Au-delà d’un simple changement d’adresse, le lancement de cartes.gouv.fr traduit une ambition plus large. Il s’agit de moderniser l’accès aux données territoriales, de renforcer la souveraineté numérique française et de donner au public des outils permettant non seulement de consulter des cartes, mais aussi de les comparer, de les personnaliser, de les partager et de les intégrer à des projets concrets.
Une plateforme appelée à remplacer le Géoportail
Cartes.gouv.fr rassemble progressivement les services auparavant répartis entre plusieurs plateformes, notamment geoportail.gouv.fr, geoservices.ign.fr, macarte.ign.fr et espacecollaboratif.ign.fr. Le Géoportail, lancé il y a vingt ans, doit fermer en septembre 2026.
La nouvelle plateforme reprend la majorité des données et des fonctionnalités existantes tout en proposant une interface renouvelée, adaptée aux ordinateurs, aux tablettes et aux smartphones. L’accessibilité pour les personnes en situation de handicap a également été renforcée.
Lancé dès décembre 2025 auprès des professionnels, cartes.gouv.fr enregistrerait déjà environ 200 000 visites mensuelles. Le site traite par ailleurs plus de 300 millions de requêtes par jour sur ses serveurs, signe de l’importance prise par les données géographiques dans les services numériques publics et privés.
Plus de 1 100 cartes et jeux de données disponibles
Le catalogue de cartes.gouv.fr comprend 1 141 cartes et jeux de données accessibles, représentant plus de 600 téraoctets de données produites par l’IGN et ses partenaires. Ces ressources couvrent des domaines très variés, parmi lesquels l’urbanisme, l’agriculture, la forêt, l’environnement, les transports, les risques naturels, les revenus, le logement, l’énergie ou encore le patrimoine.
La plateforme donne notamment accès au Plan IGN, conçu pour une lecture fluide sur écran. Contrairement aux anciennes cartes numérisées, ce fond vectoriel évolue dynamiquement en fonction du niveau de zoom. Il peut servir à la recherche d’adresses, à la localisation d’équipements ou à la visualisation des réseaux de transport.
Les utilisateurs peuvent également consulter des photographies aériennes à haute résolution. La couverture nationale proposée par l’IGN atteint généralement une résolution de 20 centimètres. Des photographies prises entre 2000 et 2024 sont disponibles, auxquelles s’ajoutent des images historiques des années 1950 à 1965.
Ces ressources permettent de suivre l’évolution des paysages, de l’urbanisation, des surfaces agricoles ou de l’occupation des sols. Elles peuvent aussi servir à retracer l’histoire d’une parcelle, à repérer d’anciens remblais ou à comparer un territoire avant et après la réalisation d’un aménagement.
Des données utiles pour comprendre les territoires
Cartes.gouv.fr intègre des données issues de nombreux organismes publics, dont l’Insee, la Direction générale des finances publiques, la Direction générale de l’aviation civile, l’Office français de la biodiversité ou encore l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement.
Les données de l’Insee permettent, par exemple, de représenter la répartition des revenus, des classes d’âge, des logements sociaux ou des périodes de construction des habitations. Ces informations facilitent l’analyse des inégalités territoriales et des dynamiques démographiques.
La plateforme permet aussi de visualiser les parcelles cadastrales. Cette représentation ne remplace pas le plan cadastral original, qui conserve seul une valeur juridique, mais elle constitue un outil utile pour les professionnels de l’immobilier, les urbanistes, les collectivités et les particuliers préparant une vente ou un projet de construction.
Les découpages administratifs figurent également dans le catalogue. Les limites des communes, des départements, des régions et du territoire national peuvent ainsi être consultées et intégrées à des systèmes d’information géographique.
Une cartographie précise du relief français
Parmi les données les plus innovantes figurent celles issues du programme LiDAR HD. Ce dispositif repose sur des balayages laser aéroportés capables de décrire le relief avec une précision pouvant atteindre l’échelle centimétrique.
Deux principales représentations sont proposées. Le modèle numérique de terrain montre le sol sans la végétation ni les constructions. Le modèle numérique de surface intègre au contraire les bâtiments et la canopée.
Ces données présentent de nombreux usages dans les domaines de l’hydrologie, de la gestion forestière, de l’archéologie, de l’aménagement et de la prévention des risques naturels. Elles permettent notamment d’étudier avec précision les pentes, les écoulements d’eau ou la topographie d’une zone exposée aux inondations.
Forêts, incendies et changement climatique
Cartes.gouv.fr accorde une place importante aux enjeux environnementaux. La base BD Forêt permet de visualiser les formations végétales et les milieux semi-naturels. Les massifs sont classés en fonction des essences et des structures forestières.
Cette cartographie peut être utilisée pour suivre l’état des forêts, accompagner la filière bois ou préparer des politiques de préservation face au changement climatique.
Une autre couche représente les zones soumises aux obligations légales de débroussaillement. Ces obligations imposent, dans certains secteurs exposés aux incendies, de réduire la végétation autour des habitations et des infrastructures.
L’outil permet ainsi aux propriétaires, aux élus et aux services publics d’identifier les zones concernées et d’anticiper les mesures de prévention avant la période estivale. Cette information peut également contribuer à la sensibilisation des habitants et à la protection des biens assurés dans les territoires exposés aux feux de forêt.
Des cartes pour les déplacements, les loisirs et les drones
La plateforme ne se limite pas aux usages administratifs ou scientifiques. Elle met aussi à disposition des cartes adaptées aux activités de plein air.
La carte topographique au 1:25 000 fait apparaître les sentiers de grande randonnée, les courbes de niveau, les refuges, les zones forestières et différents points d’intérêt. Elle peut être utilisée par les randonneurs, les cyclistes, les professionnels du tourisme et les organisateurs d’activités sportives.
Une carte produite par la Direction générale de l’aviation civile recense par ailleurs les zones dans lesquelles l’utilisation des drones et des aéromodèles est interdite ou soumise à restriction. Cette carte ne couvre toutefois pas les limitations temporaires et ne dispense pas les utilisateurs de vérifier la réglementation applicable.
Cartes.gouv.fr propose également un calculateur d’itinéraires pour les déplacements à pied ou en voiture. Il indique le temps estimé, le chemin recommandé et les principales étapes du parcours.
Panoramax, une alternative publique aux vues immersives
L’une des principales nouveautés réside dans l’intégration de Panoramax, un service de photographies prises depuis la voie publique. Développé par l’IGN avec OpenStreetMap France, ce projet se présente comme une alternative libre et décentralisée aux services de vues immersives proposés par les grandes entreprises technologiques.
Panoramax rassemble déjà près de 110 millions de photographies, correspondant à environ un million de kilomètres parcourus par plus de 2 000 contributeurs dans le monde. La couverture demeure cependant incomplète et doit continuer à être enrichie.
Tout utilisateur peut contribuer en photographiant des lieux visibles depuis la voie publique, puis en transmettant les images à la plateforme. Les voies disposant de prises de vues sont signalées sur la carte. Il est ensuite possible de naviguer entre les images comme dans un service de visite virtuelle.
Cet outil peut servir à préparer un déplacement, à observer l’environnement d’une adresse, à vérifier la signalisation ou à documenter l’évolution d’un quartier. Il peut également faciliter le travail des collectivités dans les domaines de la voirie, de l’aménagement et de l’entretien du patrimoine.
Des outils d’analyse accessibles au grand public
Cartes.gouv.fr propose plusieurs fonctionnalités qui étaient autrefois principalement réservées aux spécialistes de la géomatique.
L’utilisateur peut mesurer une distance, une surface ou un angle directement sur la carte. Les calculs prennent en compte la courbure terrestre et l’orientation par rapport au nord géographique.
Il est également possible de tracer un itinéraire et de produire son profil altimétrique. Le graphique obtenu indique les dénivelés, les pentes minimales et maximales ainsi que les variations d’altitude. Cette fonction peut intéresser les randonneurs et les cyclistes, mais aussi les ingénieurs préparant un projet d’aménagement.
Un autre outil permet de visualiser les zones accessibles depuis un point donné en fonction d’un temps de trajet ou d’une distance. Ces cartes dites isochrones ou isodistances peuvent être utilisées pour évaluer l’accès aux écoles, aux services de santé, aux commerces ou aux équipements publics.
Elles présentent également un intérêt pour les services de secours, la logistique ou l’analyse de l’implantation d’un établissement.
Superposer les données pour mieux analyser les risques
La possibilité de superposer plusieurs couches constitue l’un des principaux atouts de la plateforme. Un utilisateur peut, par exemple, afficher simultanément une photographie aérienne, les limites cadastrales, une zone inondable et les documents d’urbanisme.
Cette approche permet de mieux comprendre les interactions entre les caractéristiques physiques d’un territoire, son occupation et les décisions publiques.
Dans le domaine de l’énergie, il est possible de localiser les mâts éoliens et les installations photovoltaïques, puis de les comparer aux limites administratives, au potentiel éolien, à la densité de population ou au niveau de vie des habitants.
Pour l’agriculture, le Registre parcellaire graphique peut être croisé avec les cartes des sols, des haies, des bocages ou des projections climatiques. Dans le domaine forestier, les différentes couches peuvent aider à analyser les essences, les usages et les transformations des massifs.
Ces fonctionnalités peuvent aussi intéresser les assureurs, les bureaux d’études et les gestionnaires de risques, notamment pour mieux documenter l’exposition d’un bien ou d’une activité aux incendies, aux inondations, aux mouvements de terrain ou à d’autres aléas naturels.
Une personnalisation appelée à se développer
L’utilisateur peut sélectionner les outils qu’il souhaite afficher, enregistrer certaines vues et adapter l’apparence du Plan IGN. Il est possible de masquer les noms de lieux, de n’afficher que les toponymes, de choisir des couleurs atténuées ou renforcées, ou encore d’utiliser un fond en niveaux de gris.
Les cartes peuvent être exportées aux formats PDF, JPEG ou PNG, en orientation portrait ou paysage. Elles peuvent également être partagées par un lien ou intégrées à un site Internet au moyen d’un code spécifique.
De nouvelles fonctionnalités doivent être ajoutées progressivement. L’outil d’annotation sera modernisé, tandis que le service Ma Carte, actuellement proposé séparément, doit être intégré à cartes.gouv.fr. Les internautes pourront alors créer leurs propres représentations sans disposer de compétences techniques particulières en cartographie.
Une fonction permettant de sélectionner et de retrouver rapidement ses cartes favorites est également annoncée.
Une attente forte en matière de souveraineté numérique
Le lancement de cartes.gouv.fr intervient dans un contexte de forte dépendance aux services cartographiques privés, notamment Google Maps et Waze.
Selon une enquête Ipsos BVA réalisée pour l’IGN auprès de 1 000 personnes en mai 2026, 55 % des Français utilisent un outil de cartographie au moins une fois par semaine. Cette proportion atteint environ trois quarts chez les plus jeunes.
L’étude indique que 87 % des personnes interrogées jugent indispensable ou important que l’État développe, possède et gère des outils publics de cartographie indépendants des grandes entreprises américaines ou chinoises.
Plus de huit Français sur dix se déclarent prêts à modifier leurs habitudes au profit d’un service français et souverain. Parmi eux, 37 % mettent en avant l’indépendance vis-à-vis des grandes plateformes étrangères, 34 % la protection des données personnelles et 18 % la qualité du service.
La protection des informations de déplacement constitue en effet une préoccupation croissante. Selon le sondage, 69 % des personnes interrogées savent que les applications de cartographie peuvent conserver des données sur leurs trajets et leurs habitudes de navigation. Plus de la moitié déclarent que cette pratique les dérange.
Huit répondants sur dix préfèrent par ailleurs une carte gratuite financée par le service public plutôt qu’un service reposant sur la publicité ou l’exploitation des données personnelles.
Un outil public appelé à évoluer en continu
Cartes.gouv.fr s’inscrit dans une histoire cartographique française commencée avec la carte de Cassini il y a plus de trois siècles. La plateforme conserve d’ailleurs plusieurs fonds historiques, dont les cartes de Cassini, de l’état-major et des années 1950.
Mais son objectif est surtout de répondre aux usages contemporains. La connaissance du territoire ne se limite plus à la consultation d’un fond de carte. Elle repose désormais sur la combinaison de données environnementales, économiques, sociales, cadastrales et historiques.
En réunissant ces informations sur un même site, l’IGN entend mettre la cartographie au service de la décision publique, de la recherche, de l’économie et de la vie quotidienne.
La réussite du projet dépendra toutefois de la capacité du site à rester simple d’utilisation, à maintenir ses données à jour et à compléter progressivement la couverture de certains services, notamment Panoramax. Elle reposera aussi sur l’appropriation de la plateforme par les citoyens, les collectivités et les professionnels.
Cartes.gouv.fr ne cherche donc pas seulement à remplacer le Géoportail. Il ambitionne de devenir une infrastructure publique de référence pour observer, comprendre et documenter les transformations du territoire français.
