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Journée contre la précarité énergétique 2025

un drame social qui s’aggrave malgré l’urgence climatique

Le 18 novembre 2025 marque la cinquième édition de la Journée contre la précarité énergétique, un rendez-vous désormais incontournable, piloté par une coalition de 19 organisations engagées pour un logement digne et une transition énergétique juste. Lancée en 2020 à l’initiative de la Fondation pour le Logement des Défavorisés, cette journée vise à rendre visible une réalité qui ne cesse de s’amplifier : l’incapacité, pour des millions de Français, de se chauffer ou de se protéger des vagues de chaleur dans leur propre logement.

Le dossier 2025 dresse un constat alarmant. Alors que la crise énergétique liée au Covid et à la guerre en Ukraine semble s’éloigner, la situation des ménages continue de se détériorer. Les prix restent élevés, les aides diminuent et les dispositifs publics s’essoufflent. Résultat : la précarité énergétique touche près de 12 millions de personnes, soit l’un des niveaux les plus élevés jamais enregistrés.

Une précarité énergétique qui explose

Les chiffres fournis par les associations et organismes partenaires sont sans équivoque. En 2025 :

  • 36 % des Français ont eu des difficultés à payer leurs factures d’énergie, une hausse de 30 % en un an.

  • 35 % déclarent avoir eu froid chez eux, contre 14 % en 2020.

  • 48 % ont souffert de la chaleur pendant au moins 24 heures dans leur logement.

  • 1,2 million d’interventions pour impayés ont été enregistrées en 2024, dont plus de 300 000 coupures ou réductions de puissance.

  • 4,2 millions de logements sont des passoires thermiques (classes F et G).

Les ménages réduisent leur consommation au maximum : 75 % abaissent volontairement leur chauffage pour éviter des factures trop élevées. Mais ce repli forcé n’empêche pas les restes à charge importants, ni les situations d’endettement qui explosent dans certains territoires.

La chaleur, longtemps sous-estimée, devient désormais un marqueur majeur du mal-logement. Près de 3 700 décès liés aux fortes températures ont été enregistrés en 2024, et les estimations pour 2025 pourraient être pires. Pourtant, seulement une rénovation sur 1 000 financée par l’Anah prend en compte le confort d’été.

MaPrimeRénov’ : un retour en arrière qui inquiète les acteurs du terrain

Le thème central de l’édition 2025 est explicite : « Retour à la case départ pour MaPrimeRénov’ ? ».

L’année dernière, les organisations avaient salué la réforme qui portait enfin les aides à un niveau compatible avec l’objectif de rénovation globale. Pour un ménage très modeste habitant une passoire thermique, le montant maximal pouvait atteindre 63 000 euros, contre 20 000 auparavant.

Mais en quelques mois, la dynamique a été brisée.

  • 1 milliard d’euros retirés en 2025.

  • Encore 500 millions retirés dans le budget 2026.

  • Barèmes revus à la baisse : l’aide maximale repasse à 32 000 euros pour les ménages très modestes.

  • Pour les foyers plus aisés, les aides sont divisées par trois.

Pour les associations, il s’agit d’un véritable abandon. Le secteur s’était structuré autour de l’ambition initiale : accompagnement renforcé, massification des rénovations, montée en qualité. Les revirements budgétaires mettent en péril des équipes, des guichets d’accompagnement et les projets de milliers de ménages.

Budget 2026 : des coupes généralisées malgré l’urgence

Le dossier souligne également les arbitrages du projet de loi de finances 2026, qui inquiètent profondément les acteurs de la lutte contre la précarité énergétique.

Le chèque énergie amputé

La principale aide directe aux ménages, le chèque énergie, perd 225 millions d’euros, soit un quart de son budget. Le nombre de bénéficiaires — 5,6 millions en 2024 — pourrait fortement diminuer. Pour la FNCCR, l’évolution marque une dégradation préoccupante d’un dispositif déjà fragile.

La rénovation du parc social : oubliée

Malgré des engagements passés, zéro euro est prévu pour la rénovation énergétique des logements sociaux.
Les organismes HLM alertent : les prélèvements atteignent un niveau inédit et le désengagement de l’État compromet la capacité à entretenir et moderniser le parc. Or, 4 locataires sur 10 du parc social souffrent de la chaleur l’été.

La rénovation obligatoire : un progrès menacé

Depuis la loi Climat et résilience de 2021, un calendrier progressif interdit la location des logements les plus énergivores. Après les étiquettes G+ en 2023, les logements G sont concernés depuis le 1er janvier 2025.

Contrairement à certaines idées reçues :

  • L’interdiction n’est pas automatique.

  • De nombreuses exceptions existent (contraintes techniques, patrimoine, votes en copropriété).

  • Les bailleurs bénéficient d’aides importantes via MaPrimeRénov’.

Pourtant, un lobbying intensif cherche à repousser, voire annuler, ces obligations. Une proposition de loi sera discutée début 2026. Elle pourrait ouvrir une brèche permettant d’affaiblir le calendrier.

Un signal paradoxal : alors que les obligations se renforcent, l’État modifie le DPE en abaissant le coefficient d’énergie primaire de l’électricité. Résultat : 850 000 logements sortent des passoires thermiques sur le papier, sans aucun travaux.

La précarité énergétique d’été enfin reconnue

Une proposition de loi transpartisane, déposée en juillet 2025, vise à adapter les logements aux canicules et à protéger les occupants.

Elle propose notamment :

  • d’intégrer la surchauffe à la définition de la précarité énergétique ;

  • d’interdire les coupures d’électricité en cas d’impayés ;

  • de créer un droit d’accès aux volets et ventilateurs ;

  • de simplifier certaines procédures en copropriété.

Pour Christophe Robert, de la Fondation pour le Logement des Défavorisés, le signal est clair : il est urgent de légiférer pour adapter les logements aux chaleurs extrêmes.

Des témoignages qui rappellent l’ampleur du drame humain

Le dossier donne la parole à celles et ceux qui vivent la précarité énergétique au quotidien : Aïcha à Montpellier, Tony dans l’Orne, Stéphanie à Arras.
Hiver glacial, humidité, champignons, factures impossibles à payer, travaux mal réalisés, chaudières hors service…
Leurs récits montrent la violence sociale et psychologique de la situation, mais aussi l’importance des dispositifs d’accompagnement locaux comme Slime, SOS Taudis ou Territoire Zéro Exclusion Énergétique.

Un enjeu national majeur pour les années à venir

La précarité énergétique n’est plus un phénomène marginal, mais un risque systémique.
Elle se trouve à la croisée des enjeux sociaux, climatiques, sanitaires et économiques.
Faute de choix politiques cohérents, la France s’expose à une triple impasse : explosion des factures pour les ménages, aggravation du mal-logement et retard dans les objectifs de transition énergétique.

L’avenir dépendra de la capacité à remettre la rénovation au cœur d’une politique ambitieuse, stable et financée. Priorité aux ménages modestes, lutte contre les passoires thermiques, prise en compte du confort d’été, transparence des dispositifs : ces leviers doivent être consolidés, non dégradés.

La transition énergétique ne pourra réussir que si elle est sociale, équitable et protectrice. À défaut, la France pourrait bien entrer dans une nouvelle crise énergétique — silencieuse pour l’instant, mais déjà perceptible dans les vies de millions de familles.

Elliot

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