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Et si l’on végétalisait vraiment la place du Martroi à Orléans

Au cœur d’Orléans, la place du Martroi est à la fois un lieu de passage, de rendez-vous, de commerce et de patrimoine. Dominée par la statue équestre de Jeanne d’Arc, entourée de façades élégantes, de cafés et de restaurants, elle constitue l’un des espaces les plus emblématiques de la ville. Pourtant, dès que les températures grimpent, son vaste revêtement minéral transforme la place en surface d’accumulation de chaleur.

Sous un soleil estival, les pavés et les dalles absorbent une grande quantité d’énergie pendant la journée, puis la restituent progressivement dans l’air. Ce phénomène contribue à maintenir des températures élevées jusqu’en soirée. Les terrasses deviennent moins agréables, les déplacements plus éprouvants et les logements situés autour de la place peinent davantage à se rafraîchir durant la nuit.

Face à l’intensification des épisodes de chaleur, la question mérite donc d’être posée. Et si la place du Martroi devenait un véritable îlot de fraîcheur au centre d’Orléans ?

Une place très minérale au cœur d’un centre-ville exposé

La minéralisation des centres urbains n’est pas propre à Orléans. Pendant des décennies, les grandes places ont été conçues comme des espaces dégagés, faciles à circuler, à entretenir et à utiliser pour les rassemblements. Cette logique a souvent conduit à réduire la végétation au strict minimum.

Mais le changement climatique modifie les priorités. Une grande esplanade minérale peut devenir difficilement supportable pendant une canicule. L’absence d’ombre oblige les passants à longer les façades ou à chercher refuge sous les parasols des terrasses. Les matériaux accumulent la chaleur et contribuent à renforcer ce que l’on appelle l’îlot de chaleur urbain.

Autour de la place, cette situation peut aussi peser sur les commerces et les habitants. Les restaurants doivent protéger leurs clients du soleil, les vitrines chauffent, les systèmes de climatisation fonctionnent davantage et les appartements conservent plus longtemps la chaleur accumulée pendant la journée.

Végétaliser la place ne supprimerait pas les canicules, mais permettrait d’en atténuer localement les effets.

Installer de grands arbres pour créer une véritable canopée

La première réponse serait la plantation d’arbres de haute taille, capables de fournir une ombre importante à maturité. L’objectif ne serait pas de masquer la statue de Jeanne d’Arc ni les façades historiques, mais de structurer la place avec plusieurs zones ombragées.

Des alignements d’arbres pourraient être installés autour de la partie centrale, le long des cheminements et à proximité des terrasses. Les essences choisies devraient être adaptées aux étés plus chauds, aux périodes de sécheresse et aux contraintes du milieu urbain.

La plantation d’un arbre ne se résume toutefois pas à creuser une petite fosse dans le sol. Pour se développer durablement, ses racines ont besoin d’un volume de terre suffisant, d’un sol vivant et d’un accès à l’eau. Une végétalisation ambitieuse nécessiterait donc de repenser une partie du sous-sol de la place, en tenant compte des réseaux existants, des accès techniques et des contraintes patrimoniales.

Une canopée bien conçue pourrait progressivement ombrager les espaces de repos, certaines terrasses et une partie des façades aux heures les plus chaudes.

Remplacer une partie des surfaces minérales

La transformation pourrait également passer par une réduction du revêtement imperméable. Il ne s’agirait pas de recouvrir toute la place de pelouse, ce qui serait peu compatible avec les usages quotidiens et les grands événements, mais d’introduire davantage de sols perméables.

Des bandes plantées, des jardins légèrement creusés et des zones pavées avec des joints végétalisés pourraient prendre place entre les principaux axes de circulation. Ces aménagements laisseraient une partie de l’eau de pluie s’infiltrer sur place au lieu de rejoindre immédiatement les réseaux d’évacuation.

Les plantations pourraient associer arbustes, graminées, vivaces et espèces couvre-sol. Une végétation variée offrirait plusieurs avantages, avec une meilleure résistance aux fortes chaleurs, une présence végétale toute l’année et une amélioration de la biodiversité urbaine.

Ces massifs devraient rester suffisamment bas autour de la statue afin de préserver les perspectives et la lisibilité de la place.

Faire de l’eau de pluie une ressource

Une place végétalisée ne doit pas dépendre uniquement d’un arrosage intensif en eau potable. La récupération et la gestion des eaux de pluie devraient donc être intégrées dès la conception du projet.

L’eau tombant sur les toitures voisines ou sur les surfaces pavées pourrait être dirigée vers des fosses de plantation et des jardins de pluie. Des réserves enterrées pourraient également alimenter un système d’arrosage raisonné durant les périodes sèches.

Cette approche permettrait à la place de mieux absorber les pluies intenses tout en conservant davantage d’humidité dans les sols. Elle limiterait aussi le ruissellement et contribuerait au développement des arbres.

Des fontaines peu profondes ou des jeux d’eau temporaires pourraient compléter le dispositif. Leur rôle devrait cependant être étudié avec prudence, notamment en matière de consommation, de maintenance et de fonctionnement durant les restrictions d’eau.

Conserver une place vivante et accessible

Végétaliser la place du Martroi ne signifierait pas la transformer en parc fermé. Elle doit rester un espace central, accessible, animé et capable d’accueillir des manifestations.

La réussite d’un tel projet dépendrait donc de l’équilibre entre espaces plantés et surfaces disponibles. Les marchés, cérémonies, animations commerciales et rassemblements devraient continuer à pouvoir s’y tenir. Des zones dégagées pourraient être préservées autour de la statue, tandis que les espaces périphériques seraient davantage végétalisés.

Le mobilier pourrait également évoluer. Des bancs placés sous les arbres, des assises intégrées aux massifs et des points d’eau potable offriraient des lieux de repos aux personnes âgées, aux familles et aux visiteurs. Des pergolas végétalisées pourraient créer une ombre immédiate, en attendant que les jeunes arbres atteignent leur plein développement.

Les terrasses des restaurants bénéficieraient elles aussi d’un environnement plus agréable. Une place plus fraîche pourrait encourager les habitants à y rester davantage, plutôt qu’à simplement la traverser.

Un chantier nécessairement progressif

Une telle transformation ne pourrait probablement pas être menée en une seule fois. La place du Martroi accueille de nombreux usages et repose sur un environnement technique complexe. La végétalisation pourrait donc être organisée par étapes.

Une première phase pourrait consister à installer des structures végétalisées temporaires, des arbres en grands contenants et du mobilier ombragé. Ces dispositifs permettraient d’observer les usages, les zones les plus fréquentées et les besoins en circulation.

Dans un second temps, des plantations en pleine terre et des sols perméables pourraient être aménagés durablement. Cette méthode progressive permettrait de tester les solutions avant d’engager des travaux plus lourds.

La concertation avec les habitants, les commerçants, les restaurateurs, les associations et les spécialistes du patrimoine serait essentielle. Végétaliser une place aussi symbolique ne doit pas être seulement un projet paysager. Ce doit être un projet urbain partagé.

Préparer la place du Martroi aux étés de demain

La place du Martroi restera toujours un espace minéral en partie, en raison de son histoire, de son architecture et de ses usages. Mais elle pourrait devenir beaucoup plus végétale sans perdre son identité.

De grands arbres, des sols perméables, des massifs adaptés à la sécheresse, des cheminements ombragés et une meilleure utilisation de l’eau de pluie pourraient profondément améliorer le confort du lieu. La statue de Jeanne d’Arc resterait au centre de la composition, mais elle serait entourée d’un paysage plus vivant et plus accueillant.

L’enjeu dépasse l’embellissement. Il s’agit de préparer le centre-ville à des étés plus longs et plus chauds, de protéger les habitants, de soutenir les commerces et de rendre l’espace public plus agréable.

Végétaliser la place du Martroi serait une transformation ambitieuse. Mais face au réchauffement climatique, laisser cette vaste surface presque entièrement minérale pourrait finir par apparaître comme un choix bien plus difficile à défendre.

olivier Kauf

Consultant depuis plus de 30 ans, Je suis depuis une dizaine d'années journaliste, professionnel dans le domaine des risques et des assurances pour le e-mag RiskAssur-hebdo (https://www.riskassur-hebdo.com) et témoin de mon époque pour https://notre-siecle.com et https://perelafouine.com.sans oublier notre planète https://terre-futur.com

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