
Avec le changement climatique, le risque s’intensifie. Les périodes de sécheresse plus longues et plus fréquentes accentuent les variations d’humidité dans les sols. Les maisons individuelles sont particulièrement exposées, notamment lorsqu’elles sont construites sur des fondations peu profondes. D’après France Assureurs, le ministère de la Transition écologique estime que 10,4 millions de maisons sont situées en zone d’exposition moyenne ou forte au retrait-gonflement des argiles.
Ce risque est aussi un enjeu assurantiel majeur. Contrairement à d’autres aléas visibles immédiatement, les dommages liés aux argiles peuvent apparaître progressivement. Une fissure fine peut devenir structurelle. Une porte qui ferme mal peut révéler un mouvement du bâti. Pour les propriétaires, les démarches peuvent être longues et complexes, notamment lorsque la reconnaissance de l’état de catastrophe naturelle est nécessaire.
Le coût économique est considérable. Une réponse ministérielle publiée en 2025 indique que, selon la Caisse centrale de réassurance, le coût des sinistres liés à la sécheresse s’élevait à 240 millions d’euros en 2024 et que le retrait-gonflement des argiles représente désormais une part importante des indemnisations, avec un ordre de grandeur d’environ 1,5 milliard d’euros par an.
La prévention devient donc essentielle. Il ne suffit pas d’indemniser après coup. Il faut identifier les maisons vulnérables, améliorer les diagnostics, adapter les fondations lorsque c’est possible, gérer la végétation autour des bâtiments et mieux informer les propriétaires. L’État a engagé une expérimentation de prévention en 2025, notamment autour d’un Fonds de prévention argile, afin de tester des solutions avant que les dommages ne deviennent irréversibles.
Le sujet concerne aussi l’aménagement du territoire. Peut-on continuer à construire de la même manière dans les zones exposées ? Faut-il renforcer les obligations d’information lors des ventes immobilières ? Comment intégrer ce risque dans la valeur des biens ? Ces questions deviendront de plus en plus sensibles.
Et demain ? Le retrait-gonflement des argiles pourrait devenir l’un des grands révélateurs de l’inadaptation du parc immobilier au climat futur. Il oblige à regarder sous nos pieds ce que le climat transforme lentement : la stabilité même des habitations.
