Cette croissance du volume d’activité ne se traduit toutefois pas encore par une hausse du chiffre d’affaires consolidé. Celui-ci s’établit à 7,36 millions d’euros au premier semestre 2026, contre 9,15 millions d’euros un an auparavant, soit un recul de 19,6 %. Le forage profond représente 7,18 millions d’euros, tandis que le forage de surface, comptabilisé à 50 %, progresse de 13,4 % à 1,50 million d’euros. L’écart entre le chiffre d’affaires consolidé et le volume d’activité brut s’explique notamment par l’importance des travaux réalisés en interne au bénéfice des propres projets d’Arverne.
Lithium de France franchit plusieurs étapes techniques
Le projet Lithium de France constitue l’un des principaux axes de développement du groupe. Arverne indique avoir réalisé en dix-huit mois les principales étapes prévues dans la phase pré-industrielle.
Les deux premiers puits géothermiques ont été forés à Schwabwiller, en Alsace. Les résultats des essais dépassent plusieurs hypothèses initialement retenues. Le premier puits a enregistré un débit stabilisé de 275 m³ par heure, contre 250 m³ par heure anticipés, avec une température de 145 °C alors que les études tablaient sur 130 °C.
Le second puits a atteint un débit stabilisé de 325 m³ par heure, pour une estimation initiale de 200 m³ par heure. Sa productivité s’est élevée à 20 litres par seconde et par bar, contre 2,5 litres anticipés. Dans les deux puits, la concentration en lithium mesurée dans l’eau géothermale s’établit à 180 mg par litre.
Les essais de circulation ont également confirmé le fonctionnement du doublet à son débit nominal. Selon les données présentées par Arverne, aucune sismicité induite n’a été détectée pendant ces tests. Les observations ont par ailleurs montré une connexion hydraulique entre les deux puits ainsi que la stabilité des caractéristiques de l’eau géothermale.
Autre étape importante, le démonstrateur d’extraction directe du lithium, ou DLE, est opérationnel depuis juin 2026. Connecté à l’eau géothermale du puits producteur, il a fonctionné en continu, 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7. Les premiers essais sont présentés comme conformes aux objectifs de concentration et de rendement fixés pour cette phase du projet.
Une production industrielle envisagée à partir de 2028
L’étude d’ingénierie FEED, réalisée par Sedgman, a été achevée en septembre 2026. Elle définit les installations nécessaires à une capacité de production de 5 000 tonnes par an de carbonate de lithium de qualité batterie. Ses résultats doivent alimenter l’étude définitive de faisabilité attendue d’ici à la fin de l’année 2026.
Sur le plan financier, Lithium de France a sécurisé une première tranche de financement de 29,3 millions d’euros sous forme d’obligations convertibles souscrites par Arverne et Equinor Ventures.
Une évaluation indépendante menée par Sproule ERCE estime parallèlement les ressources indiquées et déduites du projet à 26 millions de tonnes d’équivalent carbonate de lithium. Le potentiel total d’exploration est évalué jusqu’à 43 millions de tonnes. La certification des réserves constitue l’une des prochaines étapes, attendue au premier trimestre 2027.
À plus long terme, le projet vise une capacité d’environ 27 000 tonnes de carbonate de lithium par an pendant plus de trente ans. Lithium de France a déjà signé avec Renault Group un contrat portant sur 25 000 tonnes de lithium réparties sur cinq ans. Un protocole d’accord a également été conclu avec Primeo Energie France pour la distribution de chaleur renouvelable en Alsace.
Sous réserve des autorisations et des étapes de financement prévues, Arverne envisage une décision finale d’investissement en 2027 puis une phase de construction en 2028. La première production et la première commercialisation de lithium géothermal sont également programmées pour 2028.
Le groupe a par ailleurs obtenu après la clôture du semestre un nouveau permis exclusif de recherches de lithium géothermal en Auvergne, ouvrant la possibilité de développer un nouveau projet associant chaleur renouvelable et extraction de lithium.
La géothermie devient un second pilier de développement
En parallèle du lithium, Arverne accélère dans la production de chaleur et de froid renouvelables.
Le groupe a créé avec la Banque des Territoires la Francilienne de Géothermie. La structure est détenue à 72 % par Arverne Chaleur & Froid et à 28 % par la Banque des Territoires. Les partenaires prévoient un engagement pouvant atteindre 45,1 millions d’euros de fonds propres pour le développement de cinq projets géothermiques en Île-de-France.
À Serres-Castet, Arverne prépare également sa première production et commercialisation de chaleur et de froid renouvelables. La mise en service est attendue dès l’hiver prochain. Le modèle proposé repose notamment sur le tiers-investissement, permettant au client de bénéficier d’une installation financée, conçue, exploitée et maintenue par les partenaires.
Le groupe estime que les modifications réglementaires et les dispositifs de soutien peuvent accélérer le marché de la géothermie de surface. Arverne développe notamment des réseaux géothermiques autonomes destinés aux collectivités, zones d’activités et ensembles immobiliers.
Dans les hypothèses présentées par l’entreprise, un projet type nécessiterait environ 8 millions d’euros d’investissement et pourrait générer près de 40 millions d’euros de chiffre d’affaires sur cinquante ans, pour une production annuelle d’environ 6,5 GWh de chaleur et de froid. La marge d’EBITDA visée se situe entre 65 % et 70 %. Ces données restent des objectifs économiques associés au modèle développé par le groupe.
Le forage accompagne l’intégration verticale
Dans le forage profond, le chiffre d’affaires consolidé atteint 7,4 millions d’euros sur le semestre. L’activité comprend notamment la contribution du chantier Safran, achevé en mars 2026.
Le groupe utilise cependant une partie croissante de ses moyens pour ses propres projets. Les deux puits géothermiques de Lithium de France représentent ainsi un volume d’activité brut de 7,9 millions d’euros. Cette organisation traduit la stratégie d’intégration verticale d’Arverne, qui cherche à maîtriser en interne les compétences liées au sous-sol, au forage et au développement de ses installations.
L’activité de forage de surface de DrillHeat progresse également. Son chiffre d’affaires total atteint 3 millions d’euros, en hausse de 13,4 %. Parmi les opérations citées figurent l’achèvement d’un centième projet, le lancement d’un chantier pour Icade à Roquebrune-Cap-Martin et le développement d’un réseau géothermique à Valençay.
Un accord de référencement national a également été conclu avec E.Leclerc pour le déploiement de solutions géothermiques dans son parc de magasins.
Des pertes encore importantes dans une phase d’investissement
Sur le plan financier, Arverne reste dans une phase de développement fortement consommatrice de capitaux.
Le résultat opérationnel courant avant amortissements ressort à -10,84 millions d’euros, contre -11,40 millions d’euros au premier semestre 2025. Après amortissements, le résultat opérationnel atteint -15,11 millions d’euros.
Le résultat net consolidé s’établit à -13,83 millions d’euros. La part du groupe représente une perte de 12,31 millions d’euros, contre 10,04 millions d’euros un an plus tôt.
La baisse du chiffre d’affaires s’explique notamment par la fin du chantier réalisé pour Aéroports de Paris, dont le niveau d’activité était supérieur à celui du chantier Safran, ainsi que par l’arrêt de prestations réalisées pour Storengy.
Dans le même temps, la production immobilisée atteint 10 millions d’euros, soit 6,1 millions d’euros supplémentaires sur un an, essentiellement en raison des travaux effectués pour Lithium de France. Les charges de personnel atteignent 14,6 millions d’euros après le recrutement de 18 équivalents temps plein supplémentaires.
27,7 millions d’euros investis au premier semestre
Les flux opérationnels nets se sont améliorés, passant de -11,6 millions d’euros au premier semestre 2025 à -8,1 millions d’euros au premier semestre 2026.
Les investissements atteignent cependant 27,7 millions d’euros, principalement pour le développement de Lithium de France. La trésorerie disponible s’élève à 45,5 millions d’euros au 30 juin 2026.
La situation financière du groupe a été renforcée après la clôture du semestre avec une émission de 70 millions d’euros d’ORANE, des obligations remboursables en actions nouvelles ou existantes. L’opération a notamment été souscrite par GEOGREEN, Bpifrance, ADEME Investissement, Crédit Mutuel Equity et Eiffel Investment Group.
Arverne maintient ses objectifs de développement
Pour la suite de 2026, Arverne prévoit notamment d’achever l’étude d’impact environnemental et social du projet Lithium de France, de poursuivre les travaux sur la qualification du lithium destiné à Renault et de présenter les résultats de l’étude définitive de faisabilité.
Le groupe indique également vouloir progresser vers 400 millions d’euros de contrats commerciaux de long terme.
À plus longue échéance, Arverne prévoit le démarrage de la production et de la commercialisation de chaleur et de froid en 2027, puis la première production commerciale de lithium géothermal en 2028.
À l’horizon 2031-2033, ses ambitions portent sur environ 4 TWh d’énergie produits chaque année en France et 27 000 tonnes annuelles de carbonate de lithium. Ces éléments constituent des objectifs prospectifs du groupe et restent dépendants de l’avancement industriel, des autorisations, des financements et des conditions de réalisation des différents projets.
Le premier semestre 2026 apparaît ainsi comme une période charnière pour Arverne. Le groupe continue d’afficher des pertes importantes liées à sa phase d’investissement, mais avance simultanément sur plusieurs étapes industrielles essentielles. Le développement de Lithium de France et la montée en puissance des activités de chaleur et de froid doivent désormais permettre de transformer progressivement ces investissements en activités commerciales récurrentes.
