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Finance et climat le reporting carbone progresse mais reste encore très inégal en Europe

Le reporting carbone s’est largement diffusé dans le secteur financier européen, mais sa qualité reste très variable selon les établissements, les pays et les métiers. C’est le principal enseignement de l’étude réalisée par Axylia auprès de 82 institutions financières européennes cotées, représentant des banques, des assureurs, des gestionnaires d’actifs et des holdings. L’analyse porte sur plus de 16 000 pages de rapports publiés en 2025 et s’appuie sur la norme PCAF, utilisée pour mesurer les émissions liées aux activités de financement, d’investissement et d’assurance.

L’étude aboutit à un Score Carbone Finance moyen de 52,5 sur 100, pour une médiane de 55,6. Axylia précise toutefois que cet indicateur ne mesure pas directement la performance climatique d’un établissement. Il évalue la maturité de son reporting, à travers la couverture des portefeuilles, la qualité des données utilisées et la transparence des informations publiées.

Le constat est donc contrasté. D’un côté, 94 % des institutions étudiées publient désormais des émissions financées selon le Standard A de PCAF. De l’autre, 28 % des acteurs obtiennent encore une notation E, F ou ND, correspondant à un reporting très partiel ou quasiment absent.

L’essentiel des émissions se trouve dans les portefeuilles

Pour les établissements financiers, l’enjeu climatique dépasse très largement les émissions directement liées aux bureaux, aux déplacements ou aux infrastructures informatiques. Selon l’étude, celles-ci représentent moins de 1 % de l’empreinte totale d’une grande banque.

L’essentiel provient des activités financées ou assurées. Chaque crédit, investissement ou contrat d’assurance peut être associé à une fraction des émissions produites par l’activité économique correspondante.

C’est sur ce principe que repose la méthode PCAF. Elle consiste à attribuer aux établissements financiers une part des émissions en fonction de leur exposition financière. Trois standards sont distingués.

Le Standard A concerne les émissions financées par les prêts et les investissements. Le Standard B couvre les émissions dites facilitées, notamment lorsqu’un établissement intervient sur les marchés de capitaux sans conserver directement les titres. Le Standard C concerne les émissions associées aux activités d’assurance.

Selon Axylia, le Standard A est aujourd’hui le plus largement utilisé. Les Standards B et C sont encore moins développés, avec respectivement 54 % des institutions éligibles publiant des données sur les émissions facilitées et 64 % sur les émissions d’assurance.

Trois axes pour mesurer la maturité du reporting

Le Score Carbone Finance repose sur cinq critères regroupés autour de trois axes.

La couverture mesure la part du portefeuille pour laquelle des émissions ont réellement été calculées. Ce critère représente 45 % du score du Standard A et constitue, selon l’étude, le facteur le plus étroitement lié au score final.

La couverture moyenne des portefeuilles atteint 60,7 %. Seize établissements affichent néanmoins une couverture nulle.

Le deuxième axe concerne la qualité des données. PCAF utilise un Data Quality Score, ou DQS, allant initialement de 1 pour les meilleures données à 5 pour les estimations les plus approximatives. Axylia a inversé cette échelle afin qu’un score élevé corresponde à une meilleure qualité.

C’est le principal point faible observé. Le score moyen ressort à seulement 1,5 sur 5. Plus d’un tiers des institutions, 34 %, ne publient aucun indicateur permettant d’évaluer la fiabilité de leurs données. Seules 13 % atteignent un DQS de 4 ou 5.

Enfin, la transparence porte notamment sur la ventilation par classes d’actifs ainsi que sur la publication d’un historique et d’objectifs futurs. C’est l’axe sur lequel les établissements obtiennent les meilleurs résultats.

Les institutions couvrent en moyenne 69,2 % des classes d’actifs pour lesquelles elles sont éligibles. La moitié du panel dépasse 80 %. Par ailleurs, 47 établissements publient à la fois un historique de leurs émissions et des engagements de réduction futurs.

Les banques obtiennent les scores moyens les plus élevés

Les résultats varient selon les métiers.

Les banques affichent un score moyen de 55,6 sur 100, contre 50,4 pour les assureurs et 48,1 pour les gestionnaires d’actifs et holdings.

Axylia souligne toutefois que la moyenne des gestionnaires d’actifs est pénalisée par plusieurs institutions n’ayant engagé aucun reporting. Leur médiane est sensiblement supérieure à leur moyenne.

Les banques se distinguent notamment par une couverture moyenne de 63,3 %, contre 60,7 % pour l’ensemble du panel. Elles ventilent également 78,5 % des classes d’actifs auxquelles elles sont exposées.

L’étude observe également un effet lié à l’ancienneté du reporting. Les banques qui publient leurs émissions financées depuis plus de cinq ans obtiennent un score moyen de 77, contre 51 pour les autres établissements bancaires.

Des assureurs confrontés à une double difficulté

La situation des assureurs est plus complexe car deux standards peuvent simultanément leur être appliqués.

Leur portefeuille de placements relève du Standard A, tandis que leur activité d’assurance peut relever du Standard C. L’assurance-vie est quant à elle rattachée au Standard A.

Les résultats montrent un décalage important entre ces deux périmètres. Les assureurs éligibles obtiennent en moyenne 59,8 sur 100 pour leurs émissions financées, mais seulement 40,6 pour les émissions liées aux activités d’assurance.

Plus d’un tiers des établissements concernés par le Standard C, soit 36 %, ne publient encore aucune information correspondante.

Axylia attribue notamment cet écart à la relative jeunesse de ce standard, mais également aux difficultés de collecte des données sur les activités assurées et à la diversité des branches couvertes par les assureurs.

Les gestionnaires d’actifs présentent les écarts les plus importants

Les gestionnaires d’actifs et les holdings constituent la catégorie la plus hétérogène du panel.

Onze institutions sur dix-sept dépassent 60 sur 100, tandis que cinq n’ont engagé aucun calcul d’émissions.

La méthodologie d’attribution constitue une difficulté particulière. Cinq établissements sur dix-sept n’obtiennent aucun point sur ce critère, contre seulement 6 % pour l’ensemble du panel.

La qualité des données varie également selon le type de portefeuille. Les gestionnaires spécialisés dans les actifs cotés disposent généralement d’informations plus fiables que ceux investissant dans des sociétés non cotées.

Parmi les institutions ayant commencé à mesurer leurs émissions, le DQS moyen atteint 3,75 sur 5 pour les acteurs spécialisés dans les actifs cotés, contre 1,83 pour ceux orientés vers les actifs non cotés.

Le Nord de l’Europe apparaît plus avancé

L’étude met aussi en évidence des différences géographiques importantes.

Les institutions financières des Pays-Bas et de plusieurs pays d’Europe du Nord affichent globalement les scores les plus élevés. Les établissements allemands, britanniques et scandinaves figurent également parmi les plus avancés.

Axylia relie notamment cette situation à une adoption plus ancienne du reporting carbone et, pour plusieurs établissements, à leur participation précoce aux travaux de PCAF.

Les signataires de PCAF obtiennent ainsi un score moyen de 60,8, contre 41,3 pour les non-signataires.

En revanche, l’étude ne met pas en évidence de lien entre la taille des établissements et la maturité du reporting. La corrélation calculée entre la taille des actifs financiers et le score n’est que de 0,04.

Les établissements français restent en retrait

Le focus consacré à la France fait apparaître une situation contrastée.

Les trois banques françaises analysées obtiennent un score moyen de 28,9, contre 57,8 pour leurs homologues européennes.

BNP Paribas obtient 35,5 sur 100, Crédit Agricole 29 et Société Générale 22,1. L’étude souligne notamment une moindre qualité moyenne des données et l’absence de score sur le Standard B.

Chez les assureurs, l’écart avec la moyenne européenne est plus limité. AXA obtient 57,7 sur 100 et se classe parmi les assureurs français les mieux évalués. Son score relatif aux émissions associées aux activités d’assurance atteint 61,5, supérieur à la moyenne européenne de 48,7.

SCOR obtient 27,1 sur 100 et ne publie pas de données correspondant au Standard C malgré son activité de réassurance.

Du côté de la gestion d’actifs, Eurazeo obtient le meilleur score français de l’étude avec 73,9 sur 100. À l’inverse, Amundi obtient 11,6 sur 100 et la mention ND en raison de l’absence de reporting PCAF formalisé sur les émissions financées. Le graphique consacré à la France, page 28 de l’étude, illustre clairement l’ampleur de ces écarts entre institutions.

Une mesure encore imparfaite mais appelée à progresser

Axylia souligne plusieurs limites à son propre indicateur et, plus largement, à la mesure des émissions financées.

Certains produits ne sont pas encore couverts par les méthodologies PCAF, notamment certains ETF, produits structurés, produits titrisés ou unités de compte en assurance-vie.

La qualité des données reste également insuffisante pour de nombreuses PME et contreparties situées hors d’Europe.

Enfin, une baisse des émissions financées ne signifie pas nécessairement que les émissions réelles ont diminué. Elle peut simplement résulter de la vente d’un actif fortement carboné à un autre investisseur. Les variations boursières peuvent également modifier mécaniquement les résultats sans changement opérationnel dans l’entreprise financée.

C’est précisément pour cette raison que le Score Carbone Finance se concentre sur la qualité et la maturité du reporting plutôt que sur le seul volume d’émissions.

L’étude dessine ainsi un secteur financier européen désormais largement engagé dans la mesure de son empreinte carbone, mais encore loin d’un niveau homogène. La diffusion de PCAF semble avoir permis une première standardisation. Le prochain enjeu sera moins de publier des chiffres que d’améliorer leur couverture, leur fiabilité et leur comparabilité.

Elliot

Elliot contribue à la rédaction de Terre-Futur sur des sujets liés à l’actualité, à la société, à la consommation, aux entreprises, aux nouvelles technologies et aux évolutions des modes de vie. Ses articles privilégient une approche claire, factuelle et accessible, avec l’objectif de donner aux lecteurs les éléments utiles pour comprendre les enjeux du quotidien.

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