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SecuFire Action place la science au cœur de la lutte contre les feux de forêt

Face à des incendies de végétation plus fréquents, plus intenses et susceptibles de toucher des territoires jusque-là relativement épargnés, les autorités publiques doivent pouvoir s’appuyer sur des informations précises, rapidement disponibles et directement exploitables. C’est dans cette perspective que l’EDHEC Climate Institute met gratuitement SecuFire Action à la disposition des acteurs publics engagés dans la prévention et la lutte contre les feux de forêt.

Développé avec l’entreprise DeepTech Climate Innov, cet outil d’aide à la décision rassemble, au sein d’une même plateforme, des données météorologiques, topographiques, satellitaires et environnementales. Son objectif est d’aider les équipes opérationnelles à anticiper la trajectoire d’un incendie, à repérer les infrastructures menacées et à mieux organiser le déploiement des moyens humains, terrestres et aériens.

La décision demeure toutefois entre les mains des autorités et des équipes de secours. SecuFire Action ne se substitue ni à l’expertise des sapeurs-pompiers ni à la chaîne de commandement. Il vise à leur fournir une vision plus complète et plus dynamique de la situation.

Une géographie du risque profondément transformée

Le changement climatique modifie progressivement les conditions dans lesquelles apparaissent et se propagent les feux de végétation. L’élévation des températures, la répétition des sécheresses, l’assèchement des sols et le stress hydrique de la végétation contribuent à prolonger les périodes de danger.

Cette évolution ne concerne plus seulement les régions méditerranéennes traditionnellement exposées. Les zones forestières du nord du pays, les territoires périurbains et les espaces situés à proximité d’infrastructures sensibles peuvent également se retrouver confrontés à des incendies rapides et difficiles à maîtriser.

Plusieurs facteurs de crise peuvent se cumuler. Une végétation très sèche peut être associée à une hausse brutale des températures, à des vents changeants ou à une pression croissante aux interfaces entre milieux naturels et zones habitées. Dans ces conditions, les responsables des opérations doivent prendre des décisions engageant la sécurité des populations, la protection des équipements et parfois l’avenir économique ou écologique d’un territoire entier.

La difficulté tient notamment à la dispersion des informations. Les données sur la météo, la topographie, les voies d’accès, les points d’eau, les installations industrielles et l’état de la végétation ne sont pas toujours réunies dans un environnement unique. SecuFire Action cherche précisément à réduire cette fragmentation.

Une plateforme composée de plusieurs modules complémentaires

L’outil repose sur un ensemble de modules pouvant être mobilisés en fonction des besoins des autorités.

Le module météorologique fournit des prévisions de haute précision, enrichies par des données satellitaires. Un site consacré à la météo des forêts doit également permettre d’établir des prévisions de risque à une échelle de trois kilomètres. Cette finesse géographique doit aider à mieux repérer les zones où les conditions sont les plus favorables au déclenchement ou à l’accélération d’un feu.

Le module consacré à la topographie et au modèle numérique de terrain permet d’analyser le relief. La pente constitue en effet un élément important dans la dynamique d’un incendie, les flammes pouvant se propager plus rapidement sur certains versants.

Un autre module cartographie la végétation et en caractérise les propriétés physiques. Il s’intéresse notamment à la nature du combustible végétal et à son niveau de stress hydrique. Une végétation très sèche ne présente pas le même comportement qu’un couvert végétal conservant davantage d’humidité.

La plateforme intègre également un module d’occupation des sols. Celui-ci signale les points sensibles susceptibles d’être menacés par les flammes, tels que les stations de gaz, les transformateurs électriques, les routes, les bâtiments et différentes infrastructures.

Ces données peuvent être croisées avec un module de prédiction de l’évolution du feu. Celui-ci repose sur une modélisation physique de la propagation et permet de projeter le déplacement du front de flammes à plusieurs horizons horaires.

Anticiper la progression du feu

SecuFire Action utilise le modèle physique de propagation Balbi, développé par le Projet Feu du laboratoire Sciences pour l’environnement de l’Université de Corse et du CNRS. Climate Innov en a assuré l’implémentation et l’industrialisation opérationnelle, notamment pour permettre le passage d’une représentation unidimensionnelle à une modélisation en deux dimensions.

Le modèle a également été évalué en collaboration avec le laboratoire IMATH de l’Université de Toulon, dans le cadre du programme universitaire d’innovation Med’Innov.

Son fonctionnement prend en compte plusieurs paramètres déterminants, parmi lesquels le vent, la pente et le combustible présent sur le terrain. L’outil ne se contente donc pas de représenter un incendie sur une carte. Il cherche à simuler son comportement à partir de données physiques et environnementales actualisées.

Pour alimenter ses calculs, la plateforme exploite différentes constellations satellitaires et bases de données internationales, notamment Sentinel-2, EUMETSAT, GFS et ERA5. Un partenariat avec Spire Global fournit également des données destinées à mieux anticiper les variations locales du vent, de la pression atmosphérique et de l’humidité.

Ces changements peuvent avoir des conséquences importantes sur le comportement des flammes. Une modification soudaine de la direction du vent peut, par exemple, déplacer rapidement la zone menacée et remettre en cause le positionnement des moyens de secours.

Une mémoire tactique des incendies

La gestion de crise ne repose pas uniquement sur la prévision immédiate. Elle suppose aussi de tirer les enseignements des événements passés. SecuFire Action comprend donc un module de mémoire tactique rassemblant l’historique des incendies et les retours d’expérience.

Cette base peut servir à l’entraînement des équipes, à l’analyse des décisions prises lors d’événements antérieurs et à la préparation de futurs scénarios. Le document présente notamment un exemple de segmentation et d’analyse du feu de Gonfaron du 16 août 2021.

L’outil intègre par ailleurs un quadrillage dédié à la Défense de la forêt contre les incendies, avec trois niveaux de zoom dynamique. Les autorités peuvent visualiser les zones urbaines, les réseaux DFCI et différents éléments utiles à la coordination opérationnelle.

Un module consacré aux points d’eau naturels et artificiels complète le dispositif. Il recense leur emplacement, leur accessibilité ainsi que la capacité des réservoirs. Ces informations peuvent être déterminantes pour organiser l’alimentation des véhicules et choisir les itinéraires d’intervention.

De l’alerte à la décision opérationnelle

Lorsqu’un incendie se déclare, le module de prédiction de l’évolution peut intégrer les prévisions météorologiques, la nature de la végétation, la topographie, les facteurs liés aux activités humaines et le contour initial du feu.

La plateforme projette ensuite la course probable des flammes. Les commandants peuvent ainsi identifier les zones susceptibles de devoir être évacuées, les bâtiments ou installations à protéger et les emplacements potentiellement les plus adaptés au déploiement des moyens terrestres et aériens.

Le tableau de bord unifié met en évidence les bâtiments exposés et rassemble les principales informations nécessaires à l’arbitrage. L’ambition est de réduire le temps consacré à rechercher ou à rapprocher des données provenant de sources différentes.

SecuFire Action peut aussi être utilisé en dehors des périodes de crise. Les acteurs publics peuvent y intégrer des scénarios météorologiques extrêmes afin de tester la vulnérabilité d’un territoire, d’identifier les limites des dispositifs existants et d’améliorer leurs plans de continuité d’activité.

Cette utilisation préventive peut aider à préparer les évacuations, à vérifier la disponibilité des voies d’accès, à repérer les secteurs insuffisamment couverts par les points d’eau et à anticiper la protection des établissements recevant du public.

Un outil également destiné aux sites sensibles

Les installations industrielles peuvent elles aussi être exposées aux incendies de végétation. Pour les responsables de sites Seveso et d’autres infrastructures sensibles, SecuFire Action peut être intégré aux plans d’opération interne ainsi qu’aux dispositifs de prévention des risques technologiques.

L’outil permet alors de modéliser l’arrivée possible d’un feu à proximité d’un établissement, d’identifier les équipements menacés et d’examiner les conséquences potentielles sur les accès, l’alimentation électrique ou les installations de stockage.

Cette dimension est particulièrement importante dans les zones où des espaces forestiers côtoient des infrastructures énergétiques, des sites industriels, des routes ou des zones résidentielles.

Des bénéfices environnementaux et économiques attendus

L’EDHEC Climate Institute et Climate Innov estiment que l’utilisation de la plateforme pourrait contribuer à réduire jusqu’à 30 % la surface brûlée. Ils affichent également un objectif de diminution de 10 à 30 % des émissions de dioxyde de carbone et de particules fines liées aux incendies.

Ces estimations devront être appréciées en fonction des conditions d’utilisation, de la nature des feux et de la capacité des services concernés à intégrer l’outil dans leurs procédures opérationnelles.

Une intervention mieux ciblée peut néanmoins limiter plusieurs catégories de dommages. Au-delà des surfaces forestières détruites, les incendies peuvent provoquer la perte d’infrastructures, la disparition d’habitats naturels, des atteintes durables à la biodiversité et d’importants coûts de reboisement.

Les conséquences sanitaires sont également considérables en raison des fumées et des particules fines, qui peuvent affecter des populations situées bien au-delà de la zone directement touchée par les flammes.

Mettre la recherche au service du terrain

SecuFire Action illustre la volonté de rapprocher la recherche climatique et les besoins concrets des acteurs publics. Sa méthodologie repose sur cinq domaines complémentaires comprenant la modélisation scientifique, la science des données, l’acquisition automatisée d’informations, l’analyse des risques climatiques ainsi que l’ingénierie logicielle.

L’enjeu consiste à transformer des volumes importants de données en informations compréhensibles et utilisables pendant une crise. Cette traduction opérationnelle est essentielle. Une prévision, aussi précise soit-elle, ne devient réellement utile que lorsqu’elle peut être intégrée rapidement à une décision de terrain.

En mettant gratuitement la plateforme à disposition des acteurs publics, l’EDHEC Climate Institute entend contribuer à renforcer la résilience des territoires. Cette initiative intervient alors que la lutte contre les incendies ne peut plus reposer uniquement sur l’augmentation des moyens d’intervention.

Elle suppose également une meilleure connaissance des vulnérabilités, une préparation renforcée des collectivités, une coordination plus fluide des données et une capacité accrue à anticiper le comportement du feu. Dans ce nouvel environnement climatique, la technologie prédictive ne remplace pas l’action humaine. Elle peut cependant lui donner quelques minutes ou quelques heures d’avance, un délai parfois décisif pour protéger des vies, des infrastructures et des écosystèmes.

Elliot

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