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Économies d’énergie : un appel aux « petits gestes » qui passe mal, mais qui pourrait faire du bien

Valère Corréard

Le porte-parole du gouvernement Olivier Véran s’est exprimé ce mercredi midi à l’issue du Conseil des ministres, demandant un “effort citoyen” aux français sur leur consommation d’énergie. Et si cette annonce, qui fait grincer des dents plus d’un, était aussi une opportunité écologique ? Découvrez la tribune de Valère Corréard, papa, auteur, producteur et journaliste.

“Dans la continuité de l’interview présidentielle du 14 juillet au cours de laquelle Emmanuel Macron a appelé à la « mobilisation générale » face au risque de pénurie de gaz Russe en raison de la guerre en Ukraine, le porte-parole du gouvernement, Olivier Véran, a à son tour lancé un appel aux français : « des petits gestes » pour économiser de l’énergie. Une annonce qui a fait réagir, mais qui pourrait être une opportunité écologique.

On pouvait s’y attendre au point de se demander ce qu’il a pris à l’exécutif d’aller sur ce terrain en égrenant des exemples qui sonnaient comme autant de fausses notes, et ce même après avoir rappelé que cet effort concernait aussi les administrations et les entreprises : « quand on part en week-end ou en vacances, on débranche un maximum de prises électriques (..), on débranche son Wi-Fi, on baisse un peu la clim et bien sûr on éteint les lumières quand on n’utilise pas les pièces ». Autant de « petits gestes » qui peuvent paraître dérisoires face aux enjeux énergétiques, injustes face aux pratiques de l’Etat, des membres de ce gouvernement, des entreprises, et des industries. Des propos déplacés pour les millions de personnes qui n’ont ni les moyens de partir en vacances et encore moins d’avoir la climatisation.

Et c’est pour ces raisons que cet appel a soulevé de nombreuses réactions négatives légitimes, c’était attendu. L’Etat est loin d’être exemplaire, les politiques, les acteurs économiques  également, les lois autorisent des pratiques dont le coût écologique est colossal et nous voilà coresponsables de notre autonomie énergétique à coup d’injonctions ? Comme si notre quotidien n’était déjà pas assez difficile à vivre. Il aurait fallu s’en occuper avant une crise avec de vraies réformes pour accompagner une transition juste et efficace.

Sauf que cela n’a pas été fait ainsi, on peut considérer cela comme « hypocrite et injuste » à l’instar de Greenpeace France, c’est peut-être le cas, mais une fois passée l’émotion on peut se poser la question, serait-ce même utile ?

Sur le plan strictement comptable, il ne faut pas négliger ce que peuvent représenter les actions individuelles qui deviennent collectives sur le plan de la transition écologique et donc énergétique. On sait par exemple que si tous les français mettaient en pratique l’ensemble des « petits gestes » utiles pour le climat au quotidien, nous pourrions espérer au mieux une baisse de 25% de nos émissions de gaz à effet de serre, et plus probablement de l’ordre de 10% d’après une étude du cabinet de conseil Carbone 4 qui a fait beaucoup de bruit. Ce n’est pas rien, mais cela ne suffit pas.

Avec un mix énergétique composé en France de 16% de gaz, l’enjeu est réel. Alors que les particuliers pèsent près d’un tiers de la consommation d’énergie du pays, les actions individuelles peuvent effectivement avoir un réel effet quand on sait que les appareils en veille d’un foyer représentent 10% de la consommation électrique, ou qu’une box Internet consomme autant qu’un frigo d’après l’ADEME. La sobriété énergétique passera donc aussi par les citoyens.

D’autant que sur le plan des externalités positives à faire notre transition énergétique, on peut considérer que les bénéfices ne manquent pas. D’abord, sur le plan psychologique il est tout de même bien plus stimulant de se sentir acteur au sein d’une crise que de rester passif en subissant des restrictions, l’inflation et la pression morale de la guerre à nos portes. Ensuite, une mobilisation citoyenne ne porte jamais en elle une seule valeur absolue, mais aussi une valeur relative, celle d’une pression « du bas vers le haut » pour créer une injonction aux acteurs économiques et politiques qui manquent rarement à l’appel des grands mouvements de foule. Enfin, les petits gestes ont déjà fait leurs preuves. En matière de transition écologique bien sûr, il n’est pas certain que l’offre politique, économique et médiatique soit ce qu’elle est aujourd’hui si les gens n’avaient pas changé leurs habitudes depuis 10 ans. Et on en parle assez peu alors que le parallèle est tout à fait intéressant : quelle a été la place des « petits gestes » pour gérer la crise sanitaire liée au Covid-19 ? Centrale. Qui aurait imaginé des Français masqués, gel hydroalcoolique en poche, fraîchement vaccinés après s’être confinés il y a seulement 3 ans ?

Ne nous leurrons pas, seuls, les « petits gestes » ne suffiront pas sans une volonté politique et des actes juridiques, mais il serait regrettable de s’en passer au prétexte que c’est d’abord aux autres d’agir et que nous n’avons pas de leçons de savoir vivre à recevoir du gouvernement. Il a été maladroit c’est indéniable, mais passé la vexation, voyons peut-être ce débat comme une chance, celle de ne pas oublier les plus précaires, mais aussi une opportunité de révolte citoyenne dans une société de tous les abus, cela peut aussi être l’occasion de créer un ciment citoyen, une mobilisation juste pour l’écologie et contre la guerre.”

Valère Correard, directeur de la rédaction www.linfodurable.fr, expert de la transition écologique au quotidien. Papa, auteur, producteur et journaliste spécialisé sur la transition écologique Valère intervient régulièrement dans les médias (France Inter, France Info, ID L’INFO DURABLE) et lors de conférences pour partager son expertise sur l’écologie au quotidien. Son dernier livre “25 idées reçues sur l’écologie à déconstruire de toute urgence” est paru en mars 2022 aux Éditions Marabout.

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