88 projets racontent une France en pleine végétalisation
Victoires du Paysage 2026
Des cours d’école transformées en îlots de fraîcheur aux grandes places urbaines renaturées, en passant par les zones humides, les jardins privés et les quartiers résidentiels, le paysage occupe une place croissante dans l’aménagement des territoires. La dixième édition des Victoires du Paysage en apporte une nouvelle illustration avec 88 projets finalistes, sélectionnés parmi 182 candidatures venues de toute la France.
Réparties dans douze régions métropolitaines, ces réalisations témoignent d’une dynamique qui ne concerne plus seulement les grandes villes. Les communes rurales, les villes moyennes, les territoires littoraux, les zones d’activités et les établissements scolaires s’engagent également dans des projets où le végétal devient un outil d’adaptation climatique, de gestion de l’eau et d’amélioration du cadre de vie.
L’Île-de-France est la région la plus représentée avec 19 projets finalistes. Elle devance Provence-Alpes-Côte d’Azur, qui en compte 13, et Auvergne-Rhône-Alpes avec 11 projets. La Nouvelle-Aquitaine et l’Occitanie en présentent chacune neuf, devant le Grand Est, la Normandie, la Bretagne, les Hauts-de-France, les Pays de la Loire, la Bourgogne-Franche-Comté et le Centre-Val de Loire.
Le végétal gagne les centres-villes
Les espaces publics urbains occupent une place importante dans la sélection. Dans les communes de moins de 10 000 habitants, plusieurs projets cherchent à redonner vie aux places centrales et aux cœurs de village. À Bartenheim, dans le Haut-Rhin, le square Le Bretzel a été conçu comme un nouvel espace de rencontre et de détente. À Gironcourt-sur-Vraine, dans les Vosges, la place de la mairie a été réaménagée afin de mieux valoriser le patrimoine communal et les usages quotidiens.
À Châtillon-Coligny, dans le Centre-Val de Loire, le quartier du Pâtis illustre une évolution plus directement liée aux enjeux climatiques. Sa requalification associe renaturation, amélioration du cadre de vie et création d’un jardin de pluie destiné à mieux gérer les eaux pluviales.
Dans les villes plus importantes, les projets sélectionnés témoignent également d’une volonté de réduire la place du minéral. À Montrouge, le projet « Marche à l’ombre ! » renforce la végétation et les zones ombragées pour améliorer le confort des piétons lors des fortes chaleurs. À Lagny-sur-Marne, la renaturation du quai de la Gourdine redonne une place centrale à l’eau et aux berges. À Paris, le réaménagement de la porte Maillot transforme un grand carrefour métropolitain en un espace plus lisible, plus végétalisé et plus accueillant.
Les Allées de Neuilly, le cœur de ville Marenda-Lacan à Antibes, la place Joffre à Libourne ou encore l’esplanade TASE à Vaulx-en-Velin montrent que les projets paysagers sont désormais étroitement associés aux transformations urbaines, aux mobilités et à la qualité des espaces publics.
Les cours d’école deviennent des laboratoires climatiques
Les établissements scolaires constituent l’un des grands enseignements de cette édition. Les projets retenus multiplient les opérations de désimperméabilisation, de plantation d’arbres, de création de sols perméables et d’aménagement de nouveaux espaces de jeux.
Au Versoud, en Isère, les cours des écoles Jean Jaurès et Jules Ferry ont été transformées pour donner davantage de place à la nature et réduire l’accumulation de chaleur. À Bourg-lès-Valence, la cour du collège Gérard Gaud a été repensée pour favoriser l’infiltration de l’eau et améliorer le confort des élèves.
À Metz, la place Catherine Jacquat et la cour de l’école Notre-Dame associent végétalisation, bien-être des enfants et adaptation climatique. Des démarches comparables ont été engagées à Auterive, Pamiers, Cannes, Nantes ou Marcq-en-Barœul. Ces opérations transforment progressivement les cours scolaires, longtemps dominées par l’asphalte, en espaces de fraîcheur, de biodiversité et d’apprentissage.
L’eau au centre des nouveaux aménagements
La gestion de l’eau constitue un autre fil conducteur de la sélection. Jardins de pluie, bassins de régulation, prairies humides, quais renaturés et grandes esplanades désimperméabilisées figurent parmi les solutions mises en œuvre.
Au Havre, une vaste esplanade urbaine a été transformée en jardin de récupération des eaux pluviales. Le projet vise à faire de cet espace un véritable outil de résilience climatique. Selon les éléments présentés pour cette édition, l’aménagement s’étend sur 2,5 hectares et doit permettre de déconnecter 140 000 mètres cubes d’eaux pluviales.
À Gujan-Mestras, la nouvelle zone humide de Cantéranne combine régulation hydraulique et renaturation forestière. À Louzy, dans les Deux-Sèvres, les prairies du Clos du Château retrouvent un fonctionnement écologique de zone humide. À Angers, les berges de la Reculée renforcent les continuités écologiques tout en proposant un espace de promenade au contact de l’eau.
Les territoires littoraux sont également bien représentés avec le port de Gwin Zegal à Plouha, la promenade des îles de la Pietra en Corse, la plage de Pampelonne à Ramatuelle ou encore le pôle d’accueil du cirque de Mourèze. Dans ces lieux sensibles, l’enjeu consiste à organiser les usages sans dégrader les équilibres naturels.
Des quartiers, des entreprises et des logements plus végétalisés
Le paysage s’impose aussi dans les opérations de renouvellement urbain. Les espaces publics du Village olympique et paralympique, à Saint-Ouen et Saint-Denis, figurent parmi les finalistes. Le projet associe mobilités douces, végétalisation et adaptation de la ville aux épisodes climatiques extrêmes.
À Créteil, le projet Mont-Mesly utilise le paysage comme levier de transformation du quartier. À Marseille, le quartier Les Fabriques intègre logements, espaces publics et continuités paysagères dans un secteur en reconversion. Les berges du Gier, à L’Horme, replacent quant à elles l’eau au cœur d’un nouveau quartier.
Les lieux d’activité économique suivent la même évolution. Le Campus Lesaffre, à Marquette-lez-Lille, le site de Décathlon à Saint-Jouan-des-Guérets ou encore le Parc d’activités Calvados-Honfleur cherchent à concilier attractivité, biodiversité et qualité du cadre de travail.
Les projets immobiliers ne sont pas en reste. À Lyon, Oasis Parc propose un programme résidentiel où le végétal participe directement au confort et à la résilience du site. À Paris, les jardins du nouveau bâtiment Mirabeau de l’hôpital Sainte-Périne créent un environnement plus apaisant pour les patients, les visiteurs et les soignants.
Un panorama des transformations en cours
Créées en 2008 par VALHOR, les Victoires du Paysage récompensent les maîtres d’ouvrage ainsi que les paysagistes concepteurs, entreprises du paysage et pépiniéristes associés aux réalisations. Le concours met en avant des projets publics comme privés, depuis les grands aménagements métropolitains jusqu’aux jardins de particuliers.
Les 88 finalistes doivent désormais faire l’objet de visites de terrain par le jury entre juin et septembre 2026. Les lauréats seront annoncés lors de la cérémonie nationale prévue le 9 décembre.
Au-delà du palmarès, cette dixième édition dessine une tendance de fond. Le végétal n’est plus seulement envisagé comme un élément décoratif. Il devient une composante essentielle de l’aménagement, capable de rafraîchir les villes, de retenir l’eau, de restaurer la biodiversité, de créer des lieux de rencontre et d’accompagner la transformation durable des territoires.


