
L’adaptation au changement climatique n’est donc plus seulement envisagée comme une problématique environnementale ou technique. Elle touche progressivement aux conditions dans lesquelles les Français pourront continuer à vivre, travailler et se loger dans certaines parties du territoire.
L’étude montre ainsi que 68 % des personnes interrogées craignent que certaines villes ou régions françaises puissent devenir inhabitables sous l’effet du changement climatique.
Cette inquiétude pose directement la question de l’évolution des conditions de vie dans les territoires les plus exposés aux fortes chaleurs et, plus largement, aux conséquences du dérèglement climatique.
« L’un des enseignements de cette étude est que l’adaptation n’est plus seulement appréhendée comme une question technique ou lointaine. Elle touche désormais à une interrogation très concrète : dans quelles conditions pourra-t-on continuer à habiter, travailler et vivre dans les différents territoires français ? », souligne Quentin Ghesquière, cofondateur et délégué général d’Adapt.
La crainte d’un sujet limité à la période estivale
L’étude met parallèlement en évidence une inquiétude concernant la continuité de l’action publique.
Alors que les épisodes de fortes chaleurs de l’été s’éloignent progressivement, 79 % des Français interrogés craignent que l’adaptation aux canicules passe au second plan des préoccupations politiques une fois la saison estivale terminée.
Le résultat traduit un décalage entre l’importance accordée au sujet et la crainte de voir celui-ci traité essentiellement au moment des épisodes climatiques les plus visibles.
Cette préoccupation se retrouve dans les attentes exprimées à plus long terme. Dans la perspective de l’élection présidentielle de 2027, 80 % des personnes interrogées considèrent que l’adaptation de la France aux conséquences du changement climatique devra constituer une priorité du prochain président de la République.
Parmi elles, 21 % estiment qu’il devra s’agir d’une priorité « absolument majeure », tandis que 59 % considèrent qu’elle devra être une priorité importante au même titre que les autres grands enjeux auxquels le pays est confronté.
Ces résultats illustrent la place prise par l’adaptation dans les préoccupations des Français, au-delà de la seule gestion ponctuelle des épisodes de canicule.
Des dépenses publiques jugées nécessaires
La question du financement constitue un autre enseignement important de l’enquête.
Malgré un contexte budgétaire contraint, 74 % des répondants considèrent que l’adaptation au changement climatique justifie d’importantes dépenses de la part des pouvoirs publics.
L’adaptation implique en effet des transformations qui peuvent concerner de nombreux domaines : logements, bâtiments publics, établissements de santé, gestion de l’eau, aménagement des territoires ou encore protection des populations les plus vulnérables.
Les résultats présentés par Adapt montrent que les personnes interrogées ne limitent pas les réponses attendues aux seuls comportements individuels. Elles expriment également des attentes concernant des politiques collectives, des normes et des investissements permettant de réduire durablement la vulnérabilité des populations et des territoires.
« Il existe un décalage entre la place que les Français accordent désormais à l’adaptation et leur crainte qu’elle ne demeure qu’un sujet saisonnier. Documenter cette attente dans la durée est précisément l’un des rôles qu’Adapt entend jouer dans le débat public », explique Marie-Hélène Lafage, présidente d’Adapt.
Le logement au premier plan des préoccupations
Parmi les différents domaines concernés, le logement apparaît comme l’un des premiers terrains concrets de l’adaptation aux fortes chaleurs.
Les personnes vivant dans des logements inadaptés constituent la deuxième catégorie de population identifiée comme particulièrement exposée à la chaleur.
Elles sont citées par 46 % des répondants, derrière les personnes âgées, mentionnées par 61 % des personnes interrogées. Les personnes sans-abri constituent la troisième catégorie identifiée.
Ces résultats rappellent que l’exposition aux fortes chaleurs ne dépend pas uniquement de l’âge ou de l’état de santé. Les caractéristiques du logement et les conditions d’habitat peuvent également jouer un rôle important dans la capacité à supporter des températures élevées pendant plusieurs jours.
Pour les personnes interrogées, l’amélioration de la protection des logements contre la chaleur devrait donc passer par des mesures structurelles.
Interrogés sur les dispositifs à privilégier, les Français placent en tête l’obligation progressive d’équiper les logements afin de mieux les protéger contre les fortes chaleurs.
Le choix de cette mesure montre qu’une partie importante des répondants estime nécessaire de faire évoluer progressivement les bâtiments et les normes qui leur sont applicables.
Les réponses citées concernent également l’accompagnement financier ainsi que les transformations à apporter aux bâtiments.
L’adaptation du parc immobilier pourrait ainsi devenir un enjeu croissant des politiques de prévention. La question ne consiste plus seulement à réagir pendant une canicule, mais à préparer durablement les logements à des périodes de chaleur plus fréquentes ou plus difficiles à supporter.
Une évolution des politiques de prévention
Pour les acteurs de l’assurance, de la protection sociale et de la prévention, cette évolution de la perception de l’adaptation pose également la question de l’anticipation des risques.
Les fortes chaleurs peuvent avoir des conséquences sur les personnes vulnérables, mais aussi sur les logements, les conditions de travail, l’organisation des établissements de santé ou les besoins d’accompagnement.
Les résultats de l’étude traduisent surtout une attente d’actions inscrites dans le temps long.
Le changement climatique conduit progressivement à dépasser la logique de gestion des seuls événements exceptionnels. Il s’agit désormais d’intégrer davantage les conséquences de la chaleur et des autres évolutions climatiques dans l’aménagement des villes, la construction et la rénovation des bâtiments ou encore l’organisation des services publics.
Cette transformation pose également la question de la capacité des territoires à rester habitables dans la durée.
De l’urgence climatique à l’organisation de l’adaptation
L’étude publiée par Adapt montre finalement que l’expérience des épisodes de fortes chaleurs contribue à modifier la perception du changement climatique.
L’adaptation apparaît de moins en moins comme une problématique abstraite. Elle concerne désormais directement le logement, l’eau, les conditions de vie, la santé et la protection des personnes les plus fragiles.
La proportion de Français craignant que certaines villes ou régions deviennent inhabitables illustre cette évolution.
Dans le même temps, la crainte de voir l’adaptation disparaître des priorités une fois l’été terminé montre les attentes concernant la continuité des politiques publiques.
Le sujet pourrait ainsi progressivement évoluer d’une logique de gestion de crise à une logique d’anticipation permanente.
La question n’est plus uniquement de savoir comment faire face à une nouvelle canicule lorsqu’elle survient, mais comment adapter durablement les logements, les infrastructures, les services publics et les territoires à des conditions climatiques qui évoluent.
Méthodologie
L’enquête a été réalisée en ligne par Verian du 8 au 10 septembre 2026 auprès d’un échantillon de 1 005 personnes âgées de 18 ans et plus, représentatif de la population française.
La représentativité de l’échantillon a été assurée selon la méthode des quotas, notamment selon le sexe croisé par l’âge et la catégorie socioprofessionnelle, complétée par une stratification selon la région administrative et la catégorie d’agglomération.
