climatInformationsorganisation

Sargasses : stocker n’est pas traiter

Par l'équipe BioStart

Les échouages massifs imposent une réponse d’urgence. Mais lorsque les algues ramassées sontsimplement déplacées vers des sites terrestres, le risque environnemental ne disparaît pas : il change de forme.

Ramasser les sargasses est indispensable. Les laisser se décomposer sur les plages expose les populations, les écosystèmes et l’activité économique à des nuisances désormais bien documentées. Mais une question demeure trop souvent reléguée au second plan : que deviennent ces algues après leur collecte ?

Le stockage à terre peut donner l’impression que le problème est réglé. Il ne l’est pas. Sous l’effet de la pluie et de ladécomposition, les dépôts produisent des eaux chargées en sels et en contaminants : les « jus de sargasses ». Sans collecte ni traitement adaptés, ces lixiviats peuvent atteindre les sols, les mares et les nappes souterraines. Nous nefaisons alors que déplacer la pollution du littoral vers les ressources en eau.

Les chiffres du BRGM doivent nous faire changer d’échelle

L’étude menée par le BRGM sur des sites d’épandage et de stockage en Guadeloupe montre que les situations sont très différentes d’un lieu à l’autre. Elle identifie néanmoins deux marqueurs majeurs : l’arsenic et les chlorures.Sur le site d’Anse Maurice, à Petit-Canal, jusqu’à 5 996 µg/L d’arsenic ont été mesurés dans des eaux stagnantes issues des dépôts. Sur des terrains sableux, où la rétention est faible, une concentration de 93 µg/L a été observée dans les eaux souterraines.

Ces résultats ne signifient pas que tous les sites présentent le même niveau de danger. Ils disent quelque chose de plusimportant encore : la manière de stocker compte autant que le fait de ramasser. Les sols sableux favorisent les transfertsvers les nappes ; les surfaces argileuses limitent l’infiltration, mais peuvent retenir en surface des jus très concentrés ; les tas volumineux favorisent la production de lixiviats et une mauvaise dégradation des algues.

 

Le BRGM souligne que l’impact observé n’est pas alarmant à ce stade, tout en étant réel. Cette nuance ne doit pasdevenir un prétexte à l’attentisme. Une pollution progressive est précisément celle qu’il faut empêcher avant qu’elle ne rende certains sols inutilisables et n’impose aux territoires des plans de gestion longs, coûteux et complexes.

Il faut traiter le flux liquide, pas seulement gérer le tas

La première réponse est connue : mieux choisir les sites, les éloigner des zones sensibles, privilégier des surfaces étanches, limiter la hauteur des dépôts, collecter les lixiviats et surveiller les nappes. Mais collecter une eau contaminée ne suffit pas. Encore faut-il pouvoir la traiter au plus près de sa source.

C’est là que l’innovation peut changer la donne. Chez BioStart, nous développons BIOSFILTER, une famille de polymères biosourcés à base de cyclodextrines. Ces molécules issues de l’amidon possèdent des cavités capables de retenir certaines molécules organiques. Une fois intégrées dans des matériaux solides et fonctionnalisées, elles permettent d’envisager une capture ciblée de contaminants présents dans l’eau. Les polymères sont conçus pour êtrerégénérés jusqu’à cinq cycles et valorisés en fin de vie.

Notre conviction est simple : les lixiviats de sargasses doivent devenir un cas d’usage prioritaire pour les technologies de dépollution sélective. Non pas avec la promesse d’une solution universelle, mais avec une méthode rigoureuse : analyser l’eau réelle, identifier les formes chimiques présentes, choisir ou adapter le matériau, mesurer ses performances, puis concevoir un module pilote compatible avec les contraintes du terrain.

Ne pas survendre la technologie, mais accélérer sa validation

L’arsenic ne se comporte pas toujours de la même manière dans l’eau : sa forme chimique dépend notamment des conditions du milieu. L’efficacité d’un matériau doit donc être vérifiée sur chaque matrice. Les chlorures, très présentsdans les jus de sargasses, peuvent quant à eux nécessiter une technologie complémentaire. Affirmer qu’un filtre unique résoudrait toute la problématique serait scientifiquement imprudent.

Mais cette exigence de preuve ne doit pas ralentir l’action. Elle doit l’organiser. Un pilote territorial permettrait de caractériser les lixiviats au fil des saisons, de tester plusieurs formulations, d’évaluer la régénération du matériau et de construire une chaîne combinant, si nécessaire, prétraitement, adsorption sélective et traitement spécifique de la salinité. Il fournirait aux collectivités des données de performance et de coût obtenues dans leurs propres conditions d’exploitation.

Les Antilles peuvent devenir un territoire pionnier

La gestion des sargasses est souvent présentée comme une succession d’urgences. Elle doit désormais devenir unepolitique industrielle et environnementale complète : anticiper les arrivages, ramasser rapidement, protéger lestravailleurs et les habitants, organiser le stockage, collecter les effluents, traiter les contaminants et suivre les milieuxdans la durée.

Les Antilles disposent de l’expertise scientifique, de l’expérience opérationnelle et d’un besoin suffisamment clair pour faire émerger une filière exemplaire. En réunissant collectivités, exploitants, chercheurs, acteurs de l’eau et entreprises innovantes, elles pourraient transformer une contrainte subie en démonstrateur de solutions exportables vers tous lesterritoires confrontés aux échouages massifs.

Nous appelons donc à la mise en place d’un pilote consacré au traitement des lixiviats de sargasses. L’objectif n’est pas d’ajouter une expérimentation de plus, mais de répondre à une question concrète : comment empêcher que leramassage nécessaire des algues ne prépare la contamination durable des sols et des nappes ?

Le temps du constat est passé. Nous savons désormais où le risque se concentre. Il faut organiser sa collecte, tester les technologies capables de le réduire et agir avant que la pollution diffuse ne devienne irréversible.

À propos de BioStart

BioStart est une startup deeptech installée au Genopole d’Évry-Courcouronnes et spécialisée dans la dépollutiondurable de l’eau. Sa technologie BIOSFILTER repose sur des polymères biosourcés à base de cyclodextrines, développéspour capter de manière ciblée des micropolluants et certains contaminants métalliques. BioStart privilégie une validationsubstance par substance, sur eau réelle, avant toute intégration dans une filière de traitement.

Source principale : BRGM/RP-70520-FR – Étude de l’impact environnemental des sites d’épandage de sargasses en Guadeloupe.

Elliot

Elliot contribue à la rédaction de Terre-Futur sur des sujets liés à l’actualité, à la société, à la consommation, aux entreprises, aux nouvelles technologies et aux évolutions des modes de vie. Ses articles privilégient une approche claire, factuelle et accessible, avec l’objectif de donner aux lecteurs les éléments utiles pour comprendre les enjeux du quotidien.

Articles similaires

Laisser un commentaire

Bouton retour en haut de la page