L’Institut Photovoltaïque d’Île-de-France, l’IPVF, a analysé les principes physiques de cette innovation ainsi que le rapport réalisé en mars 2026 par l’Institut national d’optique du Canada, devenu LUQIA. Dans son avis scientifique, l’IPVF indique que le dispositif fonctionne dans le cadre de l’optique géométrique, selon les lois de Snell-Descartes.
Un gain moyen annoncé de 20 % sur la journée
Selon les résultats présentés, la réflectricité permettrait d’obtenir un gain journalier moyen de l’ordre de 20 % sous lumière directe, par rapport à un panneau plat présentant la même emprise. Sous lumière diffuse, en présence de nuages ou de pollution atmosphérique, le gain moyen annoncé atteindrait environ 19 %.
L’effet serait particulièrement marqué lorsque le soleil est bas sur l’horizon. La production pourrait alors être multipliée par 2,66 le matin et en fin de journée. L’IPVF considère ce résultat comme cohérent avec l’architecture du module, qui augmente la surface photovoltaïque active pour un même linéaire d’installation.
Cette caractéristique pourrait modifier le profil quotidien de la production solaire. Les panneaux photovoltaïques conventionnels concentrent une grande partie de leur rendement autour de la mi-journée. En produisant davantage au début et à la fin de la journée, la réflectricité pourrait mieux accompagner certaines périodes de forte demande électrique et limiter la concentration de la production autour du seul pic solaire.
Une technologie qui ne change pas la cellule
La réflectricité ne repose pas sur une nouvelle chimie ni sur un nouveau matériau semi-conducteur. Elle modifie la forme du module à travers une structure tridimensionnelle intégrée à sa surface. Des angles usinés dans le panneau créent des réflexions internes au sein d’une cavité optique, avec l’objectif de capter une partie de la lumière qui serait autrement perdue.
Selon reflect10, cette architecture serait compatible avec les principales technologies de cellules actuellement utilisées dans l’industrie photovoltaïque, notamment PERC, TOPCon, HJT et BC. L’entreprise estime également que les futures améliorations du rendement des cellules pourraient bénéficier directement à cette architecture.
L’IPVF souligne par ailleurs l’invariance d’échelle des performances observées. En théorie, les résultats pourraient donc être transposés à différentes tailles de modules et d’installations. La technologie pourrait être utilisée dans les parcs solaires, mais aussi sur les bâtiments, notamment sur les murs, les toitures ou les clôtures.
Des essais menés au Québec et au Maroc
Des campagnes de preuve de concept ont été conduites pendant neuf mois, entre la fin de l’été 2025 et mai 2026, au Québec et au Maroc. Ces deux zones présentent des latitudes et des conditions d’ensoleillement différentes.
D’après les éléments communiqués, les essais ont montré des tendances de production supérieures à celles d’un panneau plat dans les différentes conditions d’irradiation étudiées. Les observations de terrain seraient cohérentes avec les simulations réalisées à l’aide du logiciel Ansys Zemax OpticStudio.
Ces essais restent toutefois présentés comme des campagnes de preuve de concept. La géométrie finale du panneau est encore en phase d’optimisation et n’a pas été intégralement rendue publique. Elle fait l’objet de trois demandes internationales de brevets PCT.
Une industrialisation fondée sur des licences
reflect10 ne prévoit pas de fabriquer elle-même les panneaux. Son modèle repose sur la concession de licences à des fabricants, qui devront adapter l’architecture à leurs lignes de production, réaliser les essais de certification et commercialiser les modules.
L’entreprise a annoncé l’ouverture d’un appel d’offres portant sur les 50 premières licences d’exploitation. Elle estime, à ce stade, que des panneaux utilisant cette architecture pourraient être produits à un coût comparable par watt à celui de panneaux plats de même dimension. Cette estimation reste toutefois préliminaire et dépendra des choix industriels des fabricants licenciés.
Avant une commercialisation à grande échelle, plusieurs étapes restent donc nécessaires, parmi lesquelles l’optimisation de la forme définitive, l’adaptation des procédés de fabrication, les certifications réglementaires, les tests de durabilité et l’évaluation précise des coûts de production.
La réflectricité se distingue ainsi des recherches traditionnelles portant principalement sur l’amélioration du rendement intrinsèque des cellules photovoltaïques. Son principe consiste à mieux exploiter la lumière disponible grâce à la géométrie du module. Les résultats annoncés ouvrent une piste de développement pour l’industrie solaire, mais leur traduction industrielle devra encore être confirmée par des fabrications en série et des évaluations en conditions d’exploitation prolongées.
