Bordeaux transforme sa Base sous-marine en centrale solaire
La Base sous-marine de Bordeaux s’apprête à connaître une nouvelle transformation. Ce bâtiment historique, construit durant la Seconde Guerre mondiale, accueillera sur sa toiture une importante installation photovoltaïque destinée à produire de l’électricité renouvelable et à la partager avec les acteurs économiques du quartier de Bacalan. Porté par Nexhos Énergies et Rayon Commun, le projet prévoit l’installation de 6 500 panneaux solaires sur environ 13 000 m², avec une mise en service envisagée début 2028.
Cette initiative, présentée comme l’une des plus importantes centrales solaires urbaines de France, repose sur une particularité : l’électricité produite ne sera pas uniquement injectée dans le réseau. Elle sera également attribuée à des entreprises, commerces, associations et institutions situés à proximité, dans le cadre d’une opération d’autoconsommation collective.
L’objectif est de rapprocher la production d’énergie de ses utilisateurs tout en offrant aux participants une meilleure visibilité sur leurs dépenses d’électricité.
Un patrimoine historique mobilisé pour produire de l’énergie
La Base sous-marine de Bordeaux constitue l’un des bâtiments les plus singuliers du patrimoine industriel et militaire de la métropole girondine. Sa construction massive, héritée de la Seconde Guerre mondiale, représente aujourd’hui une opportunité pour le développement des énergies renouvelables en milieu urbain.
La surface disponible sur sa toiture permet d’envisager une installation photovoltaïque de grande dimension sans nécessiter la création d’un nouveau site de production sur des terrains naturels ou agricoles.
Le projet présente néanmoins des contraintes techniques particulières. La toiture pare-bombes, caractéristique de cette infrastructure militaire, impose une conception adaptée à l’architecture du bâtiment.
Nexhos Énergies, spécialiste du développement, de l’installation et de l’exploitation de centrales photovoltaïques, prendra en charge cette dimension technique et architecturale.
Selon les estimations présentées par les porteurs du projet, les 6 500 panneaux solaires permettront de produire l’équivalent de la consommation électrique de 770 foyers. L’installation devrait également contribuer à éviter l’émission de 806 tonnes de CO₂ par an.
Ces chiffres constituent, à ce stade, des projections liées aux caractéristiques annoncées de la future centrale.
Au-delà de la production énergétique, cette opération illustre une évolution dans l’utilisation du patrimoine bâti. Les grandes infrastructures urbaines, parfois difficiles à reconvertir, peuvent devenir des supports de production d’électricité renouvelable tout en conservant leur vocation et leur identité architecturale.
Une électricité produite à Bordeaux et partagée dans le quartier de Bacalan
Le fonctionnement économique et énergétique de cette installation repose sur le principe de l’autoconsommation collective.
Contrairement à une installation photovoltaïque destinée à alimenter uniquement le bâtiment sur lequel elle est implantée, ce dispositif permet à plusieurs consommateurs de bénéficier de l’électricité produite localement.
Dans le cas de la Base sous-marine, les bénéficiaires seront situés dans un rayon de deux kilomètres autour du site.
Les entreprises, commerces, associations et institutions participant à l’opération pourront ainsi accéder à une partie de l’électricité solaire produite, sans installer elles-mêmes de panneaux photovoltaïques.
Le dispositif ne nécessitera ni changement de compteur ni changement de fournisseur d’électricité.
L’électricité sera injectée dans le réseau public, puis répartie entre les participants selon une clé d’attribution définie dans le cadre de l’opération. Enedis assurera la coordination technique permettant de prendre en compte les volumes attribués dans la facturation des consommateurs.
Rayon Commun, entreprise spécialisée dans l’autoconsommation collective, sera chargée de structurer le dispositif, d’organiser les relations entre les participants et de coordonner sa gestion opérationnelle.
Cette organisation permet notamment aux acteurs économiques ne disposant pas de toiture adaptée, ou n’ayant pas les moyens d’investir directement dans une installation solaire, de participer à une production locale d’énergie renouvelable.
Des économies annoncées pouvant atteindre 15 % sur la consommation diurne
L’intérêt de cette opération ne se limite pas à ses bénéfices environnementaux.
Pour les professionnels, l’électricité représente un poste de dépenses dont les variations peuvent peser sur les coûts d’exploitation. Les activités utilisant des équipements électriques en permanence, notamment les installations frigorifiques, sont particulièrement concernées.
Selon Rayon Commun, l’intégration d’une opération d’autoconsommation collective permettrait de réaliser une économie moyenne de 15 % sur la facture d’électricité correspondant à la consommation en journée.
Il convient toutefois de distinguer cette estimation d’une réduction de 15 % de la facture électrique annuelle totale. Les économies effectives dépendront notamment des volumes d’électricité solaire attribués, des horaires de consommation et des conditions contractuelles.
L’autre intérêt avancé par les porteurs du projet concerne la stabilité tarifaire.
Le coût de l’électricité solaire partagée sera encadré contractuellement sur plusieurs années, offrant aux participants une visibilité accrue sur une partie de leurs dépenses énergétiques.
Cette approche prend une importance particulière dans un environnement marqué par les fluctuations des prix de gros de l’électricité.
Les données EPEX SPOT reprises dans la présentation du projet indiquent qu’entre juin et septembre 2026, le prix spot moyen de l’électricité en France s’est établi autour de 107 euros par MWh, contre environ 47 euros par MWh durant la même période de 2025.
Cette progression souligne l’intérêt que peut représenter, pour certaines entreprises, un approvisionnement dont les modalités tarifaires sont connues à l’avance.
Le dispositif ne supprime toutefois pas l’exposition aux fluctuations du marché pour l’ensemble de la consommation électrique. L’approvisionnement traditionnel demeure nécessaire pour couvrir les besoins non satisfaits par la production solaire partagée.
La Banque Alimentaire et les Bassins des Lumières parmi les participants
Une quinzaine d’organisations locales doivent participer à cette opération d’autoconsommation collective.
Parmi elles figurent notamment la Banque Alimentaire et les Bassins des Lumières, deux structures aux activités très différentes mais implantées sur le territoire concerné.
Pour la Banque Alimentaire, la question énergétique revêt une importance particulière en raison du fonctionnement continu des installations de conservation des denrées.
Les chambres froides constituent en effet des équipements indispensables à son activité quotidienne de collecte et de redistribution alimentaire.
Thierry Cagnon, secrétaire général de la Banque Alimentaire, souligne la cohérence entre le fonctionnement de l’association et la logique de production locale d’électricité. L’accès à une énergie renouvelable produite à proximité des entrepôts s’inscrit, selon lui, dans une démarche de circuit court et d’ancrage territorial.
La perspective d’un coût énergétique plus prévisible constitue également un enjeu pour la continuité de ses missions.
La participation des Bassins des Lumières témoigne, de son côté, de la diversité des organisations susceptibles de bénéficier de cette production mutualisée.
Le projet ne se limite donc pas aux entreprises industrielles ou commerciales. Il associe également des structures culturelles et associatives, dont les besoins énergétiques et les modèles économiques peuvent être sensiblement différents.
Un calendrier de réalisation étalé jusqu’en 2028
La concrétisation de cette centrale solaire s’inscrit dans un calendrier progressif.
Les acteurs économiques du quartier de Bacalan intéressés par le dispositif peuvent réserver leurs volumes d’électricité jusqu’à la fin de l’année 2026.
Les travaux d’installation sont programmés en 2027. Ils devront notamment tenir compte des caractéristiques architecturales du bâtiment et des contraintes liées à l’implantation des panneaux sur sa toiture.
Le conventionnement avec Enedis constituera également une étape nécessaire au fonctionnement de l’autoconsommation collective.
La distribution des premiers volumes d’électricité solaire aux participants est prévue début 2028.
Ce calendrier reste celui annoncé par les porteurs du projet et suppose la réalisation des différentes étapes techniques et administratives.
L’initiative s’inscrit par ailleurs dans une orientation plus large de développement de l’énergie photovoltaïque sur les infrastructures publiques de la métropole bordelaise.
Un modèle de production locale qui pourrait inspirer d’autres territoires
La centrale solaire de la Base sous-marine présente un intérêt qui dépasse le seul quartier de Bacalan.
Elle associe plusieurs dimensions de la transition énergétique : valorisation de surfaces urbaines existantes, production photovoltaïque, consommation de proximité et mutualisation de l’accès à l’électricité renouvelable.
Cette combinaison répond à une difficulté rencontrée par de nombreux acteurs économiques. Tous ne disposent pas de bâtiments adaptés à l’installation de panneaux solaires et tous ne peuvent pas financer une centrale photovoltaïque pour leur propre usage.
L’autoconsommation collective permet de dissocier le lieu de production de celui de consommation, tout en maintenant une proximité géographique entre les deux.
Pour les collectivités et les propriétaires de grands bâtiments, cette approche ouvre des perspectives de valorisation de surfaces disponibles, notamment les toitures d’équipements publics ou de bâtiments industriels.
Pour les entreprises participantes, elle représente une possibilité de diversifier leur approvisionnement et de mieux anticiper une partie de leurs dépenses d’électricité.
Le rôle des opérateurs spécialisés reste néanmoins déterminant. La mise en place d’une telle opération suppose de définir les modalités de répartition de l’énergie, d’organiser les relations contractuelles et d’assurer la coordination avec le gestionnaire du réseau public.
Rayon Commun, qui indique gérer plus de 40 opérations en France et en Belgique, entend précisément développer ce modèle de partage local.
De son côté, Nexhos Énergies apporte son expérience dans la conception, l’installation, l’exploitation et la maintenance de centrales photovoltaïques.
La complémentarité des deux entreprises doit permettre d’associer les compétences nécessaires à la production d’électricité et celles indispensables à son partage entre plusieurs consommateurs.
À Bordeaux, le projet revêt également une dimension symbolique. Un ouvrage construit à l’origine pour répondre à des impératifs militaires pourrait ainsi participer, plusieurs décennies plus tard, à la production d’une énergie renouvelable destinée aux activités du quartier.
Sa réussite devra être appréciée au regard de la production effectivement obtenue, des économies réalisées par les participants et de la capacité du dispositif à fonctionner durablement.
Si les objectifs annoncés sont atteints, la Base sous-marine pourrait constituer un exemple de reconversion énergétique du patrimoine urbain, dans lequel la production d’électricité renouvelable s’accompagne de retombées économiques directes pour les acteurs de proximité.


