SOMFY et VoltR donnent une seconde vie aux batteries lithium
La transition énergétique ne repose pas uniquement sur le développement de nouvelles technologies. Elle passe également par une meilleure utilisation des ressources existantes. Dans cette perspective, SOMFY, spécialiste de l’automatisation des ouvertures et fermetures du bâtiment, et VoltR, fabricant français de batteries lithium éco-conçues, ont engagé une collaboration industrielle destinée à prolonger la durée de vie des batteries. Depuis le début de l’année 2026, certains moteurs SOMFY intègrent ainsi des batteries remanufacturées en France, une évolution qui associe réduction des émissions de gaz à effet de serre, économie circulaire et développement d’une filière industrielle nationale.
Cette coopération illustre une transformation progressive des pratiques industrielles, dans un contexte où la demande de batteries augmente et où l’approvisionnement en matières premières constitue un enjeu économique et environnemental croissant.
Des batteries usagées qui conservent une valeur industrielle
Le développement des équipements électriques et des solutions autonomes entraîne une augmentation des besoins en batteries lithium. Parallèlement, des millions de batteries arrivent chaque année en fin de première utilisation, alors même qu’une partie importante de leur potentiel énergétique demeure disponible.
Selon les données présentées par les deux entreprises, les batteries destinées au recyclage conservent en moyenne 80 % de leur capacité initiale. Cette caractéristique ouvre des perspectives de réutilisation dans des applications adaptées à leurs performances résiduelles.
Plutôt que de considérer systématiquement ces batteries comme des déchets à recycler, VoltR a développé un processus industriel permettant de récupérer les cellules encore exploitables et de les intégrer dans de nouveaux équipements.
Cette méthode repose sur plusieurs opérations successives. Les batteries sont d’abord collectées, puis leurs cellules sont testées et qualifiées afin de déterminer leur aptitude à être réutilisées. Les éléments répondant aux critères techniques retenus sont ensuite intégrés dans de nouvelles batteries conçues et fabriquées en France.
L’objectif est de prolonger l’utilisation de matières premières déjà extraites, tout en réduisant le recours à de nouvelles ressources minérales.
Cette démarche se distingue du recyclage traditionnel, qui consiste à récupérer les matériaux constitutifs des batteries. La remanufacture cherche, pour sa part, à conserver les composants encore fonctionnels afin de leur attribuer un nouvel usage.
Une première application industrielle dans les moteurs SOMFY
Le partenariat entre SOMFY et VoltR ne se limite plus à une phase d’expérimentation.
Les premiers prototypes ont été réalisés durant l’été 2023. Ils ont été suivis de plusieurs étapes de validation destinées à vérifier les performances techniques, l’impact environnemental, les conditions de fabrication industrielle et la compétitivité économique des batteries remanufacturées.
Ces travaux ont permis d’aboutir à une première intégration dans les produits commercialisés par SOMFY.
Depuis le début de l’année 2026, les moteurs SONESSE® 28, destinés à la motorisation des stores intérieurs, utilisent des batteries remanufacturées françaises.
Pour SOMFY, cette intégration devait répondre à une exigence essentielle : maintenir les standards de qualité, de fiabilité et de performance appliqués aux batteries conventionnelles.
La seconde vie des cellules lithium ne doit donc pas se traduire par une dégradation des caractéristiques attendues par les utilisateurs.
Cette application constitue une étape importante pour VoltR, qui démontre la possibilité d’intégrer des batteries issues du réemploi dans des produits industriels répondant aux exigences d’un fabricant international.
Elle permet également à SOMFY d’inscrire cette technologie dans sa politique d’éco-conception, dont l’objectif est de réduire les impacts environnementaux des produits sur l’ensemble de leur cycle de vie.
Une réduction annoncée de 68 % des émissions liées à la production
L’un des principaux intérêts de la remanufacture réside dans la réduction potentielle de l’empreinte carbone des batteries.
La fabrication de batteries neuves mobilise des ressources minérales, de l’énergie et de l’eau. Elle implique également différentes opérations industrielles, depuis la production des matériaux jusqu’à l’assemblage des composants.
D’après les données avancées dans le cadre du partenariat, la fabrication d’une batterie génère en moyenne 32 kilogrammes de CO₂ par kilogramme de batterie produite.
En réutilisant des cellules lithium existantes, il devient possible de limiter certaines étapes de fabrication et de réduire les besoins en matières premières vierges.
Une analyse comparative du cycle de vie réalisée par VoltR fait ainsi apparaître une réduction de 68 % des émissions de gaz à effet de serre liées à la production des batteries remanufacturées intégrées aux produits concernés.
Ce résultat porte sur les émissions associées à leur production. Il ne doit donc pas être confondu avec une réduction équivalente de l’empreinte carbone totale des moteurs SOMFY ou de l’ensemble des équipements dans lesquels ces batteries sont utilisées.
L’analyse met également en évidence une diminution de la consommation de ressources minérales, énergétiques et d’eau, sans toutefois préciser les économies quantitatives correspondant à chacun de ces postes.
Ces résultats donnent une dimension environnementale concrète à la collaboration entre les deux entreprises, tout en soulignant l’intérêt d’une approche fondée sur l’allongement de la durée d’utilisation des composants.
Réduire la dépendance européenne aux batteries importées
Au-delà de la question environnementale, le partenariat répond également à un enjeu d’approvisionnement industriel.
Selon les chiffres présentés par SOMFY et VoltR, 94 % des batteries lithium utilisées en Europe sont importées d’Asie.
Cette dépendance constitue un élément important dans la réflexion des industriels sur la sécurisation de leurs chaînes d’approvisionnement.
Le développement d’une filière française de remanufacture peut contribuer à diversifier les sources d’approvisionnement, en exploitant des ressources déjà présentes sur le territoire.
La récupération de cellules lithium permet ainsi de limiter une partie des besoins en composants neufs et de valoriser des batteries qui ont terminé leur première utilisation.
Pour les industriels, cette approche présente un double intérêt. Elle peut contribuer à réduire l’exposition aux importations tout en favorisant l’émergence d’activités locales de collecte, de qualification et de fabrication.
La remanufacture ne supprime cependant pas l’ensemble des besoins en matières premières ou en batteries neuves. Elle constitue une solution complémentaire, dont le développement dépend notamment de la disponibilité des cellules récupérables et de leur aptitude à répondre aux exigences des nouvelles applications.
Dans cette perspective, le partenariat entre SOMFY et VoltR participe à la structuration d’une activité industrielle française fondée sur la réutilisation de ressources existantes.
Une collaboration entre un groupe international et un fabricant français
Fondé en France en 1969, SOMFY est aujourd’hui présent dans 59 pays. Le groupe est spécialisé dans l’automatisation des ouvertures et fermetures de la maison et du bâtiment, avec des solutions associées notamment à l’habitat connecté.
La réduction de l’impact environnemental de ses équipements s’inscrit dans sa stratégie d’éco-conception.
De son côté, VoltR est une entreprise française spécialisée dans la fabrication de batteries lithium éco-conçues à partir de cellules récupérées.
Elle emploie une quarantaine de salariés et développe ses solutions pour plusieurs marchés, notamment l’outillage, la micromobilité, la domotique, les villes intelligentes et le stockage mobile d’énergie.
Son modèle industriel repose sur l’identification des performances résiduelles des cellules afin de les réaffecter à des usages compatibles avec leurs caractéristiques techniques.
Pour Charles-Edouard Vasse, vice-président Achats du groupe SOMFY, cette collaboration répond à la nécessité d’accompagner l’augmentation des besoins en batteries tout en limitant les impacts environnementaux et la pression exercée sur les ressources.
François Mallet, responsable commercial et cofondateur de VoltR, souligne pour sa part le rôle de la coopération entre les équipes des deux entreprises dans le passage de la phase de développement à la mise sur le marché.
Le projet illustre ainsi les possibilités de collaboration entre une entreprise industrielle déjà implantée à l’international et une structure française développant une technologie spécialisée dans la valorisation des batteries.
La seconde vie des batteries comme nouvelle perspective industrielle
L’intégration de batteries remanufacturées dans les moteurs SONESSE® 28 montre que le réemploi des cellules lithium peut trouver des applications dans des équipements commercialisés, au-delà des seuls projets expérimentaux.
Cette évolution intervient alors que les industriels cherchent à concilier plusieurs impératifs : maintenir les performances de leurs produits, maîtriser les coûts, sécuriser leurs approvisionnements et réduire leur empreinte environnementale.
La remanufacture apporte une réponse à une partie de ces enjeux, sous réserve de disposer de processus de sélection et de contrôle suffisamment rigoureux.
Pour SOMFY, l’intérêt réside notamment dans la possibilité d’intégrer des composants issus de l’économie circulaire sans modifier les exigences de performance imposées à ses produits.
Pour VoltR, cette première application industrielle avec SOMFY constitue une référence dans le développement de son activité et dans son ambition de contribuer à la création d’une filière européenne de batteries remanufacturées.
Les deux partenaires ne précisent toutefois ni les volumes de batteries concernés, ni les objectifs de production futurs, ni les économies financières réalisées grâce à cette solution.
Ces éléments seront déterminants pour apprécier, à terme, la capacité de la remanufacture à se développer à plus grande échelle et à devenir une alternative économiquement compétitive pour un nombre croissant d’applications.
La démarche engagée depuis 2023 et concrétisée industriellement en 2026 marque néanmoins une évolution dans la manière d’envisager la fin de vie des batteries lithium.
Plutôt que de privilégier systématiquement la fabrication de nouveaux composants, les industriels peuvent désormais explorer des solutions permettant de préserver plus longtemps la valeur des ressources déjà mobilisées.
Dans un secteur confronté à des besoins croissants en stockage d’énergie et à des exigences environnementales renforcées, cette approche ouvre de nouvelles perspectives pour l’économie circulaire et pour le développement de capacités industrielles françaises.

