Calanques Propres 2026 : les mégots dans le viseur d’une mobilisation géante du littoral
Le 25 avril prochain, le littoral méditerranéen vivra au rythme d’une nouvelle grande opération de nettoyage et de sensibilisation. De la Côte Bleue à La Ciotat, la 23e édition de Calanques Propres réunira associations, collectivités, gestionnaires d’espaces naturels et entreprises autour d’un même objectif : protéger les côtes et mieux comprendre les déchets qui les dégradent. Cette édition 2026 met plus particulièrement l’accent sur un polluant longtemps banalisé malgré son omniprésence, le mégot de cigarette, présenté comme le premier déchet plastique des littoraux.
Portée par l’association MerTerre, l’opération ne se limite pas à une simple journée de ramassage. Elle s’inscrit dans une logique plus large, mêlant action citoyenne, observation de terrain et production de données. C’est d’ailleurs l’un des traits distinctifs de Calanques Propres : chaque collecte nourrit un travail de caractérisation scientifique. Les informations relevées sur place sont centralisées sur la plateforme Zéro Déchet Sauvage/ReMed, conçue par MerTerre pour coordonner les actions menées tout au long de l’année et affiner l’analyse de la pollution. Cette base permet ensuite d’alimenter des recommandations concrètes de réduction des déchets, mais aussi d’éclairer des plans de gestion locaux, notamment dans le périmètre du Parc national des Calanques.
Cette dimension scientifique donne à l’événement une portée bien plus stratégique qu’un simple geste symbolique. Chaque déchet ramassé devient aussi une information utile. Chaque site nettoyé offre une photographie de la pression exercée sur les milieux côtiers. En consolidant ces données depuis plusieurs années, MerTerre entend fournir aux acteurs publics et aux partenaires de terrain des éléments tangibles pour mieux cibler les actions de prévention et de sensibilisation.
L’édition 2026 marque aussi une évolution notable avec l’arrivée d’un nouveau partenaire, Alcome, présenté comme le seul éco-organisme français agréé par l’État pour prévenir et réduire les mégots jetés dans l’espace public. À travers sa marque-programme « Mon Mégot Où Il Faut », l’organisme s’associe à Calanques Propres pour braquer les projecteurs sur ce déchet discret en apparence, mais massif dans ses effets. Le constat dressé dans le document est sans ambiguïté : en moyenne, la France compte 1,3 mégot tous les 10 mètres de voirie. Et lorsqu’il est abandonné, ce déchet peut mettre jusqu’à dix ans à se dégrader, tout en contaminant les sols et les eaux et en menaçant la biodiversité terrestre et aquatique.
Le partenariat entre MerTerre et Alcome ne se réduit pas à une présence de principe. Il se traduira concrètement par la distribution de 1 000 cendriers de poche, par l’installation d’un stand de sensibilisation « Mon Mégot Où Il Faut » et par la mise à disposition, avec l’appui de Recyclop, de tubes de caractérisation destinés à compter spécifiquement les mégots collectés. L’idée est claire : mieux documenter ce flux de déchets pour mieux agir à la source, tout en faisant évoluer les comportements par une approche pédagogique et positive. L’objectif affiché est ambitieux, avec la volonté de contribuer à une baisse de 40 % des mégots dans l’espace public d’ici 2027.
Cette édition intervient aussi dans un contexte particulier. Le document rappelle que, depuis juillet 2025, les plages et littoraux sont des espaces sans tabac. Dans ce cadre, la présence de mégots sur ces sites ne résulte pas seulement d’abandons directs, mais aussi de phénomènes de dispersion liés au vent, à la pluie ou encore aux écoulements urbains. Autrement dit, le mégot jeté en ville peut finir sa course en mer ou sur le rivage. Ce lien entre espace urbain et milieu marin renforce la nécessité d’une action de prévention qui dépasse largement les seuls sites naturels emblématiques.
Sur le terrain, la mobilisation annoncée est d’ampleur. Près de 1 500 participantes et participants sont attendus, aux côtés de 50 associations, collectivités, gestionnaires et entreprises. Plusieurs rendez-vous sont programmés entre le 22 avril et le 6 juin, mais le temps fort aura lieu le samedi 25 avril. Les ramassages débuteront dès 8h30 sur l’ensemble des spots. Un point presse est prévu à 11h45 à l’anse de la Maronaise, en présence notamment d’Isabelle Poitou, directrice de MerTerre, ainsi que de partenaires institutionnels comme le Parc national des Calanques, la Ville de Marseille et la Région Sud Provence-Alpes-Côte d’Azur. À midi, place à la caractérisation des déchets, avec tri, pesée, analyse et un focus spécifique sur le comptage et la pesée des mégots.
La carte de cette mobilisation montre l’étendue du dispositif. Marseille concentre une grande partie des opérations, avec des interventions sur les plages du Prado, à la Pointe Rouge, aux Goudes, à Callelongue, à l’anse de la Maronaise ou encore au Pharo. Mais d’autres communes sont également concernées, comme Marignane, Martigues, Septèmes-les-Vallons, La Ciotat ou Ensuès-la-Redonne. Cette diversité de sites traduit une volonté d’agir à l’échelle d’un territoire littoral complet, en associant clubs nautiques, collectifs citoyens, structures éducatives, associations sportives et acteurs institutionnels.
Au fond, Calanques Propres défend une conception exigeante de l’engagement écologique. Il ne s’agit pas seulement de nettoyer, mais aussi de mesurer, de comprendre et de prévenir. En reliant sciences participatives, mobilisation locale et appui aux politiques publiques, l’opération cherche à transformer un geste ponctuel en levier d’action durable. L’édition 2026, avec son accent mis sur les mégots, rappelle au passage qu’un déchet minuscule peut incarner à lui seul un immense défi environnemental. Et qu’en matière de protection du littoral, la bataille commence souvent par les gestes les plus ordinaires.



