Reflect10 mise sur la géométrie pour accroître la production des panneaux solaires
Une entreprise québécoise affirme avoir développé une nouvelle architecture de module photovoltaïque capable d’augmenter sensiblement la production d’électricité, sans modifier la composition des cellules solaires. Baptisée « réflectricité », cette technologie repose sur une transformation de la géométrie du panneau afin de multiplier les réflexions de la lumière sur sa surface active.
Présentée le 7 juillet 2026 à la Délégation générale du Québec à Paris, l’innovation a fait l’objet de neuf mois d’essais sur deux continents. Selon les résultats communiqués, elle permettrait d’obtenir un gain journalier moyen supérieur à 20 % sous lumière directe et de plus de 19 % lorsque la lumière est diffuse. Aux heures du matin et de la fin de journée, la production pourrait être multipliée par 2,66.
Une architecture différente plutôt qu’une nouvelle cellule
La technologie développée par reflect10 ne repose ni sur une nouvelle chimie photovoltaïque ni sur l’utilisation de matériaux semi-conducteurs supplémentaires. Elle modifie uniquement la forme du module afin que la lumière rebondisse davantage avant de quitter sa surface.
Cette approche est présentée comme compatible avec les principales technologies de cellules actuellement utilisées dans l’industrie, notamment les cellules PERC, TOPCon, HJT et BC. Elle ne nécessiterait pas non plus l’installation d’un système de suivi de la course du soleil, généralement appelé « tracker ».
L’idée est née d’une interrogation formulée par Louis Massicotte, fondateur de reflect10. Plutôt que de chercher à améliorer uniquement la composition de la cellule, l’entrepreneur québécois s’est intéressé au rôle que pouvait jouer la physique du panneau. Ses recherches l’ont conduit à étudier l’influence de la géométrie du module sur le parcours de la lumière et sur la quantité d’énergie susceptible d’être captée.
La forme précise du panneau n’est toutefois pas encore rendue publique. Elle est protégée par trois demandes internationales de brevets PCT. Reflect10 indique que la géométrie définitive est toujours en phase d’optimisation et qu’elle devrait être dévoilée au cours de l’année.
Des essais conduits au Québec et au Maroc
Les performances annoncées reposent sur des expérimentations menées durant neuf mois à proximité de Mont-Tremblant, au Québec, ainsi que près de Meknès, au Maroc. Ces deux sites, situés respectivement à 47 et 33 degrés de latitude nord, ont permis d’observer la technologie dans des conditions climatiques et d’ensoleillement différentes.
Plus de 1 800 heures d’essais auraient été réalisées avec du matériel commercial, en conditions réelles et sur quatre saisons. Le dispositif n’aurait donc pas été évalué uniquement dans un environnement de laboratoire.
Le travail expérimental a été accompagné d’une modélisation optique réalisée par l’Institut national d’optique du Canada, désormais nommé Luqia, à l’aide du logiciel Ansys Zemax OpticStudio. Son rapport, daté de mars 2026, fait état d’un rapport de puissance optique collectée d’environ 1,20 sur une journée complète en lumière directe et de 1,19 sous lumière diffuse.
L’Institut photovoltaïque d’Île-de-France, l’IPVF, a ensuite analysé ce rapport. Dans un avis scientifique daté du 7 mai 2026, l’institut confirme, selon le dossier présenté par reflect10, un gain journalier moyen de plus de 20 %, un meilleur étalement de la production au cours de la journée et une densité de surface photovoltaïque active plus élevée pour une même longueur d’installation.
Pere Roca i Cabarrocas, directeur scientifique de l’IPVF et directeur de recherche au CNRS, explique que le dispositif fonctionne selon les principes de l’optique géométrique et les lois de Snell-Descartes. Il considère que le facteur de multiplication de 2,66 observé le matin et en fin de journée est cohérent avec cette architecture.
Une production renforcée aux heures de forte demande
L’un des principaux intérêts avancés par reflect10 concerne le profil horaire de la production solaire. Les installations photovoltaïques conventionnelles atteignent généralement leur niveau maximal autour du milieu de la journée, lorsque le soleil est le plus haut. Leur rendement diminue en revanche le matin et en soirée, au moment où l’angle d’incidence de la lumière devient moins favorable.
Or, ces périodes correspondent souvent à des pics de consommation électrique. Entre 7 heures et 10 heures, puis entre 17 heures et 21 heures, la demande augmente sous l’effet des activités domestiques et économiques. Lorsque la production solaire ne suffit plus, des moyens de production pilotables, notamment thermiques, peuvent être sollicités pour équilibrer le réseau.
En renforçant la production photovoltaïque pendant ces plages horaires, la réflectricité pourrait donc contribuer à mieux faire coïncider l’offre solaire avec la demande. Pour reflect10, l’intérêt ne réside pas seulement dans la quantité d’électricité supplémentaire produite sur une journée, mais également dans la valeur énergétique et économique de cette production aux heures de pointe.
La capacité annoncée à capter davantage de lumière diffuse constitue un autre axe de développement. Le gain de plus de 19 % évoqué sous un ciel couvert, en présence de nuages ou de pollution atmosphérique, pourrait élargir les conditions d’utilisation efficace du photovoltaïque. Louis Massicotte évoque ainsi l’ambition de concevoir à terme un panneau « All Sky », capable de maintenir une production renforcée lorsque le rayonnement direct est limité.
Une technologie destinée à être licenciée
Reflect10 n’entend pas fabriquer directement des panneaux solaires. L’entreprise a choisi un modèle économique fondé sur la propriété intellectuelle et la vente de licences, comparable à celui adopté par certaines sociétés technologiques qui développent des standards ensuite intégrés par des industriels.
Les fabricants intéressés devront adapter les principes optiques de la réflectricité à leurs propres lignes de production. Ils resteront responsables de la fabrication, des procédures de certification et de la commercialisation des futurs panneaux.
L’entreprise propose dans un premier temps 50 licences d’exploitation attribuées dans le cadre d’un appel d’offres sous pli scellé. Dix licences de transition sont réservées à des producteurs d’énergies fossiles souhaitant développer leurs activités dans les énergies renouvelables. Reflect10 précise que l’offre est accessible aux fabricants du monde entier, y compris aux industriels chinois.
Aucune autre licence ne devrait être proposée avant le printemps 2028. L’entreprise estime, à ce stade de son développement, que les fabricants pourraient produire des panneaux utilisant cette architecture à un coût par watt comparable à celui d’un panneau plat de dimensions équivalentes. Cette estimation reste néanmoins préliminaire et devra être confirmée lors du passage à une fabrication industrielle, ainsi qu’au cours des différentes étapes de certification.
Un potentiel à confirmer à grande échelle
Reflect10 évalue à environ 3 000 gigawatts la puissance solaire installée dans le monde en 2026. En appliquant théoriquement un gain de 20 % à l’ensemble de cette capacité, l’entreprise estime que sa technologie pourrait représenter l’équivalent de 600 gigawatts supplémentaires, sans accroître l’emprise au sol des installations.
Cette projection illustre le potentiel revendiqué par la société, mais elle suppose une adoption généralisée de la technologie sur les installations existantes ou futures. Sa concrétisation dépendra notamment des modalités d’intégration industrielle, du coût de fabrication, de la durabilité des modules, des certifications obtenues et des performances observées sur une période plus longue.
La prochaine étape sera donc celle de l’industrialisation. Après les essais en conditions réelles et les analyses optiques, reflect10 devra démontrer que les gains annoncés peuvent être maintenus sur des panneaux produits en série et exploités durablement dans des environnements variés. Si ces résultats sont confirmés, la géométrie des modules pourrait devenir un nouveau levier d’amélioration de la production photovoltaïque, en complément des progrès réalisés sur les cellules elles-mêmes.



