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Cette matière discrète dont dépend aussi la qualité de notre eau

Face à la multiplication des micropolluants et au durcissement des exigences sanitaires, la question du traitement de l’eau ne se limite plus aux réseaux et aux stations d’épuration. Elle concerne aussi les matériaux indispensables à la filtration. Parmi eux, le charbon actif occupe une place centrale, alors même que l’Europe dépend encore largement de produits importés, issus de matières premières végétales ou minérales.

Le groupe industriel français BORDET souhaite réduire cette dépendance en développant une filière locale de charbon actif végétal. Son projet repose sur l’utilisation de résidus de bois provenant notamment des activités de scierie, sans abattage d’arbres spécifiquement destiné à cette production. L’objectif affiché est de proposer une solution biosourcée, traçable, régénérable et produite au plus près des besoins européens.

Un matériau essentiel pour éliminer les micropolluants

Le charbon actif est utilisé dans de nombreux procédés de traitement. Il intervient dans la production d’eau potable, l’assainissement des eaux usées, la filtration des effluents industriels et la réduction de substances difficiles à éliminer par les méthodes conventionnelles.

Il peut notamment contribuer à retenir certains pesticides, résidus médicamenteux, molécules persistantes ou composés appartenant à la famille des PFAS. Ces substances, présentes à de très faibles concentrations, sont devenues un enjeu croissant pour les collectivités, les exploitants de réseaux, les industriels et les autorités chargées du contrôle sanitaire.

La dépendance aux importations soulève cependant plusieurs difficultés. Elle peut exposer les opérateurs à des tensions d’approvisionnement, à une variation des coûts, à un manque de visibilité sur l’origine des matières premières ou encore à des interrogations sur l’empreinte environnementale des produits utilisés.

BORDET entend répondre à ces contraintes en rapprochant la fabrication des lieux de consommation. Le groupe prévoit également d’intégrer la régénération des matériaux dans son modèle industriel afin de prolonger leur durée d’utilisation et de limiter la production de déchets.

CARB’EAU prépare une solution française pour les acteurs de l’eau

Le projet CARB’EAU constitue l’un des principaux volets de cette stratégie. Mené avec SUEZ et le CNRS, il doit permettre de qualifier un charbon actif végétal fabriqué en France pour le traitement des micropolluants.

Les travaux portent sur plusieurs éléments indispensables à une utilisation à grande échelle. Ils concernent notamment les performances des différentes qualités de charbon actif, leur comportement dans les installations, leur capacité de régénération et la régularité de la production industrielle.

L’enjeu consiste à dépasser la seule validation en laboratoire. Le matériau doit pouvoir répondre aux exigences opérationnelles des services publics de l’eau, des entreprises de traitement et des industriels. Sa performance doit rester stable dans le temps et être documentée afin de faciliter son intégration dans les équipements existants.

Le projet étudie également la possibilité de développer des prestations fondées sur l’usage plutôt que sur la simple vente du produit. Dans ce modèle, le fournisseur pourrait assurer le suivi du matériau filtrant, son renouvellement, sa régénération et sa valorisation en fin de cycle.

Cette approche permettrait aux exploitants de disposer d’une solution complète, avec un suivi des performances et une meilleure maîtrise de la durée de vie des matériaux utilisés.

Un pilote industriel prévu à Decize

Le passage à une production de plus grande ampleur doit s’appuyer sur PyroBiOil 4.0, un site pilote industriel implanté à Decize, dans la Nièvre.

Cette installation doit sécuriser la fabrication de carbone végétal, qualifier les matières destinées à la filtration de l’eau et préparer la création d’autres unités en France, puis en Europe.

La première ligne de production vise une capacité annuelle de 15 000 tonnes de carbone végétal, complétée par la production de biohuiles. Une seconde ligne doit ensuite renforcer les capacités du site.

PyroBiOil 4.0 a été sélectionné dans le cadre de l’appel à projets Première Usine du programme France 2030, opéré par Bpifrance. Le projet bénéficie d’un soutien annoncé de 14,1 millions d’euros. Il figure également parmi les 150 projets industriels considérés comme stratégiques par le gouvernement pour accélérer la réindustrialisation française.

Pour BORDET, ce site doit constituer la première étape d’un dispositif industriel duplicable. L’ambition ne se limite donc pas à l’approvisionnement d’un marché national. Le groupe envisage le déploiement progressif d’unités capables de répondre aux besoins de plusieurs filières européennes.

Une production fondée sur les résidus de bois

La stratégie industrielle repose sur une technologie de pyrolyse continue développée par BORDET. Le procédé transforme de la biomasse en carbone végétal, tout en produisant des biohuiles pouvant être utilisées dans d’autres applications.

La matière première provient de résidus et de produits connexes issus notamment des scieries. Le groupe précise qu’aucun abattage d’arbres ne serait spécialement réalisé pour alimenter cette production.

Cette logique doit permettre de valoriser des ressources locales aujourd’hui peu utilisées ou destinées à des usages de moindre valeur. Elle s’inscrit dans une approche d’économie circulaire, avec la volonté de réduire le recours à des matières fossiles et de mieux contrôler l’origine des composants.

La régénération représente un autre élément important du projet. Après utilisation, le charbon actif peut perdre une partie de sa capacité d’adsorption. Plutôt que de le remplacer systématiquement par un matériau neuf, il est possible, selon les usages et les caractéristiques du produit, de lui restituer une partie de ses propriétés.

BORDET souhaite ainsi structurer une plateforme réunissant la production, l’activation, la régénération, les services de filtration, la valorisation des biohuiles et la gestion de la fin de vie.

Des enjeux industriels, sanitaires et territoriaux

Pour les collectivités, la création d’une filière européenne pourrait renforcer la sécurité d’approvisionnement des installations de traitement de l’eau. Elle offrirait également une meilleure visibilité sur l’origine des matières premières et sur les conditions de fabrication.

Les opérateurs publics et privés pourraient bénéficier de solutions plus proches géographiquement, avec des délais d’approvisionnement potentiellement mieux maîtrisés. Les industriels y verraient un moyen de traiter des effluents complexes tout en réduisant la dépendance à des consommables importés.

Pour les autorités de contrôle, cette filière pourrait contribuer à rapprocher les objectifs sanitaires, environnementaux et industriels. Elle répond à la fois aux enjeux de qualité de l’eau, de réindustrialisation, de réduction des émissions et de sécurisation des chaînes d’approvisionnement.

Le groupe cherche désormais à associer davantage de collectivités, d’opérateurs de l’eau, d’industriels, de spécialistes du traitement et d’investisseurs de long terme. Les prochaines étapes porteront sur la qualification des différents charbons actifs, les essais en conditions réelles, la mise au point des premiers modèles de services et l’augmentation des capacités de régénération.

Fondé en 1860 et implanté historiquement en Bourgogne-Franche-Comté, BORDET prévoit de multiplier sa production par dix d’ici à 2030. Outre la filtration de l’eau, le groupe travaille sur les biohuiles renouvelables, la purification du biogaz et les charbons actifs destinés au stockage de l’énergie. Son projet consacré à l’eau pourrait devenir l’un des premiers tests grandeur nature de sa stratégie de déploiement industriel.

Elliot

Actualité en générale, d'entreprise, de société, d'écologie Article corrigé grâce à l'IA

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