
Un investissement stratégique pour le transport de marchandises
Dans un contexte où les acteurs du transport et de la logistique cherchent à réduire leur empreinte environnementale, le développement des infrastructures ferroviaires constitue un enjeu majeur. Le transport combiné, qui associe plusieurs modes d’acheminement des marchandises, permet notamment de limiter les trajets routiers sur les longues distances.
C’est dans cette perspective que MODAL GROUP et Dunkerque-Port ont engagé la construction d’un nouveau terminal multimodal implanté le long du faisceau ferroviaire de Loon-Plage, au sein du bassin portuaire dunkerquois.
Le projet a été réalisé dans un calendrier particulièrement resserré. Après la pose de la première pierre en novembre 2025, les premiers trains ont commencé à circuler dès le 3 septembre 2026, soit plusieurs semaines avant l’inauguration officielle du terminal.
L’investissement de 25 millions d’euros vise à renforcer les capacités de traitement des marchandises et à proposer aux transporteurs, logisticiens et industriels une solution supplémentaire pour organiser leurs flux.
La plateforme est ouverte à l’ensemble des opérateurs, une caractéristique importante pour favoriser son utilisation par différents acteurs économiques et accompagner le développement du fret ferroviaire.
Une infrastructure conçue pour accueillir des flux diversifiés
Le terminal s’étend sur une superficie de 9,6 hectares et dispose de quatre voies ferroviaires de 750 mètres chacune. Cette configuration permet l’accueil de trains de marchandises de grande longueur, adaptés aux besoins du transport combiné.
Les installations comprennent également une capacité de stockage à quai de 800 équivalents vingt pieds (EVP), unité de référence utilisée dans le transport de conteneurs, ainsi que 150 emplacements de stationnement destinés aux semi-remorques.
L’une des particularités de cette plateforme réside dans la diversité des équipements qu’elle peut prendre en charge.
Le terminal accueille notamment des semi-remorques adaptées au transport rail-route, des caisses mobiles de 20 à 45 pieds et différents types de conteneurs. Les installations sont également prévues pour traiter des marchandises nécessitant des équipements spécifiques, notamment les produits frigorifiques, le vrac sec, les liquides alimentaires ou chimiques ainsi que certains gaz transportés dans des citernes cryogéniques ou à haute pression.
Cette polyvalence doit permettre de répondre aux besoins d’entreprises appartenant à plusieurs secteurs industriels et logistiques.
Au-delà des opérations de chargement et de déchargement, le site propose des prestations de maintenance pour les unités de transport intermodal, les wagons et les locomotives.
Des prises électriques destinées aux équipements frigorifiques et des points de recharge pour les poids lourds complètent les installations.
L’objectif est de réunir sur un même site plusieurs services nécessaires à l’exploitation des flux de marchandises, afin de faciliter les opérations et de limiter certaines contraintes logistiques.
Une première liaison ferroviaire entre Dunkerque et Lyon
Le développement du terminal s’accompagne de la mise en place de nouvelles dessertes ferroviaires.
Depuis le 3 septembre 2026, une liaison régulière relie Dunkerque à Lyon, avec trois allers-retours hebdomadaires.
Cette connexion constitue la première étape d’un corridor ferroviaire destiné à rapprocher le bassin portuaire dunkerquois des grandes zones industrielles et logistiques européennes.
Une extension vers Piacenza, en Italie, via Lyon, est programmée pour le premier semestre 2027.
Cette perspective présente un intérêt particulier pour les entreprises qui organisent leurs échanges entre le nord de l’Europe, la France et l’Italie. Elle doit permettre de développer des solutions de transport combiné sur des distances où le rail peut constituer une alternative au transport routier.
L’emplacement du terminal, au port Ouest de Dunkerque, offre également des possibilités de connexion avec les liaisons maritimes existantes vers le Royaume-Uni et l’Irlande.
Ces dessertes sont notamment assurées par des ferries et des navires rouliers, capables de transporter des véhicules et des unités de fret.
L’articulation entre les transports maritime, ferroviaire et routier représente ainsi l’un des principaux intérêts du projet. Elle doit faciliter l’organisation de chaînes logistiques utilisant successivement plusieurs modes de transport.
Un potentiel de 70 000 tonnes de CO₂ évitées chaque année
La dimension environnementale occupe une place centrale dans ce nouvel investissement.
À terme, les partenaires estiment que le terminal pourrait permettre de transférer jusqu’à 50 000 unités de transport intermodal par an de la route vers le rail.
Selon les projections présentées, ce report modal représenterait un potentiel d’environ 70 000 tonnes de CO₂ évitées chaque année.
Ces chiffres correspondent à des objectifs de long terme et non à des réductions d’émissions déjà constatées.
Leur réalisation dépendra notamment du développement effectif des dessertes ferroviaires, du remplissage des trains et de l’utilisation de la plateforme par les transporteurs et les industriels.
Le projet s’inscrit dans une démarche plus large de décarbonation des chaînes logistiques, alors que les entreprises cherchent à concilier leurs besoins de transport, leur compétitivité et la réduction de leurs émissions.
Pour Dunkerque-Port, cette nouvelle installation doit également accompagner l’évolution des flux liée au développement des activités industrielles, portuaires et logistiques du territoire.
Maurice Georges, président du directoire de Dunkerque-Port, considère cette infrastructure comme un levier important pour développer les solutions multimodales et contribuer à l’objectif de neutralité carbone à l’horizon 2050.
MODAL GROUP mobilise plusieurs de ses filiales
Le fonctionnement du terminal repose sur les différentes compétences réunies au sein de MODAL GROUP.
Le groupe intervient à plusieurs niveaux de la chaîne du transport combiné, depuis la conception des infrastructures jusqu’à l’exploitation ferroviaire.
ALTECH assure la conception des infrastructures, tandis que TERMINAUX MULTIMODAUX prend en charge l’exploitation du site.
MODALIS intervient dans la location d’équipements et CCFC dans leur fabrication. DELTA RAIL développe les services de transport combiné, alors que TRAIX, nouvelle entreprise ferroviaire de fret du groupe, assure la traction ferroviaire.
AIRFLOW complète cet ensemble avec une activité spécialisée dans la logistique des gaz, notamment du CO₂ capté.
Cette organisation permet à MODAL GROUP de disposer de compétences couvrant plusieurs étapes du transport ferroviaire de marchandises.
Fondé en 2002 par Bernard Meï, le groupe comptait en 2025 quelque 280 collaborateurs répartis dans neuf pays. Il disposait alors de sept plateformes, de quatre terminaux, de 2 000 wagons et de 7 400 unités de transport intermodal.
Pour Bernard Meï, président de MODAL GROUP, la rapidité de réalisation du projet constitue un élément marquant. Seulement 643 jours se sont écoulés entre la remise de l’offre initiale et le départ du premier train.
Le dirigeant voit dans cette réalisation une première étape vers la constitution d’un réseau ferroviaire connecté aux grands corridors européens.
Un nouvel outil pour la compétitivité du port de Dunkerque
Au-delà de ses caractéristiques techniques, ce terminal traduit la volonté de renforcer l’attractivité logistique du territoire dunkerquois.
La disponibilité de solutions ferroviaires constitue un facteur important pour les entreprises qui doivent organiser des transports réguliers de marchandises sur de longues distances.
En développant ses capacités intermodales, Dunkerque-Port entend diversifier les possibilités d’acheminement proposées à ses clients et mieux intégrer ses infrastructures aux réseaux de transport européens.
Le nouveau terminal doit également accompagner les besoins des industriels implantés dans le bassin portuaire, tout en offrant des perspectives aux transporteurs et aux logisticiens souhaitant développer leur recours au ferroviaire.
L’enjeu dépasse ainsi la seule mise en service d’une infrastructure supplémentaire. Il concerne l’organisation future des flux de marchandises, les choix de transport des entreprises et la capacité des différents modes à fonctionner de manière complémentaire.
La liaison avec Lyon, déjà opérationnelle, constitue un premier résultat concret. L’ouverture annoncée vers Piacenza en 2027 représentera une nouvelle étape dans la constitution du corridor européen envisagé par les partenaires.
Reste désormais à transformer les capacités disponibles en volumes de marchandises effectivement transportés par le rail.
C’est à cette condition que le terminal pourra atteindre les ambitions affichées en matière de report modal et de réduction des émissions de CO₂, tout en contribuant au développement économique du port de Dunkerque.
