La forêt française gagne du terrain mais subit des pressions croissantes
La forêt française occupe aujourd’hui 41 % du territoire national, en incluant l’Hexagone, la Corse et les départements et régions d’outre-mer. Elle joue un rôle majeur dans le stockage du carbone, la biodiversité, la production de bois et les loisirs, mais elle doit désormais composer avec l’intensification des sécheresses, des incendies et des crises sanitaires. L’Atlas IGN 2026 consacré à la forêt rassemble cartes, données forestières, images satellites et photographies aériennes afin de montrer à la fois l’expansion historique des surfaces boisées et les fragilités croissantes de cet écosystème.
Depuis 2022, l’Institut national de l’information géographique et forestière publie chaque année un atlas intitulé « Cartographier l’anthropocène ». L’édition 2026 est entièrement consacrée à la forêt française, avec l’objectif de rassembler les connaissances disponibles sur son évolution, ses fonctions, sa diversité et son état de santé.
Le constat qui ressort de cette cartographie est contrasté. La forêt n’a jamais occupé autant de place depuis plusieurs générations, mais son extension géographique ne signifie pas qu’elle soit à l’abri des difficultés. Sécheresses répétées, incendies, maladies, tempêtes et vieillissement de certains peuplements modifient progressivement les équilibres forestiers.
Une forêt qui occupe une place considérable dans le territoire
La forêt couvre 41 % du territoire national lorsqu’on prend en compte l’Hexagone, la Corse et les DROM. Cette proportion masque toutefois d’importantes disparités géographiques.
La cartographie présentée par l’IGN montre notamment un gradient marqué entre le nord-ouest de la France, relativement peu forestier, et le sud-est, où la couverture boisée est sensiblement plus importante. Les feuillus restent majoritaires dans de nombreux départements, tandis que certains territoires se distinguent par une part plus importante de conifères.
Cette répartition est le résultat d’une combinaison de facteurs naturels et historiques. Le climat, le relief, les usages du sol et les pratiques forestières ont façonné des paysages très différents d’un département à l’autre.
Certaines cartes permettent également d’identifier les effets de perturbations récentes. En Gironde et dans les Landes, par exemple, apparaissent des zones qualifiées de « jeunes peuplements indéterminés ». Elles correspondent notamment à des espaces ayant subi des transformations brutales, telles que des incendies ou des tempêtes, et dont la forêt se reconstitue progressivement.
En deux siècles la surface forestière a fortement progressé
L’un des enseignements les plus marquants de l’atlas concerne l’évolution de la forêt sur le temps long.
En comparant les cartes d’état-major réalisées entre 1840 et 1866 avec la cartographie contemporaine, l’IGN estime que la couverture forestière du XIXe siècle était environ deux fois moins importante qu’aujourd’hui.
Plusieurs phénomènes ont contribué à cette progression : la déprise rurale, la diminution de certains usages du bois comme source d’énergie ou matériau, ainsi que les différentes politiques de plantation et de reboisement.
Cette progression n’a cependant pas été uniforme.
Le quart nord-est de la France a connu une évolution moins prononcée. Certains départements ont même suivi des trajectoires très différentes de la tendance nationale. La Loire-Atlantique, par exemple, a perdu plus de la moitié des boisements qui existaient autrefois. À l’inverse, une grande partie des surfaces forestières actuelles est relativement récente : selon l’IGN, 70 % des surfaces boisées présentes aujourd’hui n’existaient pas il y a environ cent cinquante ans.
Cette évolution rappelle qu’une augmentation globale de la surface forestière peut cacher d’importantes transformations locales dans la composition, l’âge et la localisation des forêts.
Un stock considérable de carbone
La forêt joue également un rôle dans l’atténuation du changement climatique.
En croissant, les arbres captent du dioxyde de carbone présent dans l’atmosphère puis stockent le carbone dans leur bois. L’IGN estime à environ 1 350 millions de tonnes de carbone la quantité séquestrée dans les arbres vivants des forêts françaises.
Ce stock n’est toutefois pas figé.
Les crises sanitaires, les tempêtes et le vieillissement des peuplements peuvent provoquer localement une diminution du carbone stocké. À l’inverse, la reconstitution ou la croissance d’une forêt peut entraîner son augmentation.
La carte consacrée à l’évolution des stocks entre 2014 et 2022 illustre précisément cette diversité territoriale. Certaines zones enregistrent une progression du stock de carbone, tandis que d’autres connaissent une stabilisation ou une diminution.
Cette situation souligne l’importance de suivre non seulement la surface occupée par les forêts, mais également leur état et leur capacité à continuer de croître.
Les incendies mettent en évidence la vulnérabilité des massifs
L’atlas revient également sur le méga-incendie de La Teste-de-Buch de 2022.
Les données aériennes et les relevés réalisés depuis montrent une forêt engagée dans un processus de régénération, mais dont la reconstruction est lente. Des espèces pionnières recolonisent progressivement les zones brûlées, sans que cela garantisse un retour rapide à une forêt plus résistante.
Plusieurs interventions accompagnent donc la reprise naturelle.
Le bois mort peut notamment être évacué, lorsqu’il reste exploitable, afin de limiter la prolifération des scolytes. Le débroussaillage doit faciliter le développement des jeunes pousses de pins. Des plantations peuvent également compléter la régénération naturelle.
L’IGN indique qu’une part plus importante peut être accordée à des essences considérées comme plus résistantes aux incendies, notamment le chêne-liège.
L’exemple de La Teste-de-Buch illustre ainsi la complexité de la restauration d’un massif après une catastrophe de grande ampleur. Reconstituer une couverture végétale ne suffit pas nécessairement à retrouver rapidement les caractéristiques de la forêt qui existait avant l’incendie.
L’outre-mer révèle une biodiversité forestière exceptionnelle
La forêt française ne se limite pas aux massifs métropolitains.
La Guadeloupe est boisée à 44 % et la Martinique à 47 %. Les deux territoires possèdent une diversité forestière particulièrement importante.
Chacune de ces îles compte près de 400 espèces d’arbres. Cela représente environ deux fois le nombre d’espèces recensées dans l’Hexagone, alors même que leurs territoires sont entre 300 et 500 fois plus petits.
Cette richesse modifie également la manière de cartographier la forêt.
Alors que la BD Forêt de l’IGN peut distinguer les peuplements espèce par espèce en France hexagonale et en Corse, cette méthode devient difficile à appliquer dans les Antilles. La cartographie repose donc davantage sur l’identification de formations végétales forestières.
Mieux observer pour mieux anticiper
L’une des ambitions de l’Atlas 2026 est également de montrer comment évolue l’observation de la forêt.
L’IGN combine désormais plusieurs catégories de données : observations réalisées sur le terrain, photographies aériennes, images satellites, relevés LiDAR HD, modélisations spatiales et traitements numériques.
Ces différentes sources permettent d’étudier la structure des peuplements, leur évolution et les conséquences des événements climatiques ou sanitaires.
L’Institut participe également aux travaux menés dans le cadre de l’Observatoire des forêts françaises, dont l’objectif est de produire et de rassembler des informations susceptibles d’éclairer les politiques publiques.
Car l’enjeu dépasse largement la seule cartographie.
La forêt française doit simultanément répondre à plusieurs attentes : contribuer au stockage du carbone, accueillir une biodiversité importante, fournir du bois, offrir des espaces de loisirs et s’adapter à des conditions climatiques qui évoluent.
L’Atlas IGN 2026 met ainsi en évidence un paradoxe majeur. La France dispose aujourd’hui d’une surface forestière nettement supérieure à celle du XIXe siècle, mais cette progression ne protège pas les massifs contre les nouveaux risques. L’enjeu n’est donc plus seulement de conserver une surface boisée importante, mais de comprendre comment les forêts évoluent et dans quelles conditions elles pourront continuer à remplir durablement leurs différentes fonctions.



