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Électrification des usages : la FFIE plaide pour un plan plus concret, plus piloté et mieux financé

À l’heure où l’électrification des usages s’impose comme l’un des leviers majeurs de la transition énergétique, la Fédération française des intégrateurs électriciens avance une série de propositions destinées à rendre ce mouvement plus opérationnel. En s’appuyant sur l’expérience de terrain de ses adhérents, la FFIE défend une approche très pragmatique : prolonger certains dispositifs d’aide, mieux piloter les consommations, alléger le coût de l’électricité, sécuriser les installations existantes et mieux communiquer sur les bénéfices attendus.

La fédération, fondée en 1924 et membre de la Fédération française du bâtiment, représente 8 500 entreprises, majoritairement des PME, ainsi que 150 000 actifs pour plus de 20 milliards d’euros de chiffre d’affaires. Ses adhérents interviennent dans des domaines très variés, allant de la gestion technique des bâtiments aux bornes de recharge, en passant par l’autoconsommation, le photovoltaïque, l’éclairage, le confort thermique ou encore la maintenance électrique. C’est au nom de cette expertise de terrain que la FFIE entend peser dans le nouveau plan d’électrification des usages.

Le premier axe mis en avant concerne les certificats d’économies d’énergie. Pour la FFIE, les CEE demeurent un levier déterminant pour accélérer la décarbonation et l’équipement des bâtiments. La fédération demande ainsi la prolongation de la fiche BAT TH 116 relative à la mise en place d’une gestion technique du bâtiment, dont la validité s’arrête fin 2026, alors même que les obligations issues du décret BACS ont été repoussées au 1er janvier 2030. Elle souhaite également prolonger la fiche BAR TH 173 sur la régulation par programmation horaire pièce par pièce, en cohérence avec ce nouveau calendrier. En parallèle, la FFIE propose de bonifier les primes lorsque les équipements installés correspondent à des solutions de GTB de classe A ou B, afin d’accélérer la modernisation du parc tertiaire.

Cette logique conduit naturellement à la deuxième priorité défendue par la fédération : le pilotage. Pour la FFIE, l’électrification ne peut produire tous ses effets sans une maîtrise fine des consommations. L’enjeu n’est pas seulement de consommer de l’électricité plutôt que des énergies fossiles, mais de consommer mieux. Le document insiste donc sur la nécessité d’intégrer progressivement une obligation de pilotage des équipements électriques installés, quelle que soit la typologie du bâtiment. Il appelle aussi à imposer l’interopérabilité des équipements afin qu’ils puissent communiquer entre eux et transmettre des données utiles aux occupants comme aux gestionnaires immobiliers. Dans un contexte de montée en puissance des tarifications dynamiques, ce pilotage apparaît comme l’une des clés de la flexibilité énergétique.

Le stockage constitue un autre maillon jugé essentiel. La FFIE propose que les batteries installées en même temps que des panneaux photovoltaïques d’une puissance inférieure ou égale à 9 kWc puissent elles aussi bénéficier d’une TVA à 5,5 %, sous réserve de critères de souveraineté définis avec les professionnels. La fédération y voit un moyen d’accélérer l’autoconsommation et de mieux réguler les usages, notamment grâce à la possibilité de décaler la consommation ou d’organiser des effacements au moment opportun. Derrière cette proposition fiscale se dessine une vision plus large : faire du stockage un outil de souplesse au service d’un système électrique plus réactif.

La fédération souhaite également poursuivre la révision des règles qui influencent la perception de l’électricité dans les politiques publiques. Après la baisse du coefficient d’énergie primaire de l’électricité dans le DPE, elle estime nécessaire d’aller plus loin, notamment dans la RE 2020 et dans les réglementations thermiques applicables à l’existant. À terme, elle évoque même la suppression du coefficient de conversion en énergie primaire dans le DPE ou, à défaut, une convergence entre l’électricité et les énergies fossiles. Pour la FFIE, il s’agit d’envoyer un signal clair et cohérent en faveur de l’électrification.

Mais le nœud le plus sensible reste sans doute celui du prix. Le document insiste sur la nécessité de dissocier totalement le prix de l’électricité de celui du gaz. L’argument avancé est simple : si la France veut encourager l’augmentation des usages électriques, elle doit offrir aux investisseurs et aux consommateurs une meilleure visibilité sur l’évolution du prix de cette énergie. La FFIE souligne aussi le poids de la fiscalité, indiquant qu’en 2025 les taxes pesant sur l’électricité étaient deux fois plus élevées que celles appliquées au gaz et au fioul domestique. Elle réclame donc un niveau de prélèvement plus équilibré par rapport aux énergies fossiles.

Le texte contient également un volet plus opérationnel pour les artisans et les petites entreprises. La fédération appelle à faciliter l’accès à des financements bonifiés pour l’investissement dans des matériels électrifiés, et à renforcer les aides permettant de transformer l’outil de travail. Elle demande aussi de lisser les effets de seuil sur les comptages électriques, jugés trop pénalisants, et estime pertinent de relever de 36 à 60 kVA le seuil historique séparant certaines catégories de raccordement. Cette évolution permettrait, selon elle, de simplifier les projets, d’améliorer la lisibilité des coûts et de raccourcir les délais, notamment pour les infrastructures de recharge des véhicules électriques.

La FFIE insiste par ailleurs sur un point souvent relégué au second plan : la sécurité électrique des installations existantes. Selon elle, la massification des pompes à chaleur, bornes de recharge, panneaux solaires ou batteries ne peut se faire sans contrôle préalable des installations domestiques. La fédération demande que ces contrôles soient rendus obligatoires avant l’installation de nouveaux équipements et que les travaux de mise en sécurité induits puissent eux aussi être financés dans le cadre des aides existantes. Elle estime même ce financement impératif pour éviter des accidents susceptibles de fragiliser l’acceptabilité du plan national.

Autre piste avancée, le développement de l’hydroélectricité fluviale. La FFIE met en avant un potentiel de plus de 800 MW, notamment à travers les moulins existants, sur des projets de taille modeste, techniquement mûrs et rapidement mobilisables. Elle présente cette ressource comme complémentaire de l’électrification, en particulier dans les zones où l’acheminement de l’électricité ou le renforcement des réseaux est plus complexe. Là encore, la logique est très territoriale : utiliser des gisements locaux pour soutenir de nouveaux usages électriques.

Enfin, la fédération estime que le succès du plan passera aussi par une communication beaucoup plus lisible. Elle appelle l’État à expliquer plus clairement les économies réalisables, le fonctionnement des tarifications dynamiques et les bénéfices concrets de l’électrification pour les particuliers, les copropriétés, les TPE, les PME, les bailleurs sociaux ou encore les industriels. Elle demande également la publication régulière de baromètres de suivi et de bilans plus transparents de la part des fournisseurs d’électricité. L’idée est de ne pas laisser l’électrification à l’état de promesse abstraite, mais d’en faire une transformation visible, mesurable et compréhensible.

Au fond, les propositions de la FFIE dessinent une même ligne directrice : l’électrification ne peut progresser durablement que si elle repose sur des règles cohérentes, des signaux prix favorables, des équipements intelligents, des installations sûres et une pédagogie adaptée. Le document ne se limite donc pas à défendre une énergie contre une autre. Il propose plutôt une méthode pour faire passer l’électrification du registre de l’intention à celui de la mise en œuvre concrète.

Elliot

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