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Pourquoi les entreprises ne peuvent plus rester spectatrices

La publication du nouveau rapport de IPBES agit comme un signal fort adressé au monde économique. Pour la première fois avec une telle clarté, le lien de dépendance entre activités humaines, modèles économiques et biodiversité est posé comme un enjeu stratégique majeur. Dans ce contexte, la LPO appelle les entreprises à passer de l’intention à l’action et à intégrer pleinement le vivant dans leurs décisions économiques.

La biodiversité, socle invisible mais vital de l’économie

Le constat dressé par les experts est sans appel. Une part considérable de l’activité économique repose sur le bon fonctionnement des écosystèmes. Selon les données relayées par l’Union internationale pour la conservation de la nature et l’Office français de la biodiversité, près de 44 pour cent de la valeur ajoutée brute mondiale dépend directement de services rendus par la nature. Pollinisation, régulation du climat, qualité de l’eau, fertilité des sols ou encore protection contre les risques naturels constituent autant de piliers invisibles mais essentiels de la prospérité économique.

Pourtant, les entreprises demeurent aujourd’hui des acteurs majeurs de l’érosion de la biodiversité. Artificialisation des sols, surexploitation des ressources naturelles, émissions polluantes, fragmentation des habitats ou contribution au dérèglement climatique figurent parmi les principales pressions exercées sur le vivant. Cette contradiction structurelle fragilise à la fois les écosystèmes et la résilience des modèles économiques eux-mêmes.

Un paradoxe financier lourd de conséquences

À l’échelle mondiale, les chiffres soulignent l’ampleur du déséquilibre. Pour chaque dollar investi dans la protection de la nature, près de trente dollars continuent d’alimenter des activités qui contribuent à sa dégradation, selon les données du Programme des Nations unies pour l’environnement. Ce paradoxe, régulièrement dénoncé par la Fondation pour la Recherche sur la Biodiversité, entretient un cercle vicieux où des subventions publiques ou privées soutiennent des pratiques qui détruisent la base même de la prospérité économique à long terme.

À l’inverse, les solutions fondées sur la nature démontrent leur efficacité. Chaque euro investi en faveur de la biodiversité peut générer jusqu’à 2,8 euros de bénéfices économiques, en réduisant les risques opérationnels, en renforçant la résilience des territoires et en sécurisant les chaînes de valeur. Loin d’être un coût, la biodiversité apparaît ainsi comme un actif stratégique.

La LPO, un partenaire de terrain des entreprises depuis plus de vingt ans

Face à ce constat, la LPO revendique une approche pragmatique. Depuis le début des années 2000, l’association a fait le choix de travailler aux côtés des entreprises, convaincue que la transition écologique ne pourra réussir sans une transformation profonde des modèles économiques. Cette démarche ne relève ni d’un renoncement ni d’une complaisance, mais d’une volonté de faire évoluer les pratiques au cœur même des territoires et des filières productives.

À l’échelle nationale, la LPO accompagne aujourd’hui de grandes entreprises issues de secteurs aussi variés que l’énergie, les transports, les communications, l’aménagement urbain ou le génie écologique. En parallèle, son réseau d’associations locales agit au plus près des petites et moyennes entreprises, afin de diffuser une culture de la biodiversité adaptée aux réalités économiques locales.

Des actions concrètes et mesurables

Sur le terrain, l’engagement se traduit par des projets très opérationnels. La LPO mobilise ses expertises scientifiques pour proposer des diagnostics écologiques, définir des plans d’action et former les équipes. L’objectif est de transformer les connaissances en solutions concrètes, directement applicables.

Depuis plus de vingt ans, l’association travaille par exemple à la réduction des collisions et des électrocutions d’oiseaux sur les lignes électriques. En identifiant les zones les plus sensibles, des dispositifs anticollision sont installés afin de sécuriser les infrastructures tout en préservant l’avifaune. Ce type d’action illustre la capacité à concilier continuité des activités économiques et protection du vivant.

Sur les sites fonciers des entreprises, la LPO accompagne également la mise en place de plans de gestion écologique. Ces démarches permettent de mieux connaître la biodiversité présente, de restaurer les milieux dégradés et de favoriser le retour de la faune et de la flore sauvages grâce à des aménagements ciblés.

Sensibiliser et acculturer l’ensemble des parties prenantes

Au-delà des interventions techniques, la LPO mise fortement sur la sensibilisation. Salariés, prestataires et clients sont invités à mieux comprendre les enjeux liés à la biodiversité et à devenir acteurs du changement. Des protocoles sont déployés pour détecter et neutraliser les cavités pièges pour la faune, des programmes de sciences participatives sont proposés et de nombreuses entreprises s’engagent dans la démarche des Refuges LPO, notamment à travers la gestion écologique des espaces verts et des jardins d’entreprise.

Cette acculturation progressive permet de faire évoluer les représentations et de replacer la biodiversité au cœur des pratiques quotidiennes, bien au-delà des seules obligations réglementaires.

Former pour accélérer la transition

Pour aller plus loin, la LPO met à disposition des entreprises des outils structurants d’acquisition de compétences. Le MOOC Entreprises et Biodiversité, développé en partenariat avec l’Office français de la biodiversité et le MEDEF, constitue un levier majeur pour diffuser les connaissances et encourager l’action. Accessible à toutes les tailles d’entreprises, et particulièrement aux PME et TPE, ce programme gratuit d’une durée de six à neuf heures permet d’avancer à son rythme et de sélectionner des solutions adaptées à chaque contexte professionnel.

Déjà suivi par plus de 4 000 stagiaires, ce MOOC combine supports pédagogiques interactifs, fiches pratiques, témoignages d’entreprises engagées et retours d’expérience concrets. Il contribue à lever les freins liés au manque de connaissances et à transformer la biodiversité en sujet stratégique au sein des organisations.

Un moment charnière pour le monde économique

Pour Allain Bougrain Dubourg, président de la LPO, le rapport de l’IPBES marque un tournant décisif. La biodiversité ne peut plus être considérée comme un simple concept environnemental. Elle constitue un actif stratégique essentiel à la durabilité et à la résilience économique à long terme. Les solutions existent, les outils sont disponibles et les bénéfices sont démontrés. Reste désormais à passer à l’acte.

Dans un contexte de pressions croissantes sur le vivant et de vulnérabilité accrue des chaînes de valeur, l’engagement des entreprises apparaît non seulement souhaitable, mais indispensable. La biodiversité n’est plus un sujet périphérique. Elle devient un élément central de la compétitivité, de la gestion des risques et de la responsabilité économique.

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