre le mildiou
Le basilic italien, ingrédient emblématique de la cuisine méditerranéenne et pilier de la filière du pesto, fait face à un ennemi redoutable : le mildiou. Pour répondre à cette pression sanitaire, Amoéba vient d’obtenir en Italie une autorisation d’urgence de 120 jours pour l’utilisation de son biofongicide contre cette maladie qui peut ravager les cultures en quelques jours.
Cette autorisation temporaire, délivrée par le ministère italien de la Santé, couvre la période du 5 juin au 2 octobre 2026. Elle permet l’emploi du biofongicide développé par Amoéba en traitement préventif contre le mildiou du basilic. La demande a été soutenue par des associations de producteurs italiens, signe d’un besoin concret sur le terrain, dans un contexte où les solutions disponibles se réduisent progressivement.
Le mildiou du basilic, causé par Peronospora belbahrii, constitue une menace particulièrement sévère pour les producteurs. Sur une plante destinée à la consommation fraîche, la tolérance commerciale aux symptômes est très faible, voire inexistante. Lorsque les conditions climatiques sont favorables au développement du pathogène, la maladie peut toucher 70 % à 80 % de la production. Dans les cas les plus graves, une culture peut être détruite en trois ou quatre jours.
L’enjeu est d’autant plus sensible en Italie que le basilic Genovese occupe une place centrale dans l’économie agricole et alimentaire du pays. Utilisé frais ou transformé, notamment pour la fabrication du pesto, il irrigue toute une chaîne de valeur : semenciers, producteurs sous abri ou en plein champ, conditionneurs, industriels de la transformation et exportateurs. La sauce pesto alla genovese à base de basilic frais a connu une croissance annuelle soutenue de 13,7 % dans le monde entre 2009 et 2023, selon les données NielsenIQ citées par Amoéba.
La pression sanitaire est particulièrement forte sur le basilic italien, notamment en agriculture biologique. Les variétés cultivées, les conditions climatiques et la réduction progressive du nombre de molécules pesticides utilisables fragilisent les producteurs. Cette situation ouvre un espace pour des solutions de biocontrôle, en particulier auprès des exploitations engagées dans des modes de production plus exigeants. Selon les données présentées, les producteurs biologiques représenteraient 30 % du volume du marché mondial.
Pour Amoéba, cette autorisation constitue une étape importante dans le déploiement de sa technologie AXPERA. L’entreprise, basée à Chassieu, près de Lyon, développe des solutions microbiologiques naturelles fondées sur l’exploitation brevetée d’amibes. Sa stratégie vise notamment le marché du biocontrôle, c’est-à-dire la protection des plantes par des méthodes alternatives aux pesticides chimiques classiques.
Jean-Marc Petat, directeur général de Green for Agro, filiale d’Amoéba dédiée aux biosolutions, souligne que cette autorisation répond à un besoin immédiat de la filière italienne. Il insiste également sur l’intérêt de solutions de contrôle des maladies ne laissant pas de résidus, dans un marché où les attentes des consommateurs et des producteurs évoluent.
L’autorisation italienne reste temporaire. Elle intervient dans l’attente de l’autorisation de mise sur le marché du produit en Italie. Elle s’inscrit aussi dans une stratégie plus large menée par Amoéba avec son partenaire Koppert pour développer cette solution de biocontrôle contre les maladies fongiques en Europe.
Le potentiel du basilic dépasse largement le seul marché italien. À l’échelle mondiale, cette plante aromatique serait cultivée sur 6,8 millions d’hectares. La valeur marchande des feuilles de basilic est estimée à 51 millions d’euros en 2025, tandis que l’industrie du basilic représenterait 1,4 milliard d’euros. Les usages alimentaires et les boissons concentrent 71 % des débouchés, tandis que les applications pharmaceutiques et cosmétiques représentent 19 %.
Cette diversité des usages renforce l’intérêt économique d’une protection efficace des cultures. Le basilic est apprécié pour ses qualités gustatives, mais aussi pour sa richesse en antioxydants, vitamines et minéraux. Il trouve également sa place dans les produits naturels et les compléments, en raison de ses propriétés anti-inflammatoires et antimicrobiennes.
Créée en 2010, Amoéba ambitionne de devenir un acteur important du traitement du risque microbiologique dans la protection des plantes et la cosmétique. L’entreprise indique être la seule autorisée à exploiter industriellement l’amibe Willaertia pour des applications en biocontrôle et en cosmétique, et affirme disposer d’un savoir-faire protégé par de nombreux brevets.
Dans le domaine phytosanitaire, la société a déjà engagé des démarches réglementaires en Europe et aux États-Unis. La substance active a obtenu une approbation aux États-Unis en 2022 et un rapport positif définitif de l’EFSA en Europe. L’homologation du produit a été obtenue en 2025 aux États-Unis. Elle est attendue en 2026 en France, puis dans d’autres pays européens ciblés.
Avec cette autorisation d’urgence en Italie, Amoéba obtient une première reconnaissance opérationnelle sur une culture à forte valeur ajoutée. Pour les producteurs de basilic, l’enjeu est plus immédiat : disposer d’un outil supplémentaire pour limiter les pertes, préserver la qualité des récoltes et sécuriser une filière agricole particulièrement exposée aux maladies fongiques.

