
Une victoire africaine porteuse d’espoir
Pour les défenseurs de la justice climatique, cette désignation est bien plus qu’une reconnaissance symbolique. L’organisation environnementale 350.org, très active sur le continent, a salué l’annonce, y voyant une occasion historique de placer les priorités africaines au cœur des négociations internationales.
Rukiya Khamis, coordinatrice Afrique au sein de 350.org, a déclaré :
« Nous nous réjouissons de l’annonce de la COP32 en Éthiopie et espérons que cela permettra de mettre en lumière les solutions et le leadership africains. Le monde ne peut plus se permettre de traiter la diplomatie climatique comme une simple monnaie d’échange politique. »
Elle appelle aussi les parties à résoudre rapidement le blocage de la COP31, afin d’éviter que les querelles de préséance ne viennent compromettre la dynamique d’action à un moment critique pour le climat.
Une COP31 encore dans l’impasse
Car, pendant que l’Afrique célèbre cette désignation, l’incertitude plane toujours sur la COP31. L’Australie et la Turquie s’affrontent pour l’organisation de l’événement prévu en 2026.
L’Australie souhaite co-organiser la COP avec les nations du Pacifique, un projet soutenu par ces dernières, qui y voient une forme de reconnaissance de leur vulnérabilité face à la montée des eaux.
Mais la candidature persistante de la Turquie empêche tout consensus. Si aucun des deux pays ne se retire, le traité international qui encadre la rotation des COP prévoit que l’Allemagne hérite de l’organisation par défaut, une solution jugée peu souhaitable, car elle affaiblirait la cohérence géopolitique et symbolique du processus.
Pour les militants climatiques, cette situation illustre un risque de dérive préoccupant : les COP deviennent parfois des enjeux de prestige national, au détriment de leur objectif premier – la lutte collective contre le réchauffement.
L’Afrique en première ligne face à l’urgence climatique
L’accueil de la COP32 en Éthiopie représente une opportunité majeure pour le continent. L’Afrique, bien que responsable de moins de 4 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre, est l’une des régions les plus touchées par les dérèglements climatiques : sécheresses récurrentes dans la Corne de l’Afrique, inondations meurtrières au Sahel, déforestation accélérée, tensions sur les ressources hydriques…
L’organisation d’une COP sur le sol éthiopien pourrait permettre de mieux articuler les réponses locales et les engagements internationaux, en donnant davantage de visibilité aux initiatives africaines en matière d’adaptation et de transition énergétique. Addis-Abeba, siège de l’Union africaine, offre également un cadre institutionnel idéal pour renforcer la cohérence des positions africaines face aux grandes puissances économiques.
Les attentes de la société civile africaine
Les acteurs du climat sur le continent espèrent que cette COP africaine ne sera pas une vitrine politique, mais un levier d’action concret.
Rukiya Khamis insiste :
« L’Afrique doit être écoutée, pas seulement invitée à la table. Nos pays sont déjà à l’avant-poste du changement climatique. Les communautés locales, les femmes et les jeunes portent des solutions qui méritent un soutien financier et technique à la hauteur. »
L’Afrique plaide notamment pour un accès simplifié aux financements climatiques, souvent bloqués par des procédures trop lourdes. Les États africains souhaitent également que les discussions sur la mise en œuvre du Fonds « pertes et dommages » débouchent sur des engagements tangibles, et non sur de simples promesses.
Le Pacifique appelle à la cohérence et à la solidarité
Pendant ce temps, les nations du Pacifique suivent de près les négociations sur la COP31. Leur priorité : que les pays historiquement responsables des émissions – au premier rang desquels l’Australie – assument leurs responsabilités.
Fenton Lutunatabua, directeur adjoint de 350.org pour les régions, rappelle que les îles du Pacifique sont les sentinelles du réchauffement global :
« Nos océans se réchauffent à un rythme alarmant, et le niveau de la mer monte deux fois plus vite dans le Pacifique que la moyenne mondiale. Nous avons contribué à maintenir l’objectif des 1,5 °C en vie et à obtenir la création du Fonds pour les pertes et dommages. Nous ne pouvons pas laisser la diplomatie climatique devenir un jeu politique. »
Les États insulaires demandent que la future COP31 – quelle qu’en soit l’issue – consacre un chapitre central aux océans, désormais identifiés comme la “deuxième frontière climatique” après les forêts.
COP32 : un enjeu de crédibilité mondiale
Pour l’Éthiopie, accueillir la COP32 sera à la fois une fierté et une responsabilité majeure. Le pays devra démontrer qu’il est capable de concilier développement économique, stabilité politique et exemplarité écologique.
Dans une région confrontée à des défis multiples – sécheresses, insécurité alimentaire, tensions ethniques – l’organisation d’un tel sommet pourrait renforcer le rôle d’Addis-Abeba comme capitale diplomatique et environnementale du continent.
Mais au-delà des symboles, c’est toute la communauté internationale qui sera observée : la crédibilité du processus onusien des COP dépendra de sa capacité à dépasser les rivalités nationales pour se concentrer sur l’essentiel – l’action concrète, rapide et équitable pour le climat.
L’Afrique, catalyseur du renouveau climatique mondial
L’attribution de la COP32 à l’Éthiopie marque une étape clé dans la réappropriation du débat climatique par le Sud global. Si la COP30 de Belém a replacé la forêt amazonienne au centre des discussions, la COP32 pourrait bien être celle des sols arides, des énergies vertes africaines et de la justice climatique planétaire.
En 2027, Addis-Abeba deviendra le théâtre d’un test politique et moral : l’Afrique saura-t-elle convertir cette reconnaissance internationale en un leadership durable ?
Et surtout, les pays du Nord sauront-ils écouter ce continent qui, sans avoir détruit la planète, en subit déjà les plaies les plus profondes ?
Ce sera là le véritable enjeu de la COP32 : faire de la solidarité climatique une réalité, et non plus un simple discours.
