Le dépassement des 1,5°C ne signe pas la fin du combat
Le seuil symbolique de 1,5°C de réchauffement climatique mondial devrait probablement être dépassé au cours des prochaines années. Cette perspective, longtemps présentée comme une limite à ne pas franchir, ne signifie toutefois pas que toute action serait devenue inutile. Au contraire, selon les éléments du nouveau rapport du Programme des Nations unies pour l’environnement, l’ampleur et surtout la durée de ce dépassement dépendront directement des décisions prises aujourd’hui en matière de réduction des émissions de gaz à effet de serre.
Le rapport consacré à la limitation du dépassement climatique indique que même le scénario le plus optimiste prévoit désormais un pic de réchauffement atteignant 1,8°C. La plupart des autres trajectoires envisagées conduisent à des niveaux supérieurs. Mais les auteurs estiment également qu’un scénario de « dépassement, pic et déclin » reste envisageable. Il permettrait de ramener, à terme, le réchauffement mondial sous les 1,5°C, à condition d’engager rapidement des réductions importantes des émissions.
Dans ce contexte, l’organisation environnementale 350.org considère que chaque fraction de degré évitée conserve une importance majeure.
Un dépassement dont la durée reste déterminante
L’enjeu climatique ne se limite plus à savoir si le seuil des 1,5°C sera franchi. La question porte également sur l’intensité du dépassement et sur le nombre d’années pendant lesquelles la température mondiale restera au-dessus de cette limite.
Pour Fenton Lutunatabua, responsable des programmes pour le Pacifique et les Caraïbes chez 350.org, il reste indispensable de « se battre pour sauver chaque dixième de degré ». Selon lui, considérer le dépassement comme probable ne doit pas conduire à abandonner les politiques d’atténuation.
L’organisation insiste notamment sur la vulnérabilité particulière des territoires insulaires, des littoraux, des espaces agricoles exposés aux inondations ou encore des récifs coralliens. Dans ces régions, une hausse supplémentaire de la température peut aggraver des phénomènes déjà perceptibles, qu’il s’agisse de l’élévation du niveau de la mer, de la dégradation des écosystèmes ou de la multiplication des événements extrêmes.
350.org souligne également que plus le dépassement sera important et prolongé, plus les besoins d’adaptation risquent de devenir lourds et coûteux.
Des risques croissants à chaque dixième de degré
Le rapport du PNUE met en avant une augmentation progressive des risques climatiques au-delà de 1,5°C. Chaque dixième de degré supplémentaire accroît la probabilité d’impacts sévères et peut rapprocher certaines composantes du système climatique de points de basculement difficiles, voire impossibles, à inverser.
Parmi les risques mentionnés figurent la déstabilisation des principales calottes glaciaires, la dégradation de la forêt amazonienne et la perturbation de la circulation méridionale de retournement dans l’Atlantique.
Ces phénomènes ne constituent pas uniquement des questions environnementales. Ils peuvent avoir des conséquences économiques, sociales et humaines importantes, affectant notamment les infrastructures, la disponibilité de l’eau, l’agriculture, les assurances, la stabilité des territoires et les politiques publiques d’adaptation.
Cette lecture transforme donc la notion de seuil climatique. Le franchissement des 1,5°C ne représente pas une frontière après laquelle toutes les trajectoires se vaudraient. Un réchauffement limité à 1,6°C ou 1,7°C ne produit pas les mêmes risques qu’une hausse atteignant 2°C ou davantage.
La réduction des émissions reste prioritaire
Le PNUE souligne également les limites du recours à la capture du dioxyde de carbone atmosphérique. Ces technologies peuvent contribuer à une éventuelle baisse future des températures, mais elles ne peuvent constituer une alternative aux réductions immédiates des émissions.
Autrement dit, retirer du CO2 de l’atmosphère ne peut être crédible dans une stratégie de retour sous les 1,5°C que si cette action vient compléter une diminution massive des émissions liées à la combustion du charbon, du pétrole et du gaz.
Pour 350.org, cette conclusion impose d’accélérer la sortie des énergies fossiles. Savio Carvalho, directeur des campagnes et des réseaux de l’organisation, estime que la durée et l’ampleur du dépassement dépendront notamment des décisions prises sur l’expansion des activités charbonnières, pétrolières et gazières, mais également des transferts de technologies et du financement accordé aux pays les plus vulnérables.
L’organisation défend ainsi l’arrêt de toute nouvelle expansion des capacités liées au charbon, au pétrole et au gaz.
Le Pacifique au centre des tensions climatiques
Cette publication intervient alors que les dirigeants du Pacifique se réunissent à Palau. Pour 350.org, cette région illustre directement les conséquences d’un réchauffement déjà engagé.
Les États insulaires figurent parmi les territoires les plus exposés à la montée des eaux alors même que leur contribution historique aux émissions mondiales de gaz à effet de serre reste limitée.
L’organisation porte notamment son attention sur l’Australie, présentée comme l’un des grands exportateurs mondiaux d’énergies fossiles et appelée à coprésider la COP31. Elle considère que les choix des grands pays producteurs et exportateurs de combustibles fossiles auront une influence déterminante sur la crédibilité des engagements climatiques internationaux.
Le rapport du PNUE rappelle, dans cette logique, que les États ayant la plus grande responsabilité historique dans l’accumulation des émissions doivent fournir les efforts les plus rapides et les plus ambitieux.
Après les 1,5°C, chaque décision continuera de compter
La perspective d’un dépassement du seuil de 1,5°C modifie profondément le débat climatique. Elle peut nourrir un sentiment d’échec, mais le rapport du PNUE invite au contraire à raisonner en termes de limitation des dommages futurs.
Un dépassement temporaire et limité n’aurait pas les mêmes conséquences qu’une hausse durable des températures bien au-delà des objectifs fixés par la communauté internationale. Les politiques menées au cours des prochaines années conserveront donc un rôle central dans la trajectoire climatique mondiale.
Pour 350.org, le message est désormais simple : franchir les 1,5°C ne doit pas devenir un prétexte à renoncer. Chaque année gagnée, chaque tonne de gaz à effet de serre évitée et chaque dixième de degré de réchauffement supplémentaire empêché peuvent encore réduire l’ampleur des conséquences environnementales, économiques et humaines de la crise climatique.


