Les sites industriels ne sont pas nécessairement dépourvus de biodiversité. Certains disposent même d’importantes surfaces végétalisées susceptibles d’offrir des habitats à de nombreuses espèces. C’est le cas des six usines d’épuration exploitées par le Syndicat interdépartemental pour l’assainissement de l’agglomération parisienne, le SIAAP.
L’établissement gère près de 300 hectares d’espaces verts répartis sur ses différents sites. Des plans de gestion différenciée déterminent les pratiques à appliquer en fonction des caractéristiques de chaque implantation. Le principe consiste à adapter l’entretien des espaces afin d’en exploiter le potentiel écologique, sans remettre en cause les exigences propres au fonctionnement d’installations industrielles.
Cette politique passe notamment par la création de refuges artificiels destinés aux oiseaux, aux chauves-souris, aux insectes et à différentes espèces de petite faune.
Recréer les refuges qui disparaissent des espaces aménagés
Dans les milieux naturels, de nombreux éléments qui pourraient sembler sans importance constituent en réalité des habitats pour la faune. La végétation spontanée, les mares, les éboulements, les fissures, les arbres morts ou encore les branches laissées au sol offrent des possibilités d’alimentation, de reproduction, d’hibernation ou simplement de repos.
Ces éléments sont généralement moins nombreux dans les espaces aménagés et entretenus. L’installation de refuges artificiels vise donc à recréer une partie de ces conditions.
Les actions engagées par le SIAAP reposent sur plusieurs types d’aménagements, choisis en fonction des espèces susceptibles d’être présentes sur les sites.
Des nichoirs pour les oiseaux et des gîtes pour les chauves-souris
Les cavités naturelles jouent notamment un rôle essentiel pour certaines espèces d’oiseaux et pour les chauves-souris, également appelées chiroptères. Elles peuvent être utilisées pour la reproduction ou comme espaces de repos.
En environnement urbain ou industriel, ces cavités peuvent manquer. L’installation de nichoirs et de gîtes constitue alors une solution pour compenser leur raréfaction.
Ces équipements ne peuvent cependant pas être installés indifféremment. Leur conception et leur implantation doivent être adaptées aux espèces concernées et répondre à des conditions précises.
Le SIAAP a notamment mis en place des nichoirs destinés à des espèces protégées déjà présentes sur ses installations. Le Moineau friquet bénéficie ainsi de nichoirs à l’usine Seine Grésillons, située à Triel-sur-Seine dans les Yvelines. À l’usine Seine Valenton, dans le Val-de-Marne, des équipements ont été prévus pour le Rougequeue noir.
Des gîtes destinés aux chiroptères sont également installés. Le déploiement de ces différents dispositifs doit se poursuivre sur l’ensemble des sites.
Les hôtels à insectes trouvent aussi leur place dans les usines
Autre dispositif désormais bien connu du grand public, l’hôtel à insectes peut contribuer au développement de la biodiversité lorsqu’il est correctement conçu et installé dans un environnement adapté.
Le SIAAP en a notamment implanté sur le site de l’usine Seine Aval.
Au-delà de leur fonction écologique, ces installations possèdent également une dimension pédagogique. Elles permettent d’observer plus facilement certaines espèces et de mieux comprendre le rôle joué par les insectes dans le fonctionnement des écosystèmes.
Leur intérêt s’inscrit ainsi dans une approche plus globale des espaces verts, qui ne sont plus considérés uniquement sous l’angle de leur entretien mais également comme des milieux susceptibles d’accueillir et de favoriser différentes formes de vie.
Des hibernacles pour hérissons, amphibiens et reptiles
Le dispositif comprend également la création d’hibernacles artificiels. Ces aménagements sont destinés à offrir des zones de refuge et d’hibernation à différentes espèces de petite faune.
Hérissons, reptiles, amphibiens, insectes, musaraignes ou petits rongeurs peuvent notamment y trouver des conditions favorables pour s’abriter et se reposer.
Dans leur conception la plus élaborée, ces hibernacles sont constitués d’une fosse remplie de grosses pierres et de branches, puis recouverte d’un amas de pierres. La structure ainsi créée multiplie les cavités et les espaces protégés susceptibles d’être utilisés par les animaux.
Cinq hibernacles artificiels ont été installés à l’usine Seine Grésillons, dans les Yvelines.
Près de 300 hectares à gérer différemment
L’enjeu dépasse la simple installation ponctuelle de nichoirs ou d’hôtels à insectes. Avec près de 300 hectares d’espaces verts, le SIAAP dispose d’un patrimoine foncier végétalisé suffisamment important pour intégrer la biodiversité dans la gestion quotidienne de ses sites.
Les plans de gestion différenciée permettent précisément d’adapter les interventions aux caractéristiques et au potentiel écologique de chaque espace.
Cette approche doit néanmoins composer avec une contrainte particulière : ces espaces se trouvent au sein d’installations industrielles qui doivent fonctionner en permanence. La préservation de la biodiversité doit donc rester compatible avec les règles de sécurité et les impératifs opérationnels des usines d’épuration.
L’enjeu consiste ainsi à trouver un équilibre entre fonctionnement industriel, entretien des sites et préservation des milieux susceptibles d’accueillir la faune.
L’industrie peut aussi laisser une place à la nature
La démarche engagée illustre une évolution de la manière d’appréhender les espaces disponibles sur les sites industriels. Une pelouse, une zone végétalisée ou une parcelle située à proximité d’installations techniques peuvent remplir d’autres fonctions que leur simple rôle paysager.
À condition d’être gérés de manière adaptée, ces espaces peuvent participer au maintien d’habitats pour des oiseaux, des chauves-souris, des insectes ou de petits animaux.
Cette dimension prend une importance particulière dans des territoires fortement urbanisés, où les espaces susceptibles d’accueillir durablement la faune sont soumis à de nombreuses contraintes.
Pour le SIAAP, la démarche s’inscrit directement dans ses missions environnementales. Service public industriel, le syndicat traite en permanence les eaux usées, pluviales et industrielles de l’agglomération parisienne. Il exploite 481 kilomètres de collecteurs et six usines d’épuration, avec 1 800 agents, au service de plus de neuf millions de Franciliens.
Son activité contribue à la protection de l’équilibre écologique de la Seine et de la Marne. Avec la gestion différenciée de ses espaces verts et la multiplication des refuges pour la faune, cette dimension environnementale s’étend également aux emprises mêmes de ses installations industrielles.
